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Le DSA interdit aux plateformes la publicité profilée envers les mineurs, mais le droit français vise aussi l'annonceur, l'agence et l'influenceur. Règles, sanctions et check-list pour une campagne qui touche les 13-17 ans.
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Une campagne qui vise les 13 à 17 ans sur un réseau social, avec des critères d'intérêt et un partenariat d'influenceur, cumule trois régimes : le règlement européen sur les services numériques (DSA), la loi française sur l'influence commerciale et le code de la consommation. Les plafonds sont lourds : jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial pour la plateforme, cinq ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende pour une pratique commerciale trompeuse diffusée en ligne.
Le DSA ne vise pas directement la marque, qui choisit pourtant l'audience, le message et l'influenceur. Voici ce qui est interdit, à qui, et comment construire une campagne qui touche des adolescents sans s'exposer.
L'article 28, paragraphe 2, du règlement (UE) 2022/2065 interdit aux plateformes en ligne de présenter une publicité « qui repose sur du profilage » utilisant les données personnelles du destinataire, « dès lors qu'ils ont connaissance avec une certitude raisonnable que le destinataire du service est un mineur ». Cette interdiction s'applique à toutes les plateformes depuis le 17 février 2024, et depuis la fin août 2023 aux très grandes plateformes désignées en avril 2023 (article 92). Le mineur s'entend de toute personne de moins de 18 ans : c'est la définition retenue par les lignes directrices de la Commission publiées au Journal officiel le 10 octobre 2025 (C/2025/5519).
La publicité contextuelle, choisie selon le contenu consulté et non selon la personne, sort du champ de l'interdiction. Le ciblage par données déclarées et grossières est plus discuté. En août 2023, Snap a annoncé limiter la personnalisation des publicités pour les 13 à 17 ans de l'Union et du Royaume-Uni à « des informations essentielles de base » comme la langue, l'âge et la localisation. Aucun juge n'a encore dit si un ciblage par tranche d'âge et par pays constitue un profilage. En pratique, plus le critère est fin et déduit du comportement, plus le risque est élevé.
L'article 28, paragraphe 3, précise que la plateforme n'a pas à traiter de données supplémentaires pour savoir si l'utilisateur est mineur, et le considérant 71 ajoute que l'interdiction ne doit pas l'inciter à recueillir l'âge avant l'utilisation du service. Ce n'est pas un permis d'ignorer ce que la plateforme sait déjà : date de naissance déclarée, contrôle parental, estimation d'âge réalisée pour d'autres besoins. La Commission se montre exigeante sur la qualité de ces signaux. Le 29 avril 2026, elle a adressé à Meta des conclusions préliminaires reprochant à Instagram et Facebook de laisser des enfants de moins de 13 ans saisir une fausse date de naissance, sans contrôle effectif.
L'article 26 complète l'interdiction de l'article 28. Il oblige la plateforme à permettre à chaque utilisateur, en temps réel, de savoir qu'un contenu est une publicité, pour le compte de qui elle est présentée, qui l'a payée, et quels sont les principaux paramètres qui l'ont conduite jusqu'à lui. Le paragraphe 3 interdit, quel que soit l'âge, la publicité fondée sur un profilage utilisant des données sensibles au sens de l'article 9 du RGPD, comme la santé, l'orientation sexuelle ou les opinions politiques et religieuses.
Le paragraphe 2 concerne directement les créateurs de contenu : la plateforme doit leur offrir une fonction pour déclarer qu'un post contient une communication commerciale, et afficher ce marquage aux autres utilisateurs. Les très grandes plateformes, au-delà de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union, tiennent en plus un registre public de leurs publicités (article 39), qui indique notamment si une campagne visait un groupe particulier et selon quels paramètres.
L'article 19 exclut les micro et petites entreprises, au sens de la recommandation 2003/361/CE, de la section qui contient les articles 26 et 28, sauf si elles ont été désignées très grandes plateformes. Une jeune application communautaire peut donc échapper à l'article 28, pas au RGPD ni au droit de la consommation. L'exemption cesse douze mois après la perte du statut de petite entreprise.
Le DSA ne s'adresse qu'aux fournisseurs de services intermédiaires : la marque qui achète une campagne ne viole pas elle-même l'article 28. Trois mécanismes la rattrapent néanmoins.
La Cour de justice de l'Union européenne a jugé que l'administrateur d'une page fan Facebook, qui paramètre l'audience, est responsable conjoint du traitement avec le réseau social (CJUE, 5 juin 2018, Wirtschaftsakademie, C-210/16). Elle a retenu la même solution pour un site qui intègre le bouton « J'aime », limitée à la collecte et à la transmission des données (CJUE, 29 juillet 2019, Fashion ID, C-40/17). La jurisprudence tend ainsi à faire peser sur l'annonceur une part de la responsabilité des choix de ciblage qu'il paramètre. Or le RGPD protège spécialement les enfants contre le marketing et la création de profils (considérant 38). La Cour a aussi jugé que la personnalisation publicitaire qui finance un réseau social ne justifie pas, au titre de l'intérêt légitime, un traitement sans consentement (CJUE, gr. ch., 4 juillet 2023, Meta Platforms, C-252/21). Or, en France, un mineur ne consent seul qu'à partir de 15 ans ; en dessous, le consentement est donné conjointement avec les parents (article 45 de la loi Informatique et libertés).
