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Clause de réversibilité : organiser la sortie d'un contrat SaaS ou d'infogérance

Préavis de deux mois, transition de trente jours, fin des frais de sortie au 12 janvier 2027 : ce que le Data Act impose à la clause de réversibilité SaaS. Et pour l'infogérance, comment organiser la restitution, le plan de sortie et le transfert du personnel.

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Un contrat SaaS ou d'infogérance se négocie sur l'entrée : prix, niveaux de service, sécurité. La sortie arrive plus tard, souvent dans un climat dégradé, et c'est là que le client découvre qu'il ne maîtrise ni ses données, ni le calendrier, ni le coût de la migration. La clause de réversibilité règle ce moment à l'avance. Depuis le 12 septembre 2025, le Data Act en impose le socle pour les services cloud ; pour le reste, et notamment l'infogérance classique, tout dépend de ce que le contrat a prévu.

Réversibilité, portabilité, changement de fournisseur : trois notions à ne pas confondre

La réversibilité est une notion contractuelle. Elle désigne l'ensemble des obligations qui permettent au client de reprendre en interne, ou de confier à un tiers, un service qu'il avait externalisé : restitution des données, transfert de la documentation, assistance technique, continuité du service pendant la bascule. Aucun texte ne la définit en droit commun. Son contenu est celui que les parties ont écrit.

La portabilité du RGPD est autre chose. L'article 20 du règlement donne à la personne concernée, c'est-à-dire à un individu, le droit de recevoir ses données personnelles dans un format structuré et lisible par machine, lorsque le traitement repose sur son consentement ou sur un contrat. Une entreprise cliente d'un éditeur ne peut pas s'en prévaloir pour récupérer sa base. Le texte utile côté RGPD est l'article 28 § 3 g) : au terme de la prestation, le sous-traitant supprime ou renvoie toutes les données personnelles, au choix du responsable de traitement, et détruit les copies.

Le changement de fournisseur est la notion du règlement (UE) 2023/2854, dit Data Act. Il vise le passage d'un « service de traitement de données » à un autre service du même type, chez un autre fournisseur, ou vers une infrastructure sur site, « y compris par l'extraction, la transformation et le téléversement des données ». Le considérant 81 range expressément l'IaaS, le PaaS et le SaaS dans cette catégorie.

Ce qui en découle en pratique

  • Pour un abonnement SaaS ou un service cloud, la clause de réversibilité doit respecter un contenu minimal imposé par le Data Act. Le contrat peut aller au-delà, pas en deçà.
  • Pour une infogérance exploitée sur l'infrastructure du client, le Data Act est souvent hors champ : il ne vise que les ressources partagées, mobilisables à la demande. La réversibilité y reste une pure construction contractuelle.
  • Pour un service conçu sur mesure pour un seul client et non proposé sur catalogue, l'article 31 du Data Act écarte une partie des obligations (équivalence fonctionnelle, suppression des frais, compatibilité avec les normes d'interopérabilité). Le fournisseur doit en informer le client avant la signature.

Ce que le Data Act impose à la clause de réversibilité d'un contrat SaaS

L'article 25 du Data Act fixe la liste des clauses que le contrat écrit doit contenir. Elles ne sont pas une option de négociation : un contrat SaaS qui les omet n'est pas conforme. L'analyse complète de leur impact sur les contrats d'éditeurs figure dans notre article sur les clauses de réversibilité du Data Act dans les contrats SaaS ; voici ce qu'elles changent pour la rédaction.

