Economique
Votre tour de table s'engage et la due diligence commence : c'est votre chaîne de titularité sur le code, les marques et les données que l'investisseur ouvrira en premier.
Contexte
Le marché s'est resserré. Selon le baromètre EY du capital-risque en France, les startups françaises ont levé 4,6 milliards d'euros au premier semestre 2026 pour 280 opérations, contre 311 un an plus tôt. Moins de tours, mais un ticket moyen passé de moins de 9 millions à plus de 16 millions d'euros. Un investisseur qui écrit un chèque plus gros sur moins de dossiers audite plus longtemps et refuse plus facilement.
Sur le volet technologique, l'audit part d'une question simple : la société détient-elle ce qu'elle prétend valoriser ? Le droit français y répond de deux façons opposées. L'article L113-9 du code de la propriété intellectuelle dévolue automatiquement à l'employeur les droits patrimoniaux sur les logiciels créés par ses salariés dans l'exercice de leurs fonctions. Pour un prestataire, un freelance ou un fondateur qui a codé avant l'immatriculation, aucune dévolution de ce type n'existe : sans cession écrite, la société exploite un code qui ne lui appartient pas.
La cession, quand elle existe, doit encore tenir. L'article L131-3 impose que chaque droit cédé fasse l'objet d'une mention distincte et que le domaine d'exploitation soit délimité dans son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. L'article L131-1 frappe de nullité la cession globale des œuvres futures, ce qui condamne les clauses de prestation rédigées une fois pour toutes. S'y ajoutent les licences des dépendances, la titularité des marques, qui s'acquiert par l'enregistrement selon l'article L712-1, et le socle RGPD. Le détail de ce qu'un auditeur vérifie point par point fait l'objet d'un guide dédié.
Problematique
Le scénario se répète. Trois semaines avant le closing, l'auditeur demande les contrats de cession des développeurs. Il en manque un, celui du freelance qui a écrit le prototype et qui n'est plus dans les parages. Ou bien une bibliothèque sous licence copyleft se révèle intégrée au cœur du produit propriétaire. Ou encore aucun contrat de sous-traitance n'a jamais été signé, ni avec l'hébergeur, ni avec l'outil d'emailing. Le défaut ne se répare plus dans le calendrier de l'opération.
Les conséquences sont contractuelles avant d'être judiciaires. L'investisseur transforme le point en condition suspensive de régularisation, en décote de valorisation, ou en garantie d'actif et de passif renforcée sur le volet propriété intellectuelle, avec un plafond et une durée élargis et parfois une fraction du prix séquestrée. Le développeur qu'il faut aller rechercher, lui, a compris qu'il tient le calendrier : la régularisation tardive se négocie dans un rapport de force inversé. La titularité des logiciels développés en interne est le premier poste à sécuriser.
Le risque contentieux existe aussi. Dans l'affaire Entr'ouvert contre Orange, la Cour de cassation a jugé le 5 octobre 2022 (1re chambre civile, n° 21-15.386) que le titulaire de droits sur un logiciel est recevable à agir en contrefaçon lorsque l'atteinte résulte de la violation d'une clause de licence, y compris libre, et elle a laissé définitive la condamnation d'Orange à 150 000 euros pour parasitisme. Côté données, un contrat de sous-traitance manquant relève du plafond de 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial prévu par l'article 83.4 du RGPD, un transfert hors Union européenne non encadré du plafond de 20 millions ou 4 %. Les risques juridiques de l'open source se traitent avant l'audit, pas pendant.
Solutions
J'interviens sur un périmètre précis : la propriété intellectuelle, le code et les données. La documentation corporate, le term sheet, les instruments dilutifs et le pacte restent chez votre conseil corporate, avec lequel je travaille en coordination. Cette répartition évite les doublons et donne à l'investisseur un interlocuteur capable de répondre sur la chaîne de titularité du code, ce qui reste rare.
