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Interdire ChatGPT ou l'encadrer : chaque choix a des effets juridiques, et une charte écrite avant l'IA ne couvre plus les usages réels. Avenant ou charte séparée, procédure du règlement intérieur, CSE, AI Act : la méthode pour mettre la charte à jour.
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La plupart des chartes informatiques en vigueur ont été écrites avant ChatGPT. Elles parlent de logiciels à installer, de navigation sur internet et de messagerie, pas de contrats collés dans un assistant en ligne ni de résumés de réunion produits par la visioconférence. Le dirigeant qui découvre ces usages a deux options, interdire ou encadrer, et chacune produit des effets juridiques qu'on mesure mal : une interdiction diffusée par courriel ne permet de sanctionner personne, et une autorisation écrite dans la charte a déjà servi au juge pour retenir l'introduction d'une nouvelle technologie, avec suspension des outils sous astreinte de 1 000 euros par jour. Voici comment choisir, puis comment mettre la charte à jour sans perdre son opposabilité.
L'employeur choisit les outils de travail. Interdire l'usage professionnel de ChatGPT ou de tout assistant d'IA générative relève de son pouvoir de direction, et aucun texte ne lui impose d'autoriser un outil qu'il n'a pas retenu. La question n'est donc pas la licéité de l'interdiction, mais ce qu'elle produit en pratique.
Un interdit général et permanent assorti d'une sanction est une règle de discipline au sens de l'article L1321-1 du Code du travail. L'article L1321-5 soumet « en toute hypothèse » au régime du règlement intérieur les notes de service et « tout autre document » qui posent ce type d'obligations. Le courriel de la direction qui annonce « ChatGPT est interdit à compter de lundi » informe les équipes. Il ne fonde pas, à lui seul, une sanction disciplinaire contre celui qui passe outre. Interdire exige donc la même procédure qu'encadrer : avis du CSE, publicité, communication à l'inspection du travail, entrée en vigueur un mois plus tard.
L'article L1121-1 interdit les restrictions aux droits des personnes qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche ni proportionnées au but recherché. Interdire de traiter des données de l'entreprise dans un outil non autorisé se justifie sans difficulté. Interdire à un salarié d'utiliser une application d'IA sur son téléphone personnel, pendant sa pause et pour un usage privé, se défend beaucoup moins bien. La formule « tout usage de l'intelligence artificielle est interdit » pose un second problème : elle vise aussi le correcteur, la traduction automatique et les fonctions d'IA que l'éditeur de votre suite bureautique a activées par défaut. Une règle que l'entreprise enfreint elle-même chaque jour ne se sanctionne pas de façon crédible.
Une interdiction sans outil de remplacement ne supprime pas l'usage, elle le déplace vers des comptes personnels que la DSI ne voit pas. La cour d'appel de Paris a d'ailleurs relevé, dans un arrêt du 21 mai 2026 (pôle 1, chambre 2, RG 25/13234), qu'il importait peu que des outils d'IA aient été utilisés auparavant par les salariés, dès lors que cette utilisation était « occulte voire prohibée ». Avoir interdit ne dispense de rien le jour où l'entreprise décide d'introduire un outil.
L'interdiction garde sa place dans trois situations : un secteur où presque toutes les données sont sensibles, un contrat client qui proscrit le traitement des données par un outil d'IA, et la période transitoire pendant laquelle l'entreprise prépare son encadrement. Elle est alors ciblée, motivée et datée.
Point de vigilance. L'article L1321-5 permet une application immédiate en cas d'urgence, mais seulement pour les obligations relatives à la santé et à la sécurité, avec communication simultanée au secrétaire du CSE et à l'inspection du travail. Ne fondez pas une interdiction urgente de l'IA sur cette exception : le texte ne vise pas la protection des données.
La CNIL a pris position dans ses questions-réponses du 18 juillet 2024 sur l'usage d'un système d'IA générative : elle recommande à tout organisme d'encadrer cet usage par des « politiques ou chartes internes, définissant clairement les usages autorisés et les usages interdits ». Elle admet, pour des usages non confidentiels, un service grand public accessible avec des adresses électroniques professionnelles dédiées, à condition d'éviter les comptes créés avec des adresses personnelles et de désactiver, le cas échéant, la réutilisation des données par le fournisseur. La charte devient alors l'instruction que l'article 29 du RGPD exige : toute personne agissant sous l'autorité du responsable ne traite les données que sur son instruction.