Les délais imposés

  • Préavis de deux mois au plus pour lancer le processus de changement de fournisseur (art. 25 § 2 d).
  • Période transitoire de trente jours calendaires au plus, qui court à l'expiration du préavis. Pendant cette période, le contrat reste applicable : le fournisseur assure une assistance raisonnable, maintient la continuité du service et un niveau élevé de sécurité (art. 25 § 2 a).
  • Sept mois au maximum si la période de trente jours est techniquement impossible à tenir. Le fournisseur doit le notifier dans les quatorze jours ouvrables suivant la demande et motiver l'impossibilité (art. 25 § 4).
  • Trente jours calendaires au moins pour récupérer les données après la période transitoire (art. 25 § 2 g).
  • Un droit pour le client de prolonger une fois la période transitoire, pour la durée qu'il juge appropriée (art. 25 § 5).

Le contenu obligatoire

Le contrat doit aussi comporter une obligation de concourir à la stratégie de sortie du client, une spécification exhaustive des données et actifs numériques portables, la liste des données internes au service exclues pour protéger les secrets d'affaires du fournisseur, une clause d'effacement intégral des données à l'issue de la récupération, et les frais de changement éventuels. L'article 26 ajoute une information sur les méthodes et formats disponibles, avec un registre en ligne des structures de données.

Les frais

L'article 29 organise la suppression progressive des frais de changement de fournisseur. Jusqu'au 12 janvier 2027, ils peuvent être facturés à un niveau réduit, qui ne dépasse pas les coûts directement liés au changement. À compter du 12 janvier 2027, aucun frais de changement ne peut être imposé. La définition est précise : les frais de service standard et les pénalités de résiliation anticipée n'en font pas partie. Ces deux postes restent donc négociables, mais le fournisseur doit les annoncer clairement avant la conclusion du contrat (art. 29 § 4).

En France, la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 (SREN) avait anticipé ce mouvement. Son article 27 interdit déjà de facturer des frais de transfert de données ou de changement de fournisseur supérieurs aux coûts supportés et directement liés au changement, et impose que leur nature et leur montant figurent dans les contrats conclus depuis sa promulgation. Son article 30 permet à l'Arcep de sanctionner les manquements jusqu'à 3 % du chiffre d'affaires mondial hors taxes, 5 % en cas de réitération.

Point de vigilance. Pour le changement de fournisseur, le Data Act ne prévoit aucun régime différé en faveur des contrats signés avant le 12 septembre 2025. Le régime différé au 12 septembre 2027 vise le chapitre IV, consacré aux clauses abusives entre entreprises, pas le changement de fournisseur. Un contrat SaaS en cours qui prévoit un préavis de six mois ou des frais de sortie forfaitaires est déjà en décalage avec le texte.

Le plan de réversibilité : passer de la clause à l'opération

Une clause qui écrit seulement que « le prestataire s'engage à assurer la réversibilité » renvoie l'essentiel à une négociation au pire moment, quand le client est pressé et le fournisseur déjà perdu. La pratique a donc séparé deux documents : la clause, qui pose les obligations et leurs délais, et le plan de réversibilité, annexé au contrat ou livré dans les premiers mois, qui décrit l'opération.

Un plan de réversibilité utile contient au minimum :

  1. le périmètre : données, paramétrages, développements spécifiques, documentation, accès, licences tierces ;
  2. la séquence : préavis, gel des évolutions, extraction à blanc, extraction finale, vérification, effacement ;
  3. les rôles : qui extrait, qui transforme, qui charge, qui valide, et comment le fournisseur de destination intervient ;
  4. les livrables et leur format ;
  5. la recette de la réversibilité, avec un procès-verbal signé ;
  6. le prix des prestations qui ne relèvent pas des frais de changement interdits.

La cour d'appel de Bordeaux a montré ce qu'un plan précis permet d'obtenir. Dans un contrat SaaS de billetterie de transport, la clause prévoyait une restitution « gratuitement et sans délai », dans un format ouvert, « sans pouvoir exciper d'aucun droit de rétention », et une annexe listait les données à extraire, le protocole de transfert, le procès-verbal de réception et l'effacement final, le tout sous trente jours. L'éditeur n'avait rien exécuté à l'expiration du délai et avait coupé l'application au 31 décembre 2023. La cour a jugé que ce défaut d'exécution constituait un trouble manifestement illicite justifiant une demande de restitution en référé, sous astreinte (CA Bordeaux, 4e ch. civ., 14 avril 2025, n° 24/01325).

