Economique
Vous vivez de vos partenariats, ou vous rémunérez des créateurs pour vendre. Dans les deux cas, le contrat et les mentions décident du risque que vous portez.
Contexte
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 définit l'activité d'influence commerciale par voie électronique : mobiliser sa notoriété auprès de son audience, à titre onéreux, pour promouvoir directement ou indirectement des biens, des services ou une cause. La définition ne parle ni d'abonnés ni de plateforme. Un créateur suivi par quinze mille personnes qui publie trois partenariats par mois entre dans le champ, au même titre qu'un compte à plusieurs millions.
Le texte a été réécrit par l'ordonnance n° 2024-978 du 6 novembre 2024, prise après les observations de la Commission européenne sur sa compatibilité avec le droit de l'Union. La conséquence pratique reste mal comprise. Depuis le 8 novembre 2024, l'article 5-2 ne fixe plus une liste fermée de mentions : ne pas signaler l'intention commerciale d'un contenu constitue une pratique commerciale trompeuse au sens de l'article L. 121-3 du code de la consommation, sauf si cette intention ressort déjà du contexte. Les termes publicité et collaboration commerciale restent les plus sûrs, mais une mention équivalente adaptée au format est admise.
Deux textes récents complètent le dispositif. Le décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025, applicable depuis le 1er janvier 2026, fixe à 1 000 euros hors taxes le seuil au-delà duquel le contrat doit être écrit, calculé en cumulant sur une même année les rémunérations et les avantages en nature versés par un même annonceur pour un même objectif promotionnel. Le décret n° 2026-233 du 30 mars 2026 impose, pour la promotion de formations financées sur fonds publics, un affichage des mentions pendant au moins 90 % de la durée du support et sur au moins 7 % de la surface publicitaire.
Problematique
La qualification de pratique commerciale trompeuse n'a rien de symbolique. L'article L. 132-2 du code de la consommation prévoit deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, peines portées à cinq ans et 750 000 euros lorsque l'infraction est commise par un service de communication au public en ligne, ce qui est le cas par construction pour un contenu publié sur un réseau social. L'amende peut aussi être calculée à hauteur de 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel des trois derniers exercices. Omettre les mentions Images retouchées ou Images virtuelles expose de son côté à un an d'emprisonnement et 4 500 euros d'amende.
Côté contrat, l'absence d'écrit au-delà du seuil est sanctionnée par la nullité. Un créateur qui a livré ses contenus et qui n'est pas payé se retrouve à réclamer l'exécution d'un contrat que l'annonceur peut faire tomber. À l'inverse, l'article 8 rend l'annonceur, son mandataire, le créateur et l'agent solidairement responsables des dommages causés aux tiers dans l'exécution du contrat. Une marque ne se protège pas en faisant porter le risque au créateur, elle le partage.
Le contrôle n'est plus théorique : sur environ 280 professionnels de l'influence contrôlés en 2025, la DGCCRF fait état de suites correctives ou répressives dans près d'un cas sur deux. S'y ajoutent les situations que je vois le plus souvent au cabinet. Le contrat d'agent signé sans relecture, avec une exclusivité de trois ans et une commission sur des revenus que l'agence n'a pas apportés. La cession de droits rédigée si largement que la marque réutilise les contenus deux ans après la campagne. Et la revente de produits sans prise en charge de la livraison, qui rend le créateur responsable de plein droit à l'égard de l'acheteur.
Solutions
J'interviens pour les créateurs comme pour les annonceurs et les agences, jamais pour les deux sur un même dossier. Les besoins sont opposés. Un créateur protège sa liberté éditoriale, sa rémunération et la maîtrise de son image. Un annonceur protège sa marque, la conformité des publications et la réutilisation des contenus. La même clause de cession de droits ne se rédige pas dans les deux sens.
