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Case à cocher, pièce d'identité, estimation faciale, double anonymat, application européenne : quelles méthodes de vérification de l'âge en ligne respectent le RGPD, le DSA et le référentiel de l'Arcom, et quelles clauses imposer au prestataire.
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Une case « J'ai plus de 18 ans » ne protège plus personne, et surtout pas l'éditeur qui l'utilise. Le code pénal la déclare inopérante, la Commission européenne la juge inadaptée et l'Arcom peut sanctionner un service jusqu'à 4 % de son chiffre d'affaires mondial, 6 % en cas de réitération. À l'inverse, collecter des cartes d'identité expose à la CNIL et au risque de fuite. Cet article trie les solutions de vérification de l'âge qui tiennent juridiquement, celles qui ne tiennent pas, et ce qu'il faut exiger du prestataire.
Il n'existe pas une obligation générale de vérification de l'âge, mais plusieurs régimes qui se superposent. Celui qui s'applique à votre service fixe le niveau de fiabilité exigé.
L'article 227-24 du code pénal punit de 3 ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende, 375 000 € pour une société (articles 131-38 et 227-28-1), la diffusion d'un message pornographique susceptible d'être vu par un mineur. Son dernier alinéa précise que l'infraction est constituée même si l'accès du mineur « résulte d'une simple déclaration » de majorité. Depuis la loi SREN du 21 mai 2024, l'article 10 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) charge l'Arcom de faire respecter cette exigence à l'aide d'un référentiel technique. Le régime est détaillé dans notre article sur les sites pornographiques bloqués aux mineurs : je ne le reprends pas ici, mais son référentiel sert aujourd'hui d'étalon bien au-delà de ce secteur.
Pour un service établi dans un autre État membre, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé le 16 juin 2026 (grande chambre, C-188/24 et C-190/24) que la directive sur le commerce électronique interdit de lui appliquer une obligation pénale générale et abstraite de ce type. Elle admet en revanche des mesures visant un service donné, dans les conditions de l'article 3, paragraphe 4, de cette directive.
L'article 28 du règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (DSA) impose aux plateformes en ligne accessibles aux mineurs des mesures « appropriées et proportionnées » pour garantir leur sûreté. Ses lignes directrices (C/2025/5519, juillet 2025) précisent quand une restriction d'âge s'impose. Elles visent l'accès à la pornographie, aux jeux d'argent, la vente d'alcool ou de tabac, les services dont les CGU exigent 18 ans, et ceux où des fonctions comme la messagerie avec des inconnus créent un risque que rien d'autre ne réduit aussi bien (point 37). Précision décisive : une plateforme qui interdit les mineurs dans ses CGU sans mesure efficace pour les écarter est considérée comme accessible aux mineurs.
L'article 45 de la loi Informatique et libertés fixe à 15 ans l'âge auquel un mineur consent seul au traitement de ses données pour un service en ligne. En dessous, le consentement doit être donné conjointement avec un titulaire de l'autorité parentale. Ce n'est pas une obligation de vérifier l'âge de tous. Mais le responsable qui fonde un traitement sur le consentement doit « s'efforcer raisonnablement » de vérifier que le parent a consenti (article 8, paragraphe 2, du RGPD), ce qui suppose de connaître l'âge. À l'inverse, la « majorité numérique » de la loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023 n'est jamais entrée en vigueur : Legifrance affiche toujours l'article 6-7 de la LCEN en vigueur différée.
Les lignes directrices de la Commission classent les méthodes en trois familles (point 29).
La Commission évalue toute méthode selon cinq critères : précision, fiabilité en conditions réelles, robustesse au contournement, faible intrusivité et non-discrimination (point 49). Une méthode qui échoue sur l'un d'eux n'est pas appropriée (point 50). Elle demande aussi de publier les taux de faux positifs et de faux négatifs de la solution retenue (point 34). Pour un dirigeant, la conséquence est simple : la vérification de l'âge devient un dossier documenté, pas un choix d'interface.