Le plan se teste : une extraction à blanc pendant la vie du contrat révèle les formats illisibles et les dépendances non documentées tant que la relation est encore bonne.

Formats, données et documentation : la clause qui fait la différence

Le litige porte rarement sur le principe de la restitution, mais sur ce qui est restitué. Un export de tables sans schéma ni historique est une restitution formelle et une perte réelle.

Lister les données exportables

Le Data Act définit les données exportables comme les données d'entrée et de sortie, métadonnées comprises, générées directement ou indirectement par l'utilisation du service, à l'exclusion des actifs protégés par la propriété intellectuelle ou le secret des affaires du fournisseur. Cette exclusion est le point de friction : le fournisseur aura tendance à y faire entrer les paramétrages, les règles métier, les modèles de documents. La clause doit donc nommer les catégories : données métier, journaux, historiques, pièces jointes, paramétrages propres au client, comptes et habilitations. Le registre des formats imposé par l'article 26 sert de point de départ.

Exiger un format exploitable

À défaut de normes d'interopérabilité publiées pour le type de service, l'article 30 § 5 impose un export dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine. C'est un plancher. Pour une base relationnelle, la clause gagne à exiger le schéma, le dictionnaire des données et les clés de jointure ; pour une gestion électronique de documents, la conservation de l'arborescence et des métadonnées. Le cas des logiciels RH, où les bulletins de paie et les historiques de carrière doivent rester disponibles pendant des années, est traité dans notre article sur la réversibilité d'un SIRH et la récupération des données de paie.

Ne pas oublier la documentation et les accès

La documentation d'exploitation, les procédures, les mots de passe administrateur, les certificats, les noms de domaine et les comptes chez les sous-traitants du fournisseur font partie de la réversibilité. Sans eux, les données restituées ne servent à rien. Le Data Act oblige le fournisseur à concourir à la stratégie de sortie « y compris en communiquant toutes les informations pertinentes » (art. 25 § 2 b) : la clause doit traduire cette formule en une liste.

Sans clause, la jurisprudence reste favorable au client sur la seule restitution des données. La cour d'appel de Paris a jugé qu'un hébergeur cloud lié par un simple devis, sans disposition sur l'accès aux données après résiliation, devait les restituer ou les rendre accessibles immédiatement, et a confirmé une injonction de restitution entre les mains du nouvel hébergeur sous astreinte de 100 euros par jour pendant trente jours (CA Paris, pôle 1 ch. 2, 26 juin 2025, n° 24/19358). Mais un référé obtient des données, pas une migration organisée.

Durée, assistance et prix de la réversibilité

La réversibilité a un coût, et ce coût est l'objet réel de la négociation. Trois postes se distinguent.

Ce qui ne peut plus être facturé dans le cloud

Les frais de changement de fournisseur au sens du Data Act, c'est-à-dire les frais imposés pour les actions que le règlement exige pour changer de fournisseur, frais de transfert des données compris. Réduits aux coûts directs jusqu'au 12 janvier 2027, ils disparaissent à compter de cette date. Une clause qui facture un « forfait de réversibilité » pour l'extraction des données exportables sera difficile à défendre à partir de cette date.

Ce qui reste facturable

Les frais de service standard pendant la période transitoire, puisque le contrat reste applicable. Les pénalités de résiliation anticipée, si elles ont été annoncées avant la signature. Et les prestations qui dépassent ce que le texte impose : transformation des données au format du nouvel outil, reprise de développements spécifiques, formation des équipes, double run prolongé à la demande du client. Le contrat doit fixer ces prix à l'avance, en jours-homme ou en forfait, sinon le fournisseur les fixera au moment où le client n'a plus le choix.