Pour un créateur, je reprends le socle contractuel : contrat cadre de partenariat, conditions de rémunération et d'avantages en nature, périmètre exact de la cession de droits d'auteur et de l'autorisation de droit à l'image, durée, territoire, supports, exclusivité. Je traite aussi le contrat d'agent, où se logent les clauses les plus coûteuses. Mon article sur le contrat d'influenceur pose les bases, cette page va plus loin.
Pour une marque ou une agence d'influence, je construis le dispositif qui tient devant un contrôle : modèle de contrat conforme à l'article 8, charte de mentions par format et par plateforme, procédure de validation des publications, clauses de garantie et de recours. Le raccordement avec le droit de la consommation est permanent, tout comme celui avec les obligations des e-commerçants et marketplaces lorsque le créateur vend lui-même. Sur les modèles de revente sans stock, les risques sont documentés dans mon analyse du dropshipping sur TikTok Shop.
Je suis avocat au Barreau de Paris et développeur web certifié. Sur ces dossiers, cela change la conversation : je lis un brief de campagne, je comprends comment fonctionnent un lien d'affiliation et un suivi de conversion, et je sais à quel endroit la mention disparaît quand le format change. Écrivez-moi avec le contrat ou la campagne en question.
Je pars du réel : les dernières publications sponsorisées, les contrats en cours, les briefs reçus et les liens d'affiliation actifs. Je vérifie si l'intention commerciale est signalée de façon lisible sur chaque format, si les mentions sur les images retouchées et les images générées s'imposent, et si un secteur restreint est concerné. Vous repartez avec la liste des contenus à corriger et l'ordre dans lequel les traiter.
Je rédige ou je reprends le contrat de partenariat, le contrat d'agent et la cession de droits. Les cinq mentions de l'article 8 sont un minimum, pas un objectif : l'essentiel se joue sur le périmètre de la cession, la durée d'exploitation, l'exclusivité, les conditions de résiliation et le sort des contenus après la fin du contrat. Quand la partie adverse impose son modèle, je négocie sur ces points plutôt que sur la forme.
Je transforme les règles en documents utilisables au quotidien sans avocat : une charte de mentions par plateforme et par format, une procédure de validation avant publication, et pour un annonceur les clauses de garantie qui organisent le recours si un créateur publie hors du cadre. Pour les secteurs restreints, je qualifie d'abord si la promotion est possible, et à quelles conditions.
Contrôle DGCCRF, mise en demeure d'une marque, rupture brutale par une agence, contenu réutilisé sans droit, campagne impayée : j'interviens dès la première demande, avant que les réponses écrites ne figent la position. Je privilégie la sortie négociée quand elle protège l'audience et la réputation, et j'engage la procédure quand le rapport de force l'exige.
FAQ
L'article 1er de la loi du 9 juin 2023, dans sa rédaction en vigueur depuis le 8 novembre 2024, vise les personnes physiques ou morales qui, à titre onéreux, mobilisent leur notoriété auprès de leur audience pour communiquer au public par voie électronique des contenus faisant la promotion, directe ou indirecte, de biens, de services ou d'une cause. Aucun seuil d'abonnés n'est prévu, aucune plateforme n'est exclue, et la promotion indirecte compte. Un placement de produit non annoncé, un code promotionnel ou un lien d'affiliation suffisent à faire entrer un compte dans le champ. J'ai résumé le texte d'origine dans mon article sur la régulation de la publicité des influenceurs.
Oui. La loi retient l'activité exercée à titre onéreux, et l'avantage en nature est une contrepartie comme une autre. Le décret du 28 novembre 2025 le dit clairement pour le contrat écrit : le seuil de 1 000 euros hors taxes se calcule en additionnant, sur une même année et pour un même annonceur, les sommes versées et la valeur des avantages en nature accordés en échange de prestations poursuivant le même objectif promotionnel. Trois envois de produits valorisés 400 euros chacun par la même marque déclenchent donc l'obligation d'écrit, alors qu'aucun virement n'a eu lieu. La valorisation de l'avantage devient dès lors un point de négociation à part entière.