Vérifier un âge, c'est traiter des données personnelles, parfois très sensibles. Le RGPD ne dit pas quelle technique choisir, mais il écarte celles qui collectent trop.
Les articles 5 et 25 du RGPD imposent de ne collecter que ce qui est nécessaire. Pour un contrôle d'âge, le seul besoin est de savoir si l'utilisateur franchit un seuil. Stocker sa date de naissance, son nom ou la copie de sa pièce d'identité excède ce besoin. Le DSA va dans le même sens : son article 28, paragraphe 3, n'oblige pas une plateforme à traiter des données supplémentaires pour savoir si un utilisateur est mineur. Le Comité européen de la protection des données (CEPD) a fixé dix principes dans sa déclaration du 11 février 2025 sur l'assurance de l'âge, dont l'analyse de proportionnalité fondée sur le risque et l'obligation de documenter qui est responsable de quoi dans la chaîne.
Dans son analyse du 26 juillet 2022, qui reprend les principes de son avis du 3 juin 2021, la CNIL passe en revue les méthodes disponibles. Ses positions restent la grille de lecture la plus utile :
La CNIL relevait alors que toutes les solutions proposées pouvaient être contournées, ne serait-ce qu'avec un VPN. Le référentiel de l'Arcom et la solution européenne sont la réponse construite depuis.
Refuser l'accès à un service sur la foi d'un contrôle automatique est une décision automatisée au sens de l'article 22 du RGPD. Le référentiel de l'Arcom le dit expressément pour les sites pornographiques, où la CNIL admet que la loi autorise cette décision (article 22, paragraphe 2, point b), et exige une voie de recours, par exemple un autre fournisseur de preuve. Ailleurs, il faut documenter une autre exception : nécessité contractuelle ou consentement explicite. Le CEPD rappelle que ces décisions ne devraient pas, en principe, concerner un enfant (considérant 71). Enfin, un traitement qui combine nouvelles technologies, grande échelle et mineurs coche presque toujours les cases de l'article 35 : l'analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) doit être faite avant le lancement, pas après le premier contrôle.
Point de vigilance. L'amende RGPD peut atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial (article 83, paragraphe 5). Un éditeur qui conserve des milliers de pièces d'identité « au cas où » cumule deux risques : la sanction pour défaut de minimisation et la notification d'une violation de données le jour où la base fuit.
Le référentiel adopté par la délibération n° 2024-20 du 9 octobre 2024, publié au Journal officiel du 22 octobre 2024, ne vise juridiquement que les services pornographiques. Il a été adopté après avis de la CNIL (délibération n° 2024-067 du 26 septembre 2024). C'est pourtant le document le plus précis disponible en France sur ce qu'est un contrôle d'âge acceptable, et tout prestataire sérieux s'y aligne.
Six mois après la publication du référentiel, une fois close la tolérance accordée à la carte bancaire avec authentification forte, chaque service doit proposer au moins une solution en « double anonymat ». Elle doit offrir au moins deux modes d'obtention de la preuve et être accessible à 80 % au moins de la population majeure résidant en France. La vérification se refait à chaque consultation, et au plus tard après une heure d'inactivité. La preuve ne peut pas être stockée dans le compte utilisateur. Enfin, l'Arcom encourage un audit indépendant dans les six mois puis chaque année.
Un système non conforme au référentiel expose, après mise en demeure d'un mois, à 150 000 € ou 2 % du chiffre d'affaires mondial, 300 000 € ou 4 % en cas de réitération (article 10 LCEN). Si des mineurs accèdent effectivement aux contenus, l'article 10-1 prévoit une procédure plus courte (15 jours d'observations, puis 15 jours de mise en demeure), jusqu'à 250 000 € ou 4 %, 500 000 € ou 6 % en réitération, et le blocage par les fournisseurs d'accès en 48 heures.
Le principe vient d'un démonstrateur publié par la CNIL en 2022. Le prestataire qui délivre la preuve connaît l'identité de l'utilisateur mais ignore pour quel site elle sert. Le site reçoit la preuve qu'un seuil d'âge est franchi, sans savoir qui est l'utilisateur ni d'où vient la preuve. Le référentiel précise que ce mécanisme n'est pas « anonyme » au sens du RGPD, mais garantit une grande confidentialité.
