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Un site qui n'apporte aucun client ne suffit pas à arrêter les loyers. Devoir de conseil, défaut de conformité, PV signé trop tôt, dol, liquidation de l'agence : les recours qui tiennent devant le juge et les preuves à réunir.
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Le commercial avait promis des appels, des devis, une place en tête des recherches. Dix-huit mois plus tard, le site n'a généré aucun contact, l'agence ne répond plus, et le loueur continue de prélever 300 à 500 € HT par mois jusqu'au terme du contrat de 48 mois. Arrêter de payer sans fondement expose presque toujours à une condamnation à régler tous les loyers restants, plus une clause pénale. Les recours existent pourtant, contre l'agence comme contre le loueur, à condition de choisir le bon fondement et de le prouver.
Une agence ne répond pas de la même manière d'un site qui ne fonctionne pas et d'un site qui fonctionne mais n'attire personne.
La conception et la mise en ligne d'un site correspondent à une prestation définie : les pages, les fonctions, le formulaire de contact, l'adaptation au mobile, le nom de domaine, l'hébergement. Si le site commandé n'est pas livré, s'il est incomplet ou s'il ne fonctionne pas, l'agence n'a pas exécuté son obligation. Le client dispose alors de toute la gamme de l'article 1217 du code civil : suspendre sa propre exécution, exiger l'exécution, obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution, demander des dommages et intérêts.
La jurisprudence tend à y voir une obligation de résultat, mais le contrat peut la réduire : la Cour de cassation a laissé retenir une obligation de moyens pour un site au forfait dont le prestataire promettait « tout le soin et toute la diligence nécessaires » (Com., 28 septembre 2010, n° 09-10.486). Et dans un montage avec loueur, ces sanctions visent l'agence : les loyers restent dus au loueur tant que le contrat de l'agence n'est pas anéanti.
Le positionnement dans Google dépend d'un algorithme, de la concurrence et du contenu fourni par le client. Faute de clause contraire, la jurisprudence tend à qualifier l'engagement de référencement d'obligation de moyens : l'agence doit mettre en œuvre les diligences promises, pas garantir un rang ou un nombre de visites.
Une obligation de moyens se viole aussi : le manquement se prouve par l'absence de travail (aucun rapport de positionnement, aucune optimisation dans le code, aucun lien créé, aucun contenu ajouté). Et si le contrat, le bon de commande ou un document remis par le commercial chiffre un résultat (« première page sur vos dix mots-clés », « vingt contacts par mois »), l'engagement change de nature : le résultat promis devient la mesure de l'exécution. Pour les clauses à exiger à la signature, voir l'article sur le contrat de référencement de site internet.
Le dossier de Pau le montre. Une SARL de charpente et couverture des Landes avait souscrit deux contrats de location de site et des avenants « SEO » puis « SEO et netlinking ». Le 15 juin 2024, faute de résultats, elle a résilié. Le loueur, Locam, cessionnaire des contrats, a prononcé la résiliation de plein droit et réclamé 33 387,94 €. Le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan, statuant en l'absence de la cliente, l'a condamnée le 24 janvier 2025 à payer 33 337,92 €. En appel, où j'assistais la société, le dossier n'a pas été gagné sur l'absence de résultat, mais sur un autre fondement : la nullité pour défaut de remise du formulaire de rétractation. La cour d'appel de Pau (2e ch., sect. 1, 20 octobre 2026, RG n° 25/01211) a annulé les deux contrats et leurs avenants et condamné Locam à restituer 36 101,92 €. La déception commerciale n'est pas un fondement ; elle se traduit en droit.
Avant la signature, l'agence doit révéler toute information déterminante que le client ignore légitimement, et aucune clause ne l'en dispense (article 1112-1 du code civil). Le manquement engage sa responsabilité et peut justifier l'annulation si le consentement en a été vicié.
Pour les prestations informatiques, la chambre commerciale rappelle que l'obligation de conseil impose au fournisseur de se renseigner sur les besoins du client et de l'informer de l'aptitude de la solution à l'usage prévu (Com., 20 juin 2018, n° 17-14.742). Appliqué à un site, cela vise des situations concrètes :
Le devoir de conseil a une limite : le client doit exprimer ses besoins. Dans l'affaire jugée en 2010, la cour d'appel, approuvée, imputait les retards en grande partie à l'imprécision du cahier des charges rédigé par le client. Un dirigeant qui n'a jamais répondu aux demandes de contenus de l'agence aura du mal à lui reprocher un site vide.