Un scénario type

Une PME utilise un ERP en SaaS depuis cinq ans et change d'éditeur. Le contrat prévoit un préavis de deux mois, trente jours de période transitoire et trente jours de récupération : soit quatre mois au plus entre la notification et l'effacement. Si la nouvelle solution exige une transformation lourde des données, le client a intérêt à avoir négocié une prolongation unique de la période transitoire et un tarif journalier de l'assistance supplémentaire. Sinon, il paiera dans l'urgence une prestation que son ancien fournisseur est seul à pouvoir rendre.

Conseil d'avocat. Côté client, je fais toujours chiffrer la réversibilité au moment de la signature, quand le fournisseur veut le contrat. Côté éditeur, je recommande l'inverse de la tentation naturelle : un plan de réversibilité clair et un tarif publié valent mieux qu'une clause floue qui se transforme en contentieux et en référé.

Infogérance : transfert du personnel, des contrats et des moyens

La sortie d'une infogérance est plus lourde que celle d'un SaaS. L'infogéreur exploite souvent l'infrastructure du client, détient des contrats de maintenance et de licence à son nom, et a parfois repris une partie de l'équipe informatique à l'entrée. La réversibilité doit alors traiter trois transferts. Les bases de rédaction de ce type de contrat sont reprises dans notre guide pour rédiger un contrat d'infogérance solide.

Le personnel

L'article L1224-1 du code du travail maintient les contrats de travail en cours lorsque survient une modification dans la situation juridique de l'employeur. La Cour de cassation l'applique au transfert d'une entité économique autonome, c'est-à-dire un ensemble organisé de personnes et d'éléments corporels ou incorporels poursuivant un objectif économique propre, lorsque des moyens significatifs et nécessaires à son exploitation sont repris. Elle a jugé que la résiliation d'un contrat de gestion confié à un prestataire, avec retour de l'entité à son propriétaire, oblige celui-ci à poursuivre les contrats de travail du personnel attaché à l'entité, dès lors qu'elle demeure exploitable (Cass. soc., 20 avril 2022, n° 20-12.444, à propos d'un centre de vacances). Ce raisonnement se transpose à une activité informatique externalisée, puis réinternalisée ou confiée à un nouveau prestataire avec ses moyens : selon les moyens repris, l'équipe dédiée de l'infogéreur peut suivre l'activité. L'appréciation reste faite au cas par cas. Le contrat doit anticiper ce scénario : liste du personnel affecté, information réciproque, répartition des coûts. L'article L1224-2 organise d'ailleurs le remboursement entre employeurs successifs, sauf si la convention entre eux en a tenu compte.

Les contrats tiers

Licences, maintenance matérielle, télécoms, hébergement : les contrats conclus par l'infogéreur pour le compte du client doivent pouvoir être cédés au client ou à son nouveau prestataire. La clause doit prévoir l'obligation de l'infogéreur d'obtenir l'accord des cocontractants, et vérifier dès l'entrée que les contrats signés en son nom le permettent. Une licence non cessible bloque une réversibilité entière.

Les biens et la documentation

Matériels, clés, plans de reprise d'activité, documentation d'exploitation : la restitution se fait contre procès-verbal. C'est aussi une obligation du client que de la rendre possible.

Résiliation et réversibilité : bien articuler les calendriers

La réversibilité ne remplace pas les règles de résiliation, elle s'y superpose. Un contrat à durée déterminée doit être exécuté jusqu'à son terme, et nul ne peut en exiger le renouvellement (C. civ., art. 1212). Un contrat à durée indéterminée peut être résilié à tout moment, avec le préavis prévu ou, à défaut, un délai raisonnable (art. 1211). La clause de réversibilité doit donc dire à quel moment elle s'ouvre : à la notification de la résiliation, au terme, ou un certain nombre de mois avant le terme connu. Pour un client SaaS qui veut sortir avant l'échéance, la mécanique Data Act est détaillée dans notre guide pour résilier un contrat SaaS grâce au Data Act.