Je commence par reconstituer qui a écrit quoi, et sous quel titre. Chaque contributeur est rattaché à un fondement : contrat de travail pour les salariés, cession écrite pour les prestataires, cession ou apport pour le code antérieur à la société. J'inventorie ensuite les dépendances et leurs licences, je relis les clauses de propriété intellectuelle et de réversibilité de vos contrats clients, et j'examine le socle RGPD que l'investisseur ouvrira : registre, contrats de sous-traitance, transferts, information des personnes.
Ce que vous obtenez n'est pas un rapport rangé dans un tiroir. Je livre une liste d'écarts hiérarchisés par criticité, puis je régularise : cessions rétroactives signées, avenants aux contrats de prestation, isolement ou remplacement des composants sous licence incompatible, dépôts de marque manquants, contrats de sous-traitance conformes. Ce travail prolonge ma pratique de la protection de logiciel et l'accompagnement des startups et entreprises innovantes.
Le bon moment pour lancer ce chantier se situe six à douze mois avant le tour, quand les développeurs concernés sont encore joignables et qu'une cession se signe sans levier. Si vous êtes déjà en exclusivité, le travail se fait par priorité de criticité. Écrivez-moi avec le stade de votre tour et le nombre de contributeurs au code : je vous dis en un échange ce qui est régularisable dans votre calendrier.
Je reconstitue la liste des contributeurs au code, aux contenus, aux marques et aux noms de domaine, puis je rattache chacun à un titre juridique : contrat de travail, cession écrite, apport. Les cessions existantes sont contrôlées au regard des articles L131-1 et L131-3 du code de la propriété intellectuelle, qui exigent une mention distincte de chaque droit cédé et une délimitation de son étendue, de sa destination, de son lieu et de sa durée.
J'établis l'inventaire des bibliothèques intégrées au produit et de leurs licences, en isolant les composants copyleft dont l'usage impose des obligations de diffusion difficilement compatibles avec un modèle propriétaire. Le même examen porte sur vos contrats fournisseurs, hébergement et outils tiers : ce qu'ils vous concèdent, ce qu'ils réservent, et ce qui se passe si le prestataire disparaît.
Je vérifie le socle que l'investisseur ouvrira en premier : registre des traitements, contrats de sous-traitance, transferts hors Union européenne, information des personnes et traitement des demandes de droits. Côté commercial, je relis les clauses de propriété intellectuelle, de réversibilité et de responsabilité de vos contrats clients, qui portent la valeur récurrente que l'investisseur achète.
Les écarts sont traités par ordre de criticité : cessions rétroactives, avenants, dépôts de marque, contrats de sous-traitance conformes, remplacement des composants problématiques. Je constitue ensuite la section propriété intellectuelle et données de votre data room, pièces classées et note écrite qui répond par avance aux questions de l'auditeur.
FAQ
C'est la partie de l'audit qui vérifie que la société détient réellement son actif immatériel. L'auditeur y examine la chaîne de titularité du code, les licences des dépendances open source, les marques et les noms de domaine, les clauses de propriété intellectuelle des contrats clients et fournisseurs, et la conformité RGPD. Il ne s'agit pas d'apprécier la qualité technique du produit, mais de répondre à une question juridique : si la société est financée ou rachetée demain, l'investisseur reçoit-il un actif dont personne d'autre ne peut revendiquer la propriété ? Chez un éditeur de logiciel, c'est le poste qui bloque le plus souvent, avant même les sujets financiers.
Oui, et c'est même le stade où le risque est le plus concentré. Un produit jeune a souvent été construit par un fondateur avant l'immatriculation de la société, par un développeur ami payé sur facture, ou par un freelance recruté pour trois mois. Aucune de ces situations n'emporte de transfert automatique des droits, contrairement au code écrit par un salarié. Plus le tour est précoce, moins il y a de contrats à reprendre, et plus la régularisation est simple si elle intervient tôt. Un amorçage se prépare en quelques semaines, là où une série A avec huit ans d'historique et quarante contributeurs demande un chantier autrement plus lourd.
