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Prix et délais de paiement, durée, propriété du code, non-sollicitation du client final, résiliation : les clauses du contrat entre une ESN et un freelance, ce que chaque partie doit obtenir et comment éviter la requalification en contrat de travail.
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Un développeur freelance placé par une ESN chez un grand compte, c'est trois acteurs, deux contrats et un seul livrable. Quand la mission s'arrête du jour au lendemain, que le client final paie à 90 jours ou que le code part en production sans cession de droits, c'est le contrat entre l'ESN et le freelance qui tranche. Mal rédigé, il expose l'ESN à une requalification en contrat de travail et à 225 000 € d'amende pour travail dissimulé, et le freelance à des mois d'impayés. Voici les clauses qui se négocient vraiment, avec ce que chaque partie doit obtenir.
Le schéma classique repose sur deux contrats distincts. Le client final signe avec l'ESN un contrat-cadre, puis des bons de commande mission par mission. L'ESN signe ensuite avec le freelance un contrat de sous-traitance, souvent appelé contrat de prestation ou contrat freelance. Le freelance n'a aucun lien contractuel avec le client final, même s'il travaille dans ses locaux tous les jours.
Deux variantes changent la donne. Si le freelance passe par une plateforme de mise en relation, un troisième contrat s'intercale, avec ses propres conditions de paiement. S'il est en portage salarial, l'ESN ne contracte pas avec lui mais avec la société de portage, par un contrat commercial de prestation de portage salarial (article L1254-1 du code du travail). Le consultant est alors salarié de la société de portage, et les clauses ci-dessous se négocient avec elle.
Le contrat ESN freelance doit refléter le contrat client sur cinq points : périmètre de la mission, durée, confidentialité, propriété des livrables et conditions de sortie. Chaque écart reste à la charge de l'ESN. Si le client final exige une cession de droits mondiale et que le freelance n'a cédé que pour la France, l'ESN a vendu ce qu'elle ne possède pas.
La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 définit la sous-traitance comme le fait de confier à un sous-traitant tout ou partie d'un contrat d'entreprise conclu avec le maître de l'ouvrage. Lorsqu'elle s'applique, l'ESN doit faire accepter le freelance par le client final (article 3), et le freelance impayé dispose d'une action directe contre ce client, à laquelle il ne peut pas renoncer (article 12). Son application aux prestations informatiques se discute au cas par cas : elle dépend de la qualification de la mission, et un contrat bien rédigé anticipe la question au lieu de la subir.
Un freelance immatriculé est présumé ne pas être salarié de son donneur d'ordre (article L8221-6 du code du travail). Cette présomption tombe lorsque les prestations sont fournies dans des conditions qui placent le freelance dans un « lien de subordination juridique permanente ». La Cour de cassation définit ce lien depuis 1996 : un travail exécuté sous l'autorité d'un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements (Cass. soc., 13 novembre 1996, n° 94-13.187). Elle a appliqué cette grille à un chauffeur pourtant inscrit comme indépendant, en requalifiant la relation (Cass. soc., 4 mars 2020, n° 19-13.316).
Si le donneur d'ordre s'est soustrait intentionnellement à ses obligations d'employeur, la requalification devient du travail dissimulé. La peine est de trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (article L8224-1), portée à 225 000 € pour une société, l'amende des personnes morales étant le quintuple (article L8224-5 du code du travail et article 131-38 du code pénal). Le freelance requalifié peut réclamer une indemnité forfaitaire de six mois de salaire à la rupture (article L8223-1), et l'URSSAF les cotisations sur toute la période.
Pour l'ESN qui facture du temps de consultant en régie, le risque se double d'une qualification de marchandage ou de prêt de main-d'œuvre illicite (articles L8231-1 et L8241-1). Je l'ai détaillé dans l'article sur le délit de marchandage et le prêt de main-d'œuvre illicite en ESN.
Point de vigilance. Une clause « le prestataire organise librement son travail » ne protège rien si, dans les faits, le chef de projet du client fixe ses horaires. Le juge regarde l'exécution, pas l'intitulé. Le contrat doit décrire des livrables, des jalons et un interlocuteur technique, et la mission doit s'exécuter de cette façon.
La clause de prix d'un contrat freelance tient en une ligne, le taux journalier moyen (TJM), mais elle doit répondre à six questions : ce qu'est une journée (sept ou huit heures, fractionnable ou non), le sort des astreintes et des interventions de nuit, le remboursement des frais de déplacement, la révision annuelle du taux, la périodicité de facturation et le document qui déclenche la facture.
En pratique, la facture mensuelle repose sur le compte rendu d'activité (CRA) validé par le client final. Le code de commerce limite la durée d'une procédure de vérification à trente jours, sauf stipulation expresse non abusive, et cette procédure ne peut ni allonger ni décaler le point de départ du délai de paiement (article L441-10, III). Une ESN qui retient la facture parce que le CRA « n'est pas encore validé » depuis six semaines s'expose donc à la contestation.