Encadrer revient à trancher trois questions, et à les écrire.
L'encadrement sert aussi le secret des affaires. L'article L151-1 du Code de commerce ne protège une information que si son détenteur a pris des « mesures de protection raisonnables ». Une règle écrite, diffusée et appliquée sur les saisies dans les outils d'IA fait partie de ces mesures. Son absence fragilise l'action contre un concurrent le jour où l'information fuit.
Le détail des clauses d'une charte IA, section par section, est développé dans notre article charte IA interne et shadow AI. La suite traite de la manière de faire entrer ces règles dans un dispositif existant.
Avant d'écrire une ligne, relisez la charte en vigueur avec une question simple : si un salarié colle demain un contrat client dans un assistant grand public, quelle clause a-t-il enfreinte ? Dans une charte écrite avant 2023, la réponse est souvent incertaine.
Les fonctions d'IA activées dans des logiciels déjà autorisés (résumé automatique des réunions, rédaction assistée dans la messagerie), les extensions de navigateur qui lisent le contenu des pages, l'enregistrement et la transcription des échanges, la vérification des résultats avant qu'ils sortent de l'entreprise, la mention de l'assistance dans un livrable : rien de cela ne figure dans une charte de 2018. S'y ajoute le contrôle. Si l'entreprise compte exploiter les journaux du proxy pour repérer les connexions aux assistants non autorisés, l'article L1222-4 impose que le dispositif ait été porté préalablement à la connaissance des salariés. La charte mise à jour est le bon support de cette information.
Sur la jurisprudence, la prudence s'impose : aucune décision publiée sanctionnant un salarié pour l'usage de ChatGPT n'a été trouvée dans Judilibre au 3 novembre 2026. Les règles connues sur l'opposabilité d'une charte s'appliqueront, mais aucun juge n'a encore dit si une clause ancienne suffit à couvrir l'IA. Mieux vaut ne pas être le premier à le tester. Le statut général de la charte et ses étapes de rédaction sont repris dans notre article charte informatique : est-elle obligatoire et comment la rédiger.
Le nom du document ne change rien à son régime. L'article L1321-5 vise « tout autre document » comportant des obligations générales et permanentes : un chapitre IA inséré dans la charte informatique, une charte IA autonome ou une « politique d'usage de l'IA » suivent la même procédure dès qu'ils posent des interdits sanctionnés. Le choix est d'organisation, pas de droit.
Un chapitre ajouté à la charte informatique réutilise ses définitions (données confidentielles, ressources informatiques, utilisateurs), son échelle de sanctions et ses règles de contrôle. Le salarié a un seul document à connaître. C'est la bonne solution pour une PME dont la charte est récente et bien construite. L'inconvénient apparaît à la mise à jour suivante : chaque évolution des règles sur l'IA rouvre la procédure pour un document entier.
Un document séparé se lit mieux, se confie à un référent IA et évolue à son rythme. Il présente un risque : deux définitions de la donnée confidentielle, deux listes de sanctions, deux procédures de signalement d'incident. La charte IA doit donc renvoyer expressément à la charte informatique pour tout ce qui est commun, et ne régler que ce qui est propre à l'IA.
La liste des outils change plus vite que les règles. Le montage le plus robuste place dans la charte, soumise à la procédure, le principe (« seuls les outils inscrits sur la liste tenue par la DSI peuvent recevoir des données de l'entreprise »), les interdits de données et les sanctions, et renvoie la liste elle-même à une annexe tenue à jour. Ajouter un outil ne crée aucune obligation nouvelle pour les salariés. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt publié du 23 juin 2021 (n° 19-15.737), qu'un document interne qui se borne à rappeler les dispositions légales et réglementaires applicables, sans créer d'obligation générale et permanente nouvelle, n'est pas une adjonction au règlement intérieur. Le critère est donc la création d'une obligation nouvelle. Aucune décision n'a toutefois tranché ce montage pour une liste d'outils. La prudence commande de traiter le retrait d'un outil, qui crée un nouvel interdit, comme une modification soumise à la procédure.
L'article L1321-4, dans sa rédaction en vigueur depuis le 28 mai 2026, précise que ses règles s'appliquent « en cas de modification ou de retrait des clauses ». Mettre la charte à jour pour l'IA, c'est donc refaire la procédure, au moins pour les clauses modifiées.