Dans la quasi-totalité des contrats de location de site, le client signe un procès-verbal de « livraison et de conformité ». C'est sur ce document que le loueur paie l'agence, et c'est lui qu'il oppose ensuite au client : vous avez reconnu le site conforme, vous devez les loyers.
Le PV fait présumer que l'agence a exécuté sa prestation. La Cour de cassation a approuvé une cour d'appel qui s'était fondée sur cette présomption pour condamner le locataire, faute pour lui de préciser quelle obligation le loueur aurait méconnue (Com., 11 mai 2017, n° 15-15.987). Dans un autre dossier Locam, la cour d'appel d'Agen a préféré au témoignage d'un proche et à une capture d'écran peu rigoureuse le constat d'huissier de l'agence, qui datait la mise en ligne avant le PV (Com., 3 mai 2018, n° 16-17.629, point non discuté en cassation).
Mais cette présomption se combat. Le 13 avril 2022 (Com., n° 20-20.495), dans un dossier Locam portant sur un site d'agence immobilière, la Cour de cassation a censuré l'arrêt qui jugeait que le PV signé sans réserve interdisait au client d'invoquer un défaut de délivrance. La cour d'appel devait rechercher si la création et la mise au point du site ne portaient pas sur un produit complexe, dont la délivrance n'est complète qu'une fois la mise au point effective réalisée. Un site sur mesure, avec formulaires, hébergement et référencement, entre aisément dans cette catégorie.
Le scénario le plus fréquent : contrat, autorisation de prélèvement et PV de conformité signés ensemble, sur la tablette du commercial, avant que le site existe. À propos d'un matériel médical financé en crédit-bail et jamais livré, la Cour de cassation a jugé dès 1992 qu'un locataire incité par les négociateurs du financement à signer un PV de réception avant la livraison ne commet pas de fraude envers le bailleur, l'imprudence étant du côté de ce dernier (Com., 8 décembre 1992, n° 91-11.851, publié). La date de mise en ligne réelle se prouve : historique de l'enregistrement du nom de domaine, archives web, premier courriel de livraison, factures d'hébergement.
Point de vigilance. Le PV signé trop tôt n'annule pas le contrat à lui seul. Il prive le loueur de sa meilleure pièce et ouvre la discussion sur la délivrance. Sans preuve de la date réelle de mise en ligne ou des défauts du site, il reste opposable.
Mensonges, manœuvres ou silence intentionnel sur une information déterminante : le dol (article 1137 du code civil) entraîne la nullité relative du contrat (articles 1130 et 1131). Les mensonges du commercial engagent l'agence, car le dol du préposé vaut dol du contractant (article 1138). Si la location a été signée directement avec le loueur, l'agence est un tiers à ce contrat : son dol n'atteint le loueur que si elle agissait comme son mandataire ou de connivence. Sinon, on annule le contrat de l'agence et la location tombe par caducité.
Le dol exige une démonstration précise. Le 2 octobre 2024 (Com., n° 23-12.358), la Cour de cassation a cassé un arrêt qui avait annulé pour dol une location de site au motif que le PV de conformité avait été signé le jour même du contrat de services. Les juges n'avaient caractérisé ni les manœuvres subies par le client ni leur caractère déterminant. La simultanéité des signatures est un indice, pas une preuve.
Ce qui convainc : une plaquette promettant un nombre de contacts, un courriel annonçant un « site gratuit » alors que 48 loyers sont dus, un comparatif de prix mensonger, la présentation de la location comme un abonnement résiliable à tout moment. Le délai pour agir ne court que du jour où le dol a été découvert (article 1144).
Ces mêmes promesses peuvent constituer une pratique commerciale trompeuse lorsqu'elles portent sur les résultats attendus du service (article L121-2 du code de la consommation). Le texte protège aussi les professionnels (article L121-5), sans condition d'effectif : la chambre criminelle l'a rappelé le 6 janvier 2026 (n° 24-81.212, publié), en rejetant le pourvoi d'un loueur de bureautique et de sites internet condamné à 1 200 000 € d'amende. Le délit est puni de 300 000 € d'amende et deux ans d'emprisonnement, 750 000 € et cinq ans s'il est commis en ligne (article L132-2). Une plainte ne rembourse pas les loyers, mais elle pèse dans une négociation.