La recommandation (UE) 2026/1035 du 29 avril 2026 demande aux États membres de mettre à disposition une solution européenne de vérification de l'âge au plus tard le 31 décembre 2026, en application autonome ou intégrée au portefeuille européen d'identité numérique. Par défaut, la réponse transmise au site se limite à « vrai » ou « faux ». Ce n'est qu'une recommandation : elle ne crée aucune obligation pour les plateformes. Les lignes directrices du DSA en font toutefois l'exemple de conformité et la norme de référence (points 41 à 46).
La proposition de règlement présentée par la Commission le 17 septembre 2026 (COM(2026) 681) va plus loin. Les réseaux sociaux et plateformes de partage de vidéos visés par le report de l'inscription à 15 ans (article 6) devraient recourir exclusivement à une solution européenne certifiée, fournie par un tiers (article 29, paragraphe 2). Les autres pourraient garder leur solution s'ils prouvent qu'elle respecte les mêmes exigences (paragraphe 4). Toute assurance de l'âge devrait reposer sur une preuve à divulgation nulle de connaissance et ne jamais servir à identifier, suivre ou cibler l'utilisateur (article 28). Les utilisateurs devraient disposer d'un recours gratuit contre un résultat erroné. Ce texte est une proposition en cours de négociation, pas du droit applicable. Mais choisir un prestataire incompatible avec la solution européenne, c'est accepter un risque de remplacement à moyen terme. La censure de 2026 et ses suites sont analysées dans notre article sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
L'estimation faciale séduit : un selfie, quelques secondes, aucun document. Juridiquement, sa place est plus étroite.
Selon les lignes directrices du DSA, l'estimation est appropriée quand les CGU fixent un âge minimal inférieur à 18 ans en raison des risques du service, ou quand le risque identifié est moyen (point 47). Elle doit alors être fournie par un tiers indépendant ou faire l'objet d'un audit indépendant. Pour les contenus réservés aux adultes, la Commission ne l'admet qu'à titre transitoire, si sa fiabilité est démontrée comparable à une vérification, et pas au-delà du premier réexamen des lignes directrices (point 38). Le référentiel de l'Arcom l'accepte en revanche comme mode d'obtention d'une preuve, à condition d'exclure les faux positifs : en France, un service pornographique peut donc l'utiliser, mais pas comme seule option.
Dans sa décision n° 2026-911 DC du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L'un des deux motifs vise directement la vérification de l'âge. Les dispositions contestées impliquaient, « par elles-mêmes », que « toute personne, même majeure, fasse la preuve de son âge » (§ 20). Or le législateur n'a déterminé ni « les conditions » ni « les limites » de cette preuve, et n'a donc pas prévu les garanties légales qu'exige le droit au respect de la vie privée (§ 21).
La leçon dépasse le Parlement. Le Conseil admet que l'intérêt supérieur de l'enfant justifie de limiter l'accès des mineurs (§ 10). Ce qu'il sanctionne, c'est un contrôle d'âge généralisé sans cadre sur les données. Une entreprise qui impose une vérification à tous ses utilisateurs doit donc pouvoir montrer, pièces à l'appui, quelles données sont traitées, par qui, combien de temps, et pourquoi une méthode moins intrusive ne suffisait pas.
Le coût d'un contrôle d'âge ne se résume pas au prix par vérification. Il inclut le taux d'abandon au moment de l'inscription, l'AIPD, l'audit et le coût d'un changement de prestataire quand la solution européenne deviendra la référence. Chiffrez le coût de sortie avant de signer.
Quand je relis un contrat de vérification de l'âge pour un éditeur, je vérifie d'abord la présence de sept clauses :
Les lignes directrices du DSA le rappellent : c'est au fournisseur de la plateforme de veiller à l'efficacité de la méthode utilisée par le tiers (point 53). Externaliser le contrôle ne transfère pas la responsabilité. Mon double profil d'avocat et de développeur me permet de vérifier que l'architecture décrite dans le contrat correspond à celle réellement intégrée. C'est l'objet de mon accompagnement en mise en conformité RGPD, que j'adapte aux éditeurs de logiciels et de services SaaS qui intègrent ces briques.