Le dépôt au greffe du conseil de prud'hommes appelle une précaution. La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a retiré cette formalité de l'article L1321-4, mais l'article R1321-2, qui l'organise, n'a pas été modifié au 3 novembre 2026. Déposer reste une précaution peu coûteuse.
En dessous de 50 salariés, le règlement intérieur n'est pas obligatoire (article L1311-2), mais l'article L1321-5 soumet ces documents à son régime « en toute hypothèse ». Quand un CSE existe, suivre la procédure reste la seule voie sûre avant de sanctionner. Les formalités, leurs preuves et ce que les juges annulent sont détaillés dans notre article charte informatique et sanctions disciplinaires.
Une erreur fréquente consiste à mettre à jour la charte en ligne, sans date ni version. Numérotez les versions, conservez l'ancienne, et indiquez dans la nouvelle les clauses modifiées : le jour d'un contentieux, il faudra prouver quelle règle était en vigueur à la date des faits.
Dans une entreprise d'au moins 50 salariés, la mise à jour pour l'IA peut déclencher deux consultations distinctes, en plus de l'avis sur la charte elle-même.
L'arrêt de la cour d'appel de Paris du 21 mai 2026 en donne l'illustration. Pour retenir l'introduction d'une nouvelle technologie, la cour relève que l'employeur « a autorisé et encadré le recours à des outils d'intelligence artificielle, tel ChatGPT par une Charte d'utilisation des moyens informatiques et des outils numériques », en plus d'un assistant rédactionnel déployé sur l'intranet. Le caractère facultatif de l'outil n'a rien changé. La cour confirme l'ordonnance du tribunal judiciaire de Créteil du 15 juillet 2025 : suspension de l'utilisation des outils d'IA jusqu'à l'achèvement de la consultation, astreinte de 1 000 euros par jour pendant trois mois, 5 000 euros de provision au CSE, auxquels s'ajoutent 3 000 euros de frais de procédure en appel.
La leçon pour la mise à jour est directe : la clause qui autorise un assistant n'est pas neutre. Elle constitue une pièce du dossier. Présentez au CSE, dans la même séquence, le projet d'outils et la charte qui l'encadre, avec des informations précises et écrites (article L2312-15). Ces décisions sont rendues en référé, et la Cour de cassation ne s'est pas encore prononcée sur un outil d'IA générative. Les critères qui déclenchent la consultation et la question de la phase pilote sont analysés dans notre article déployer l'IA en entreprise : faut-il consulter le CSE.
À défaut d'accord, le CSE est réputé avoir rendu un avis négatif à l'expiration d'un délai d'un mois, porté à deux mois en cas d'expertise (article R2312-6). L'introduction de nouvelles technologies est l'un des cas où le comité peut recourir à un expert habilité (article L2315-94, 2°).
Une charte ne remplit pas seule l'obligation de maîtrise de l'IA. L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689, remplacé par le règlement (UE) 2026/1744 entré en vigueur le 27 juillet 2026, demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre « des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA » de leur personnel et des autres personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte. Il tient compte de leurs connaissances, de leur expérience et du contexte d'utilisation, sans contraindre à garantir un niveau donné pour chaque individu. Une entreprise qui met un assistant d'IA à la disposition de ses équipes, ou en autorise l'usage professionnel, est en principe déployeur au sens du règlement.
La mise à jour de la charte offre le bon moment pour agir. Le mois qui sépare la publicité de l'entrée en vigueur sert à présenter les règles par équipe, avec des exemples propres au métier : le commercial et ses fichiers clients, le développeur et le code, les RH et les données de salariés. Gardez la trace de chaque session : date, public, contenu. C'est la preuve des mesures prises, et c'est aussi celle de l'information des salariés si un manquement doit être sanctionné ensuite.
Pour les systèmes à haut risque, l'article 26, paragraphe 7, ajoute une obligation propre à l'employeur : informer les représentants des travailleurs et les travailleurs concernés avant de mettre le système en service sur le lieu de travail. Le tri de candidatures est l'exemple le plus courant. Les règles relatives aux systèmes à haut risque de l'annexe III ne s'appliquent qu'à partir du 2 décembre 2027, date fixée par le même règlement de 2026 (article 113). Une charte mise à jour aujourd'hui peut déjà réserver ce cas.
Prenons, à titre de scénario type, une entreprise de 70 salariés dotée d'un CSE, dont la charte date de 2019, et qui veut ouvrir un assistant en offre entreprise à tous ses services.