Le loueur se dit simple financeur, étranger au site. Le droit ne le suit pas. Depuis deux arrêts de chambre mixte du 17 mai 2013 (n° 11-22.768 et n° 11-22.927), les contrats concomitants ou successifs qui s'inscrivent dans une opération incluant une location financière sont interdépendants, et les clauses inconciliables avec cette interdépendance sont réputées non écrites. La chambre commerciale rattache désormais ce mécanisme à l'article 1186 du code civil et juge que le loueur connaît nécessairement l'opération d'ensemble (Com., 10 janvier 2024, n° 22-20.466, publié).
La caducité met fin au contrat et peut donner lieu à restitutions (article 1187). Elle joue à la date d'effet de l'anéantissement du contrat de l'agence (Com., 5 février 2025, n° 23-16.749, publié) et écarte les indemnités prévues en cas de résiliation (Cass. ch. mixte, 13 avril 2018, n° 16-21.345, en crédit-bail). Si le site a servi un temps, la résolution ne vaut que pour l'avenir et les loyers antérieurs restent en principe acquis au loueur (article 1229). S'il n'a jamais servi, la restitution peut être intégrale, et l'on peut soutenir que la caducité remonte d'autant. Pour récupérer tous les loyers, la nullité reste la voie la plus sûre. Quand l'entreprise compte 5 salariés au plus, que le site n'entre pas dans son activité principale et que le contrat a été signé hors de l'agence, les règles du démarchage, étendues aux professionnels par l'article L221-3 du code de la consommation, ouvrent souvent cette nullité : elle est détaillée dans l'article sur la manière d'annuler un contrat de location de site internet et récupérer les loyers.
Lorsque l'agence a cédé le contrat lui-même au loueur, le client peut opposer au cessionnaire toutes les exceptions qu'il aurait pu opposer à l'agence (article 1216-2 du code civil). Encore faut-il savoir ce qui a été cédé : la seule location, ou l'ensemble des droits et obligations, prestations comprises. La lecture des conditions générales et de l'avis de cession commande la stratégie : sans cession de l'ensemble des droits et obligations de l'agence, le juge exige sa présence ou celle de son liquidateur (Com., 11 mai 2017, n° 15-15.987).
Cas fréquent dans les dossiers tardifs : l'agence a disparu, le loueur prélève toujours.
L'ouverture d'une liquidation judiciaire ne résilie aucun contrat de plein droit (article L641-11-1, I, du code de commerce). Elle ne fait donc pas tomber, à elle seule, la location. La Cour de cassation a refusé la caducité à un locataire qui n'avait pas demandé la résolution du contrat de fourniture après la liquidation du fournisseur (Com., 9 décembre 2014, n° 13-24.807).
La marche à suivre :
La date d'effet est l'enjeu financier : sur mise en demeure, la résiliation n'intervient qu'à l'expiration du mois, et chaque mois d'attente coûte un loyer. Le 9 septembre 2026 (Com., n° 23-18.793, publié), la Cour de cassation a jugé qu'en liquidation sans poursuite d'activité, la résiliation prononcée par le juge-commissaire à la demande du liquidateur (article L641-11-1, IV) prend effet, sauf décision contraire, à la cessation d'activité qui a rendu l'exécution impossible. Son extension à la résiliation sur mise en demeure n'est pas tranchée.
Un dossier de site internet sans résultat se gagne sur pièces. Le juge n'audite pas un site : il faut lui apporter des faits datés.
Quand l'agence détient les éléments décisifs, une mesure d'instruction peut être ordonnée avant tout procès s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve (article 145 du code de procédure civile) : expertise du site, communication des rapports, des accès et des factures. Les mécanismes de l'échec de projet informatique et des recours des entreprises victimes s'appliquent ici à l'échelle d'un site vitrine.
Ces fondements se combinent : le meilleur dossier en invoque souvent deux, l'un à titre principal, l'autre à titre subsidiaire, dans les cinq ans qui suivent la connaissance des faits (article 2224 du code civil).
Conseil d'avocat. Ne cessez pas de payer avant d'avoir notifié votre position par écrit à l'agence et au loueur. Un impayé spontané donne au loueur la résiliation à vos torts, l'indemnité égale aux loyers à échoir et la clause pénale. Une contestation motivée, envoyée avant tout incident, inverse la charge de la discussion.