Un contrôle d'âge mal choisi coûte deux fois : une fois devant le régulateur, une fois devant la CNIL. Si vous devez arbitrer entre plusieurs prestataires ou faire relire un contrat avant la fin de l'année, échangeons sur votre projet de vérification de l'âge.
Pour aller plus loin
Non. Elle est obligatoire pour les services diffusant de la pornographie (article 10 de la LCEN et article 227-24 du code pénal). Elle s'impose aussi, en pratique, aux plateformes accessibles aux mineurs quand leur analyse de risque l'exige au titre de l'article 28 du DSA : jeux d'argent, alcool, CGU réservées aux adultes ou fonctions à risque comme la messagerie avec des inconnus. Un site vitrine ou un service professionnel n'a, en principe, aucune obligation de ce type.
Non. L'article 227-24 du code pénal précise que l'infraction est constituée même si l'accès du mineur résulte d'une simple déclaration de majorité, ce qui expose à 3 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, 375 000 € pour une société. Les lignes directrices de la Commission sur l'article 28 du DSA estiment de leur côté que l'autodéclaration n'est ni robuste ni précise. Elle peut compléter un dispositif, jamais le remplacer.
C'est la solution la plus risquée. La CNIL déconseille la collecte directe de pièces d'identité par l'éditeur, et le référentiel de l'Arcom interdit au service d'accéder aux données servant à vérifier l'âge. Une base de titres d'identité est aussi une cible : en cas de fuite, la sanction RGPD peut atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial. Passez par un tiers indépendant qui ne vous transmet qu'un résultat.
C'est une architecture où le fournisseur de la preuve d'âge connaît l'identité de l'utilisateur mais ignore le site consulté, tandis que le site reçoit seulement la confirmation qu'un seuil d'âge est atteint. Depuis avril 2025, le référentiel de l'Arcom impose aux sites pornographiques d'en proposer au moins une, accessible à 80 % de la population majeure. La solution européenne de vérification de l'âge repose sur la même logique.
Oui, sous conditions. Les lignes directrices du DSA l'admettent pour un âge minimal inférieur à 18 ans ou un risque moyen, si elle est fournie par un tiers indépendant ou auditée. Pour les contenus pour adultes, la Commission ne la tolère qu'à titre transitoire, et l'Arcom exige une détection du vivant et un paramétrage qui exclut les faux positifs. Une image conservée ou comparée à d'autres peut faire basculer le traitement dans la biométrie de l'article 9 du RGPD.
Pour un service pornographique, un système non conforme au référentiel de l'Arcom expose à 150 000 € ou 2 % du chiffre d'affaires mondial. Si des mineurs accèdent réellement aux contenus, le plafond monte à 250 000 € ou 4 %, 6 % en réitération, avec blocage sous 48 heures (articles 10 et 10-1 de la LCEN). Le DSA prévoit jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial. Une solution trop intrusive expose en parallèle à la CNIL : 20 millions d'euros ou 4 %.
Pas à ce jour. La recommandation (UE) 2026/1035 du 29 avril 2026 invite les États membres à proposer une solution européenne au plus tard le 31 décembre 2026, sans obliger les plateformes à l'utiliser. La proposition de KIDS Act du 17 septembre 2026 en ferait la seule solution admise pour les réseaux sociaux concernés, mais elle n'est pas adoptée. Prévoir la compatibilité dans le contrat du prestataire reste prudent.
Tout dépend de la qualification retenue. Si le prestataire est sous-traitant, l'éditeur reste responsable de traitement et doit notifier la violation à la CNIL, en principe dans les 72 heures. S'il est responsable distinct, comme souvent en double anonymat, il répond de ses propres manquements. Dans les deux cas, le contrat doit fixer le délai d'alerte et la prise en charge des coûts. Je traite ce point dans mes missions de mise en conformité RGPD.
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