Comptez environ trois mois, quatre avec expertise. Ce calendrier est une hypothèse construite sur les délais légaux : la préparation peut être plus courte dans une petite structure, plus longue dans un groupe à plusieurs établissements. Pendant la période transitoire, une consigne écrite reste utile pour informer et montrer les mesures de protection prises, même si elle ne vaut pas encore règle disciplinaire générale.
Je construis ces mises à jour à partir des usages réellement constatés dans l'entreprise, pas d'un modèle : choix entre interdiction ciblée et encadrement, rédaction de l'avenant ou de la charte IA et de son annexe d'outils, dossier de consultation du CSE, calendrier d'opposabilité. Le détail de l'accompagnement figure sur ma page avocat charte informatique et charte IA. Si vos équipes utilisent déjà ces outils avec une charte qui n'en dit rien, échangeons sur votre situation avant la prochaine mise à jour.
Pour aller plus loin
Oui. Le choix des outils de travail relève du pouvoir de direction de l'employeur. Pour sanctionner un salarié qui passe outre, l'interdiction doit toutefois suivre la procédure du règlement intérieur (articles L1321-4 et L1321-5 du Code du travail) : avis du CSE, publicité, communication à l'inspection et entrée en vigueur un mois plus tard. Elle doit aussi rester proportionnée (article L1121-1) : interdire de traiter les données de l'entreprise se justifie, interdire tout usage privé sur un téléphone personnel beaucoup moins.
Non. Un avenant qui ajoute un chapitre IA suffit, ou une charte IA séparée qui renvoie à la charte informatique pour les définitions et les sanctions. La procédure de l'article L1321-4 s'applique aux clauses modifiées ou ajoutées. Profitez-en pour relire les clauses anciennes sur l'installation de logiciels et la confidentialité, rarement adaptées aux assistants en ligne, et pour numéroter les versions afin de prouver quelle règle s'appliquait à une date donnée.
Oui, dès qu'elle pose des obligations générales assorties de sanctions : le CSE rend un avis, comme pour le règlement intérieur (article L1321-4). Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le déploiement des outils peut en outre relever de la consultation sur l'introduction de nouvelles technologies (article L2312-8), et la journalisation des usages de celle sur les moyens de contrôle (article L2312-38). Sans accord, le délai est d'un mois, deux avec un expert.
Traitez-le comme un incident : identifier le compte utilisé, les données concernées et le régime de l'offre, puis demander la suppression. Si des données personnelles sont en cause et qu'un risque existe pour les personnes, la violation se notifie à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, sous 72 heures (article 33 du RGPD). Les risques à expliquer aux équipes sont détaillés dans notre article sur ChatGPT au travail.
C'est risqué. Une clause ancienne sur l'installation de logiciels ne vise pas un outil en ligne, et une clause générale de confidentialité laisse le juge apprécier si le fournisseur de l'outil est un tiers. Aucune décision publiée sanctionnant un salarié pour l'usage de ChatGPT n'a été trouvée dans Judilibre au 3 novembre 2026. Une règle écrite, adoptée selon la procédure du règlement intérieur, évite d'avoir à en débattre devant le juge.
Oui, à trois conditions. Le dispositif doit avoir été porté préalablement à la connaissance des salariés (article L1222-4), le CSE consulté avant sa mise en œuvre dans les entreprises d'au moins 50 salariés (article L2312-38), et le contrôle proportionné au but recherché. Bloquer l'accès aux assistants non autorisés ou relever les connexions par le proxy se défend. Lire en continu les requêtes des salariés appelle une justification bien plus forte.
Pour un usage privé, en dehors du travail, l'employeur n'a pas à s'en mêler : une interdiction générale serait difficile à justifier au regard de l'article L1121-1. Pour des données de l'entreprise, la charte peut en revanche interdire tout traitement sur un appareil ou un compte personnel. La CNIL recommande d'éviter les comptes ouverts avec des adresses électroniques personnelles, même pour des usages non confidentiels sur un service grand public.
Non. L'article 4, dans sa rédaction issue du règlement (UE) 2026/1744, demande des mesures favorisant la maîtrise de l'IA : sessions par équipe, consignes par outil, trace de ce qui a été fait. La charte en est une pièce, pas la totalité. Pour un système à haut risque utilisé sur le lieu de travail, comme le tri de candidatures, l'article 26 impose aussi d'informer les représentants du personnel : voir notre article sur l'IA dans le recrutement.
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