Je commence par lire le contrat et ses annexes comme le ferait le loueur : lieu et date de signature, effectif, nature de ce qui a été cédé, contenu du PV, clauses de résiliation. Comme développeur, j'examine ensuite le site lui-même : ce qui a été livré, la date réelle de mise en ligne, ce que le référencement facturé a produit dans le code et dans les données. Ce double regard permet de dire en quelques jours si le dossier relève de la nullité, de la caducité, du dol ou d'une négociation, et de chiffrer ce qui peut être récupéré.
Ces litiges touchent à la fois aux contrats informatiques et à la responsabilité des prestataires et au financement par location. Si votre site ne vous apporte rien et que les prélèvements continuent, échangeons sur votre contrat avec l'agence et le loueur avant de suspendre le moindre paiement.
Pour aller plus loin
Elle peut le promettre par écrit, mais rares sont les contrats qui le font. Sans clause chiffrée, la jurisprudence tend à voir dans le référencement une obligation de moyens : l'agence doit réaliser les optimisations, contenus et liens prévus, pas atteindre un rang. Si le bon de commande, une plaquette ou un courriel du commercial annonce un positionnement précis, conservez-le : il peut transformer l'engagement en obligation de résultat ou caractériser une promesse trompeuse au sens de l'article L121-2 du code de la consommation.
Arrêter seul de payer est la pire option. Le loueur prononce la résiliation de plein droit et réclame les loyers échus, tous les loyers à échoir et une clause pénale, souvent de 10 %. L'absence de clients n'est pas, en soi, une inexécution. Il faut d'abord identifier un fondement (nullité, défaut de délivrance, dol, caducité), le notifier par écrit à l'agence et au loueur, puis négocier ou agir avec un dossier constitué.
Il fait présumer que le site a été livré conforme, mais cette présomption se combat. La Cour de cassation a jugé dès 1992 que le locataire poussé à signer un PV avant la livraison effective ne fraude pas le bailleur, dont l'imprudence est en cause. En 2022, elle a reproché à une cour d'appel de ne pas avoir recherché si un site, produit complexe, pouvait être contesté malgré un PV sans réserve. Il faut prouver la date réelle de mise en ligne : nom de domaine, archives web, courriels.
Avec une obligation de résultat, il suffit au client de constater que le résultat promis n'est pas atteint : site non livré, fonction absente, positionnement garanti non obtenu. Avec une obligation de moyens, il doit prouver que l'agence n'a pas fait ce qu'un professionnel diligent aurait fait : aucun rapport, aucun lien créé, aucune optimisation. La livraison d'un site conforme relève en principe du premier cas, sauf clause contraire, le trafic généré du second.
En règle générale, cinq ans à compter du jour où l'on a connu ou aurait dû connaître les faits (article 2224 du code civil). En cas de dol, le délai de l'action en nullité ne court que de la découverte des manœuvres (article 1144). Le point de départ se discute : face à un contrat signé il y a quatre ans, le loueur soutiendra que les défauts étaient connus dès la livraison. Agir dès que le problème apparaît évite ce débat.
La liquidation ne met pas fin automatiquement aux contrats (article L641-11-1 du code de commerce). Adressez au liquidateur une mise en demeure de prendre parti : sans réponse dans le mois, le contrat est résilié de plein droit. Notifiez ensuite au loueur la caducité de la location et déclarez votre créance au liquidateur. Chaque mois d'attente coûte un loyer : la Cour de cassation a fait remonter à la cessation d'activité la résiliation prononcée par le juge-commissaire (Com., 9 septembre 2026), sans trancher le cas de la mise en demeure.
Pas toujours. Des captures datées, un constat de commissaire de justice et les données de Google Search Console suffisent souvent à établir qu'un site était hors ligne, incomplet ou jamais référencé. Quand l'agence détient les preuves (rapports, accès, factures de liens), le juge peut ordonner avant tout procès une expertise ou une communication de pièces sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, s'il existe un motif légitime.
Oui. L'annulation entraîne la restitution des sommes versées, et la victime peut en outre demander réparation de son préjudice sur le terrain extracontractuel (article 1178 du code civil). En cas d'inexécution, des dommages et intérêts peuvent s'ajouter à la résolution ou à la réduction du prix (article 1217). Le préjudice doit être prouvé : temps perdu, frais d'un nouveau site, perte de chance de clientèle. Je vous accompagne sur ces litiges de contrats informatiques.
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