L'investisseur renonce rarement pour ce seul motif, mais il en tire un prix. Il pose une condition suspensive de régularisation avant closing, applique une décote de valorisation, ou impose une garantie d'actif et de passif renforcée sur le volet propriété intellectuelle, avec un plafond plus élevé, une durée plus longue et parfois une fraction du prix séquestrée. Le coût réel est ailleurs : le développeur qu'il faut aller rechercher a compris qu'il tient le calendrier de l'opération et négocie en conséquence. Un ancien prestataire injoignable ou hésitant suffit à décaler un closing de plusieurs semaines.
Elle peut au minimum imposer de réécrire une partie du produit avant le closing. Une licence copyleft conditionne l'usage du composant au respect d'obligations de diffusion qui s'accommodent mal d'un modèle propriétaire. Le sujet n'est pas théorique : dans l'affaire Entr'ouvert contre Orange, la Cour de cassation a jugé le 5 octobre 2022 que le titulaire de droits sur un logiciel est recevable à agir en contrefaçon lorsque l'atteinte résulte de la violation d'une clause de licence, y compris une licence libre. Un investisseur averti demande donc l'inventaire des dépendances et de leurs licences, et il le demande tôt dans le processus.
Six à douze mois avant le tour, dans l'idéal. À cette distance, les développeurs concernés sont encore joignables, une cession se signe sans rapport de force, et le dépôt d'une marque manquante a le temps de produire ses effets, l'enregistrement valant pour dix ans à compter de la demande. En pratique, beaucoup de dirigeants s'y prennent au moment du term sheet, quand l'exclusivité court déjà. Le travail reste possible, mais il se fait par priorité de criticité et certaines régularisations n'aboutissent pas avant le closing. L'audit lui-même se compte en semaines, selon le nombre de contributeurs et le volume de contrats à reprendre.
Un échange de cadrage d'abord, pour mesurer le périmètre : stade du tour, nombre de contributeurs au code, historique de la société, volume de contrats. Le forfait est fixé à ce moment, une fois le périmètre connu, jamais avant. Suivent quatre étapes : audit de la chaîne de titularité, inventaire des dépendances et des contrats fournisseurs, examen RGPD et contrats clients, puis remédiation. Vous recevez une liste d'écarts hiérarchisés par criticité, les actes de régularisation signés, et la section propriété intellectuelle et données de votre data room, documentée et prête à être ouverte à l'auditeur.
Les deux rôles ne se recouvrent pas. Le conseil corporate porte le term sheet, les instruments dilutifs, le pacte d'associés et la documentation de l'opération. Il n'a en général ni le temps ni la pratique d'auditer une chaîne de titularité de code ou de trancher la compatibilité d'une licence copyleft avec un modèle propriétaire. Je n'interviens pas sur la documentation corporate et je ne la duplique pas : je traite le volet propriété intellectuelle, code et données, et je fournis à votre conseil les éléments écrits dont il a besoin pour rédiger les déclarations de la garantie d'actif et de passif. La coordination entre les deux est la règle, pas l'exception.
Souvent oui, mais pas tout, et pas au même prix. On commence par ce qui bloque : la cession manquante d'un contributeur identifié, le contrat de sous-traitance absent avec un hébergeur, la clause de propriété intellectuelle d'un contrat client structurant. Ce qui demande du temps, comme le remplacement d'un composant sous licence incompatible ou l'enregistrement d'une marque, est documenté et présenté à l'investisseur sous forme de plan d'action daté, plutôt que dissimulé. Un écart assumé, chiffré et planifié se négocie. Un écart découvert par l'auditeur pendant qu'il travaille coûte bien plus cher, en confiance comme en valorisation.
Nous accompagnons les entreprises de la tech et du commerce avec une double compétence juridique et technique, de l'analyse à la mise en œuvre.

Ressources
Un contrat à sécuriser, une mise en conformité à mener, un litige à anticiper ? Le premier rendez-vous sert à comprendre votre besoin et à vous dire clairement comment nous pouvons vous aider.