Le calendrier engage aussi le client. La cour d'appel de Pau a examiné une infogérance dont la clause imposait au prestataire de restituer les données et matériels trois mois avant la fin du contrat lorsque celle-ci était connue. Le client avait d'abord adressé une résiliation « à titre conservatoire », ne l'avait rendue définitive que le 20 octobre 2020 pour le 31 décembre, puis avait refusé, le 23 décembre, la restitution du matériel, des clés et du plan de reprise d'activité. La cour a jugé qu'il ne pouvait reprocher au prestataire de ne pas avoir commencé la réversibilité trois mois avant le terme, et a rejeté sa demande d'indemnisation (CA Pau, 2e ch. sect. 1, 27 mai 2025, n° 22/03076).

Les cas que la clause doit couvrir

  • la fin normale du contrat ;
  • la résiliation pour faute du fournisseur : la réversibilité reste due, sans surcoût, et le prestataire ne peut pas suspendre l'assistance pour se payer ;
  • la résiliation pour faute du client, notamment pour impayés : la question du droit de rétention doit être tranchée par écrit ;
  • la défaillance du fournisseur (procédure collective, arrêt du service) : séquestre du code source ou des données, accès d'urgence.

La bonne foi, d'ordre public (art. 1104), et l'article 27 du Data Act, qui impose à toutes les parties de coopérer, fournisseur de destination compris, servent de filet. Pas de substitut à une rédaction précise.

Les erreurs fréquentes dans une clause de réversibilité

  1. Une clause d'une ligne. « Le prestataire assurera la réversibilité dans des conditions à définir » n'oblige à rien de mesurable.
  2. Un préavis ou des frais hors des plafonds du Data Act dans un contrat SaaS : préavis de six mois, forfait de sortie, facturation de l'export au-delà des coûts directs, puis toute facturation des frais de changement à compter du 12 janvier 2027.
  3. Confondre restitution et réversibilité. Recevoir un fichier n'est pas reprendre l'exploitation. La clause doit viser la continuité du service pendant la bascule.
  4. Oublier les secrets d'affaires du fournisseur. La liste des exclusions doit être fermée, sinon elle absorbe les paramétrages.
  5. Ne pas prévoir l'effacement. Le Data Act l'exige, l'article 28 § 3 g) du RGPD aussi pour les données personnelles. Le client doit obtenir une attestation.
  6. Ignorer le personnel en infogérance. L'article L1224-1 s'applique sans clause et ne se neutralise pas par convention.
  7. Ne jamais tester. Un plan non éprouvé échoue le jour où il sert.
  8. Côté éditeur, ne pas tenir compte de l'article 31. Un service vendu comme développé sur mesure, mais en réalité proposé sur catalogue, ne bénéficie pas du régime allégé.

Préparer la sortie avant de signer

La clause de réversibilité se négocie à l'entrée, quand le rapport de force est équilibré. Pour un contrat SaaS, le Data Act fournit la trame obligatoire ; pour une infogérance, tout reste à écrire, personnel compris. Dans les deux cas, la valeur de la clause tient au plan qui l'accompagne : périmètre, formats, calendrier, prix, recette. J'interviens pour la rédaction et la négociation de ces clauses, côté client comme côté éditeur ou infogéreur, dans le cadre de mon accompagnement en rédaction et négociation de contrats SaaS. Si vous préparez une migration ou si un fournisseur retient vos données, échangeons sur votre sortie de contrat.

Pour aller plus loin

Une clause de réversibilité est-elle obligatoire dans un contrat SaaS ?