Le point 6.6 des lignes directrices de 2025 rattache à l'article 28, paragraphe 1, des mesures qui vont au-delà de l'interdiction du paragraphe 2 : examiner l'opportunité des campagnes selon les tranches d'âge, écarter les publicités préjudiciables, ne pas exposer les mineurs à des volumes excessifs de contenus commerciaux, à des publicités déguisées, à des monnaies virtuelles qui masquent le prix réel ou à des techniques de rareté artificielle. Ces lignes directrices ne sont pas contraignantes, mais la Commission y voit sa référence pour apprécier le respect de l'article 28, paragraphe 1, et s'y est référée dans ses conclusions préliminaires contre TikTok en juillet 2026. Les plateformes les répercutent dans leurs politiques publicitaires : une marque qui les ignore s'expose au refus de ses campagnes.
La directive Services de médias audiovisuels, modifiée en 2018, interdit déjà l'usage commercial, profilage et ciblage comportemental compris, des données de mineurs que les éditeurs et les plateformes vidéo collectent pour les protéger (articles 6 bis et 28 ter).
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 encadre toute personne qui, à titre onéreux, mobilise sa notoriété pour promouvoir des biens, des services ou une cause. Elle vise directement l'influenceur, son agent et l'annonceur. Les règles générales sont détaillées dans l'article sur la régulation de la publicité des influenceurs ; voici ce qui change quand l'audience compte des adolescents.
L'article 5-2 de la loi qualifie de pratique commerciale trompeuse l'absence de mention claire de l'intention commerciale, par exemple « publicité » ou « collaboration commerciale ». La sanction est celle de l'article L132-2 du code de la consommation : deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, portés à cinq ans et 750 000 euros quand l'infraction passe par un service en ligne, avec une amende qui peut atteindre 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel. Selon le bilan publié par la DGCCRF en avril 2024, près de la moitié des plus de 300 influenceurs contrôlés en 2022 et 2023 étaient en anomalie, le plus souvent faute d'afficher le caractère commercial de leurs publications.
L'article 4 interdit aux influenceurs toute promotion de la chirurgie esthétique et des actes esthétiques à risque, des produits présentés comme substituables à un traitement, des produits de nicotine, de certains produits financiers, des crypto-actifs dont l'annonceur n'est pas agréé et des abonnements à des pronostics sportifs. Pour les jeux d'argent et de hasard, la promotion n'est permise que sur les plateformes qui offrent un mécanisme technique d'exclusion des moins de 18 ans, à condition que l'influenceur l'active effectivement, avec une mention d'interdiction aux mineurs. Le manquement est passible de l'amende de l'article L324-8-1 du code de la sécurité intérieure : 100 000 euros, portés jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires engagées. À compter du 1er janvier 2027, la loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 ajoute à cette liste la promotion, même gratuite, des produits de mode ultra-express et des marques qui y recourent, sous peine d'une amende administrative pouvant atteindre 100 000 euros : à anticiper pour les campagnes de mode visant les adolescents.
L'article 3 rend applicables à l'influence les règles du code de la santé publique. La plus sensible pour une marque d'alcool : l'article L3323-2 n'autorise la publicité en ligne qu'en dehors des services qui apparaissent « comme principalement destinés à la jeunesse ». Un partenariat avec un créateur dont l'audience est majoritairement adolescente expose fortement la campagne à ce grief.
L'article L121-7, 5°, du code de la consommation répute agressif le fait, dans une publicité, d'inciter directement les enfants à acheter ou à persuader leurs parents d'acheter le produit. Un « demande-le à tes parents » adressé à des collégiens tombe sous ce texte, puni par l'article L132-11 de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende, ou 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel.
L'article 8 impose, à peine de nullité, un contrat écrit entre l'influenceur, son agent et l'annonceur au-delà d'un seuil fixé par décret, avec la soumission au droit français quand la campagne vise un public établi en France. Surtout, son paragraphe III rend l'annonceur, l'agent et l'influenceur solidairement responsables des dommages causés aux tiers dans l'exécution du contrat. Une marque ne peut donc pas se retrancher derrière son créateur de contenu.
Quand le créateur a moins de 16 ans, la marque entre dans le régime de la loi n° 2020-1266 du 19 octobre 2020. Deux situations se distinguent.
Pour l'annonceur, le point de friction est le IV de cet article 3. Avant un placement de produit dans une vidéo dont le sujet principal est un enfant de moins de 16 ans, la marque doit vérifier auprès du diffuseur s'il est soumis à l'obligation de consignation. Si c'est le cas, elle verse directement la rémunération à la Caisse des dépôts, sous peine de 3 750 euros d'amende.
Les recommandations de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité ne sont pas des lois, mais elles servent de grille au Jury de déontologie publicitaire.
S'y ajoute le coût commercial : campagne retirée, compte suspendu, décision publiée. Pour un e-commerçant ou un opérateur de marketplace dont l'acquisition repose sur les réseaux sociaux, ce dernier risque pèse souvent plus lourd que l'amende.