Le délai convenu ne peut dépasser 60 jours après la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois s'il est expressément stipulé. Pour une facture périodique, le plafond est de 45 jours (article L441-10, I). Le retard déclenche de plein droit des pénalités au taux de la BCE majoré de 10 points, sans pouvoir descendre sous trois fois le taux d'intérêt légal, et une indemnité forfaitaire de 40 € par facture (article D441-5).
Exemple : un freelance à 650 € par jour sur 20 jours facture 13 000 € HT par mois. Trois factures payées avec 45 jours de retard, c'est 39 000 € de trésorerie bloquée, plus les pénalités et 120 € d'indemnités. L'amende administrative pour dépassement des délais va jusqu'à 2 millions d'euros pour une société, 4 millions en cas de réitération sous deux ans (article L441-16).
Beaucoup d'ESN conditionnent le paiement du freelance au règlement du client final. Cette clause se heurte à l'article L441-10, dont les plafonds courent à compter de la facture, et à l'article L441-16, qui interdit les clauses retardant abusivement le point de départ des délais. Côté ESN, mieux vaut aligner les dates de facturation que suspendre le paiement. Côté freelance, c'est une clause à refuser ou à encadrer par un délai butoir.
La durée du contrat ESN freelance suit en principe celle du bon de commande client, avec un renouvellement par avenant. Un contrat sans terme est un contrat à durée indéterminée : chaque partie peut y mettre fin à tout moment, avec le préavis prévu ou, à défaut, un délai raisonnable (article 1211 du code civil). Les engagements perpétuels sont interdits (article 1210).
C'est le cas le plus fréquent : le client met fin au bon de commande avec quinze jours de préavis, l'ESN répercute le jour même. Le freelance doit négocier un préavis minimal, par exemple dix jours ouvrés, ou une indemnité équivalente. L'ESN, elle, doit s'assurer que son préavis envers le freelance n'est pas plus long que celui dont elle bénéficie chez le client, sinon elle paie des jours non facturés.
Un freelance qui enchaîne les missions pour la même ESN depuis quatre ans entretient une relation commerciale établie. Y mettre fin sans préavis écrit suffisant engage la responsabilité de l'auteur de la rupture (article L442-1, II du code de commerce). La durée s'apprécie selon l'ancienneté de la relation, et un préavis de dix-huit mois met à l'abri de toute critique sur sa durée. En deçà, la jurisprudence tend à apprécier le préavis au cas par cas, selon l'ancienneté et la dépendance économique du freelance.
Une clause résolutoire précise, avec mise en demeure et délai de régularisation, évite de plaider la gravité du manquement. Les pénalités forfaitaires restent modérables par le juge si elles sont manifestement excessives (article 1231-5 du code civil).
C'est la clause la plus souvent oubliée dans un contrat freelance. Un logiciel développé par un salarié appartient à son employeur (article L113-9 du code de la propriété intellectuelle). Cette règle ne joue pas pour un freelance : il reste titulaire des droits sur le code qu'il écrit, et le simple fait d'être payé pour une prestation n'emporte aucune cession (article L111-1).
L'ESN a besoin d'une cession au moins aussi large que celle qu'elle consent au client final, et d'une garantie que le freelance n'a pas intégré de code tiers sous une licence incompatible. Le freelance a intérêt à conditionner le transfert de propriété au paiement intégral, et à exclure ses outils, bibliothèques et briques préexistantes, qu'il concède par une licence non exclusive. Ces deux demandes se concilient très bien dans une clause bien construite. Les CGV d'un freelance peuvent poser ces principes, mais le contrat négocié avec l'ESN prime.
Presque tous les contrats ESN freelance interdisent au freelance de travailler en direct pour le client final pendant une période après la mission. L'ESN protège ainsi sa marge et son investissement commercial. La clause est licite, mais pas à n'importe quelles conditions.
La Cour de cassation juge qu'une stipulation qui porte atteinte à la liberté du travail et à la liberté d'entreprendre n'est licite que si elle est proportionnée aux intérêts légitimes à protéger, compte tenu de l'objet du contrat (Cass. com., 27 mai 2021, n° 18-23.261). Dans cette affaire, une cour d'appel avait validé une clause de non-sollicitation sans vérifier sa proportionnalité : son arrêt a été cassé.
Une interdiction de travailler pour tout client du secteur bancaire pendant deux ans n'est plus une clause de non-sollicitation : c'est une clause de non-concurrence, qui obéit à des conditions plus strictes et a toutes les chances d'être écartée face à un indépendant dont c'est le seul marché.
La validité de la clause, ses limites et la jurisprudence récente sont détaillées dans l'article sur la clause de non-sollicitation.
L'ESN qui confie au freelance une mission d'au moins 5 000 € HT doit vérifier, à la signature puis tous les six mois, que celui-ci est en règle (articles L8222-1 et R8222-1 du code du travail). La preuve passe par une attestation de vigilance de l'URSSAF datant de moins de six mois, dont l'authenticité est vérifiée, et par un extrait d'immatriculation lorsque celle-ci est obligatoire (article D8222-5). À défaut, l'ESN peut être tenue solidairement des sommes dues par un freelance condamné pour travail dissimulé (article L8222-2).