Oui, pour les services cloud, dont le SaaS. Depuis le 12 septembre 2025, l'article 25 du Data Act impose un contrat écrit qui fixe un préavis de deux mois au plus, une période transitoire de trente jours au plus, une période de récupération d'au moins trente jours, la liste des données exportables et l'effacement final. Pour un contrat d'infogérance exploité sur l'infrastructure du client, seul l'article 28 § 3 g) du RGPD impose la restitution ou la suppression des données personnelles : le reste relève de la négociation.

Quelle différence entre réversibilité et portabilité des données ?

La portabilité de l'article 20 du RGPD est un droit de la personne physique sur ses propres données personnelles. La réversibilité est une obligation contractuelle au profit du client entreprise : restitution de toutes ses données, de la documentation, des accès, et assistance pour reprendre l'exploitation. Une entreprise qui quitte un éditeur ne peut donc pas invoquer l'article 20 : elle s'appuie sur son contrat et, pour le cloud, sur les articles 23 à 31 du Data Act.

Un éditeur SaaS peut-il facturer des frais de sortie ?

Jusqu'au 12 janvier 2027, il peut facturer des frais de changement de fournisseur réduits, limités aux coûts directement liés à la migration. À compter de cette date, l'article 29 du Data Act les interdit totalement. Restent facturables les frais de service standard pendant la transition, les pénalités de résiliation anticipée annoncées avant la signature, et les prestations qui vont au-delà de ce que le règlement exige, comme la transformation des données au format du nouvel outil.

Que faire si un prestataire refuse de restituer les données ?

Mettre en demeure par écrit, en visant la clause de réversibilité, puis saisir le juge des référés. Les cours d'appel de Bordeaux, le 14 avril 2025, et de Paris, le 26 juin 2025, ont jugé que la non-restitution des données en fin de contrat constituait un trouble manifestement illicite justifiant une restitution sous astreinte en référé. À Paris, l'absence de clause n'a pas empêché la condamnation : les données devaient être restituées ou rendues accessibles immédiatement.

Combien de temps dure une réversibilité SaaS ?

Sous le Data Act, le maximum ordinaire est d'environ quatre mois : deux mois de préavis, trente jours de période transitoire, puis au moins trente jours de récupération des données. Si la transition est techniquement impossible en trente jours, le fournisseur peut la porter à sept mois au plus, à condition de le notifier dans les quatorze jours ouvrables et de le motiver. Le client peut aussi prolonger une fois la période transitoire.

Le personnel de l'infogéreur est-il transféré en fin de contrat ?

Il peut l'être. L'article L1224-1 du code du travail maintient les contrats de travail lorsqu'une entité économique autonome, personnes et moyens dédiés, est reprise par le client ou par un nouveau prestataire. La Cour de cassation l'a admis le 20 avril 2022 lors de la résiliation d'un contrat de gestion confié à un prestataire, à propos d'un centre de vacances : la jurisprudence tend à transposer ce raisonnement à l'infogérance. Le contrat d'infogérance doit donc lister le personnel affecté et répartir les coûts d'un éventuel transfert.

Le Data Act s'applique-t-il aux contrats SaaS signés avant septembre 2025 ?

Oui pour le changement de fournisseur. Le règlement est applicable depuis le 12 septembre 2025, et son chapitre VI ne prévoit pas de régime transitoire pour les contrats en cours. Le report au 12 septembre 2027 prévu par l'article 50 ne concerne que le chapitre IV, relatif aux clauses abusives entre entreprises. Un contrat ancien qui impose six mois de préavis ou un forfait de sortie doit être renégocié.

Que doit contenir un plan de réversibilité ?

Le périmètre restitué (données, paramétrages, documentation, accès, licences), la séquence des opérations, le rôle de chaque partie et du nouveau prestataire, les formats de livraison, une recette de la réversibilité avec procès-verbal, l'effacement final avec attestation, et le prix des prestations complémentaires. Le plan gagne à être testé pendant la vie du contrat, par une extraction à blanc, pour révéler les formats inexploitables avant la vraie sortie.

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