Depuis la réécriture de 2024, l'absence d'indication claire de l'intention commerciale est qualifiée de pratique commerciale trompeuse, sauf si cette intention ressort déjà du contexte. La sanction est celle de l'article L. 132-2 du code de la consommation : deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, portés à cinq ans et 750 000 euros quand l'infraction est commise par un service de communication au public en ligne. L'amende peut aussi être calculée à hauteur de 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel des trois derniers exercices. En pratique, le premier effet reste la demande de mise en conformité de la DGCCRF et l'obligation de corriger les publications concernées.
Oui, et c'est le point que les annonceurs sous-estiment le plus. L'article 8 de la loi rend l'annonceur, son mandataire éventuel, la personne exerçant l'activité d'influence et, le cas échéant, son agent solidairement responsables des dommages causés aux tiers dans l'exécution du contrat d'influence commerciale. Faire signer une clause qui reporte toute la responsabilité sur le créateur ne fait pas disparaître cette solidarité à l'égard des tiers : elle organise seulement un recours interne, encore faut-il l'avoir rédigé correctement. Un annonceur traite donc la conformité des publications comme un sujet de campagne, pas comme un problème de prestataire.
Le contrat doit être écrit, à peine de nullité, dès que le seuil fixé par le décret du 28 novembre 2025 est atteint, soit 1 000 euros hors taxes cumulés sur une même année pour un même annonceur et un même objectif promotionnel. Ce décret est applicable depuis le 1er janvier 2026. L'article 8 impose cinq séries de mentions : l'identité et les coordonnées des parties ainsi que leur pays de résidence fiscale, la nature des missions confiées, la rémunération ou ses modalités de détermination et la valeur des avantages en nature, les droits et obligations de chacun notamment en propriété intellectuelle, et la soumission du contrat au droit français.
Pour un créateur ou une petite structure, l'audit des contenus et des contrats en cours prend une à deux semaines, la reprise contractuelle une à trois selon le nombre de partenaires. Pour un annonceur ou une agence qui gère un portefeuille de créateurs, comptez quatre à six semaines pour disposer d'un modèle de contrat, d'une charte de mentions par format et d'une procédure de validation. Je travaille au forfait sur ces missions, avec un périmètre et un livrable écrits avant de commencer. La défense en contrôle et le contentieux se traitent séparément, au temps passé ou au forfait selon la procédure engagée.
Une agence négocie des campagnes et connaît les usages du marché. Elle n'engage pas sa responsabilité sur la validité d'une cession de droits, ne défend personne devant la DGCCRF, et se trouve en situation de conflit d'intérêts dès que la discussion porte sur son propre contrat d'agent, celui qui contient l'exclusivité et la commission. C'est précisément là que les créateurs perdent le plus d'argent. Le partage est simple : l'agence apporte les partenariats et pilote la relation commerciale, l'avocat rédige et arbitre les engagements juridiques, et chacun relit l'autre. Je travaille régulièrement aux côtés d'agences sur ce modèle.
L'article 9 de la loi, en vigueur dans cette rédaction depuis le 8 novembre 2024, impose deux obligations aux personnes établies hors de l'Union européenne, de la Suisse et de l'Espace économique européen qui ciblent un public en France. D'abord désigner par écrit un représentant sur le territoire de l'Union, chargé de garantir la conformité des contrats et de répondre aux demandes des autorités administratives ou judiciaires. Cette désignation ne vaut pas établissement dans l'Union. Ensuite souscrire, auprès d'un assureur établi dans l'Union, une assurance couvrant les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile professionnelle. Les annonceurs français vérifient ces deux points avant de contractualiser.
Nous accompagnons les entreprises de la tech et du commerce avec une double compétence juridique et technique, de l'analyse à la mise en œuvre.

Ressources
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