Le contrat doit donc prévoir la remise de ces pièces, leur renouvellement semestriel et la faculté de suspendre les paiements tant qu'elles manquent. Il complète le dispositif par trois clauses courtes :
Le même contrat se lit différemment selon qu'on le propose ou qu'on le signe. Les clauses ne sont pas antagonistes : un contrat équilibré réduit le risque de contentieux des deux côtés.
Un contrat ESN freelance se négocie avant la mission, jamais pendant. Une fois le freelance installé chez le client, plus personne ne veut rouvrir le TJM ou la cession de droits. Je rédige et relis ces contrats pour des ESN qui structurent leur sous-traitance et pour des freelances qui veulent signer en connaissant leurs risques. Mon double profil d'avocat et de développeur m'aide à décrire une mission en livrables techniques réels, ce qui est la meilleure protection contre la requalification.
Pour aller plus loin, consultez mon accompagnement en rédaction de contrats commerciaux et mes interventions pour les ESN, agences web et prestataires IT. Si un contrat est sur votre bureau ou si une mission vient de s'arrêter sans préavis, échangeons sur votre contrat ESN freelance.
Pour aller plus loin
Aucun texte n'impose un écrit pour la prestation elle-même, mais plusieurs règles l'exigent en pratique. La cession de droits sur le code n'est valable que si chaque droit cédé est mentionné et son domaine délimité (article L131-3 du code de la propriété intellectuelle). Les conditions de paiement doivent aussi être fixées pour appliquer les plafonds de l'article L441-10 du code de commerce. Sans écrit, le freelance garde ses droits d'auteur et les litiges de préavis se plaident sans base.
Le délai convenu ne peut dépasser 60 jours après la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois s'il est expressément stipulé. Pour une facture périodique, le plafond est de 45 jours. Au-delà, les pénalités de retard courent de plein droit, avec une indemnité forfaitaire de 40 € par facture. Une ESN qui dépasse ces délais s'expose à une amende administrative de la DGCCRF pouvant atteindre 2 millions d'euros.
La requalification ouvre au freelance les droits d'un salarié : rappels de salaire, congés, indemnités de rupture. Si l'ESN a agi intentionnellement, c'est du travail dissimulé : jusqu'à 225 000 € d'amende pour la société, une indemnité forfaitaire de six mois de salaire pour le consultant et un redressement URSSAF sur toute la période. Le critère décisif est le lien de subordination : ordres, contrôle et pouvoir de sanction.
Oui, si elle reste proportionnée. La Cour de cassation exige qu'une telle clause soit proportionnée aux intérêts légitimes à protéger, compte tenu de l'objet du contrat (Cass. com., 27 mai 2021, n° 18-23.261). En pratique, elle vise le seul client final, pour douze mois au plus après la mission, avec une indemnité raisonnable. Une interdiction large, sur tout un secteur ou pendant plusieurs années, s'analyse en clause de non-concurrence et devient fragile.
Le freelance, tant qu'il n'a pas cédé ses droits par écrit. La règle qui attribue à l'employeur les logiciels créés par ses salariés ne s'applique pas aux indépendants. L'ESN qui revend le code au client final sans cession préalable s'expose à une action en contrefaçon et ne peut pas garantir son client. La cession doit lister les droits cédés, leur durée et leur territoire, et peut être rémunérée par un forfait inclus dans le TJM.
Seulement si le contrat le prévoit, et dans les limites de la loi. Un contrat à durée indéterminée se résilie avec le préavis prévu ou, à défaut, un délai raisonnable. Si le freelance enchaîne les missions pour la même ESN depuis plusieurs années, une fin sans préavis écrit suffisant peut constituer une rupture brutale de relation commerciale établie. Je traite ces dossiers en rupture brutale des relations commerciales.
Pour toute mission d'au moins 5 000 € HT, l'ESN doit obtenir à la signature, puis tous les six mois, une attestation de vigilance URSSAF de moins de six mois, dont elle vérifie l'authenticité en ligne, et un extrait d'immatriculation lorsqu'elle est obligatoire. Sans ces pièces, elle peut être tenue solidairement des cotisations dues par un freelance condamné pour travail dissimulé. S'y ajoutent l'attestation d'assurance responsabilité civile professionnelle et le RIB.
Oui. L'ESN qui traite des données pour le compte du client agit comme sous-traitant, et le freelance devient un sous-traitant ultérieur. Le RGPD subordonne ce recours à une autorisation écrite préalable du responsable du traitement (article 28) et impose de répercuter les mêmes obligations au freelance. Le contrat doit donc reprendre les clauses de protection des données du contrat client. Détail dans l'article sur la sous-traitance RGPD avec un prestataire informatique.
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