La Commission a présenté le 17 septembre 2026 une proposition de règlement, l'EU KIDS Act (COM(2026) 681). C'est une proposition, en cours de négociation, et non du droit applicable. Son articulation avec la loi française est analysée dans l'article sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Trois points intéressent directement la publicité :
Une marque qui bâtit dès maintenant ses campagnes jeunesse sur du contextuel n'aura pas à les refaire.
Conseil d'avocat : la clause qui me paraît la plus utile n'est pas celle qui interdit de viser les mineurs, c'est celle qui oblige l'agence à fournir, avant diffusion, l'export des paramètres de ciblage et la répartition par âge de l'audience de chaque créateur. Sans ces pièces, la marque ne peut prouver ni sa bonne foi ni la faute de son prestataire.
J'interviens en amont, pour les annonceurs, les agences et les plateformes. Je cartographie audiences et ciblages, je relis messages et contrats d'influence, et j'articule DSA, RGPD et droit de la consommation. Développeur de formation, je lis aussi les paramètres techniques d'une régie. Pour les contrats de créateurs, voyez mon accompagnement d'avocat des influenceurs et créateurs de contenu ; pour les traitements de données des mineurs, la mise en conformité RGPD.
Le DSA interdit à la plateforme la publicité profilée envers les mineurs, mais le droit français fait peser l'essentiel du risque pénal et civil sur l'annonceur, l'agence et le créateur. La bonne décision se prend avant la diffusion : ciblage contextuel, mentions visibles, contrat solide et preuves conservées. Si une campagne jeunesse est en préparation ou si une plateforme vient de suspendre vos annonces, échangeons sur votre campagne et sur votre exposition.
Pour aller plus loin
Sur les plateformes en ligne, oui dès qu'elle repose sur du profilage. L'article 28, paragraphe 2, du DSA interdit de présenter une publicité fondée sur le profilage des données d'un utilisateur quand la plateforme sait avec une certitude raisonnable qu'il a moins de 18 ans. La publicité contextuelle, liée au contenu consulté, reste possible. Les micro et petites plateformes en sont exemptées par l'article 19, sauf si elles sont désignées très grandes plateformes.
Elle peut diffuser une publicité vue par des adolescents, mais pas obtenir de la plateforme un ciblage fondé sur leurs centres d'intérêt ou leur comportement. Le ciblage par âge et pays déclarés reste discuté. La marque doit aussi respecter le code de la consommation, qui interdit d'inciter directement un enfant à acheter, et les règles de la loi du 9 juin 2023 si elle passe par des influenceurs.
Pour une plateforme dont l'établissement principal est en France, la CNIL est compétente depuis le 17 février 2024 (article 124-5 de la loi Informatique et libertés) et peut infliger une amende jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial. Une plateforme établie en Irlande relève de l'autorité irlandaise. Pour une très grande plateforme, la Commission européenne dispose du même plafond (article 74 du DSA). S'y ajoutent les risques au titre du RGPD et du droit de la consommation.
La loi du 9 juin 2023 exige une mention claire de l'intention commerciale, par exemple « publicité » ou « collaboration commerciale », sur tout support. Son absence est une pratique commerciale trompeuse punie de deux ans et 300 000 euros, portés à cinq ans et 750 000 euros en ligne. L'ARPP ajoute que la mention doit être visible immédiatement, pas en fin de vidéo, et écarte « SP » ou « collab ».
Non. Les communications d'influenceurs sur les jeux d'argent et de hasard ne sont permises que sur les plateformes capables d'exclure techniquement les moins de 18 ans, et seulement si l'influenceur active ce mécanisme, avec une mention d'interdiction aux mineurs. L'amende atteint 100 000 euros, et jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires. La promotion d'abonnements à des pronostics sportifs est, elle, interdite en toute hypothèse.
Si l'enfant est employé pour des vidéos dont il est le sujet principal et qui sont diffusées à titre lucratif, l'employeur doit obtenir une autorisation administrative préalable (article L7124-1 du code du travail). Hors contrat de travail, l'annonceur doit vérifier si les revenus de la chaîne sont soumis à consignation et, le cas échéant, verser sa rémunération à la Caisse des dépôts, sous peine de 3 750 euros d'amende.
Oui. Une publicité choisie selon le contenu affiché, une vidéo de football ou un article sur les jeux vidéo, sans exploiter le profil de l'utilisateur, ne relève pas de l'interdiction de l'article 28 du DSA. Elle reste soumise aux règles de fond : pas d'incitation directe des enfants à acheter, pas de produit interdit, identification claire du caractère publicitaire et respect des recommandations de l'ARPP.
L'article 26 vaut pour tous les utilisateurs : il impose d'identifier chaque publicité, son annonceur, son payeur et les paramètres de ciblage, et interdit le profilage sur données sensibles. L'article 28 protège spécifiquement les mineurs : mesures de sécurité appropriées et interdiction de toute publicité profilée envers eux. Les deux relèvent de la même section du DSA et partagent l'exemption des micro et petites entreprises.
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