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Résilier un contrat SaaS grâce au Data Act : le guide pour les entreprises clientes

Engagement bloquant, frais de sortie, données prisonnières : le Data Act a rendu ces verrous illégaux. Préavis de deux mois, migration sous 30 jours, gratuité totale en janvier 2027 : voici comment quitter votre fournisseur SaaS, étape par étape.

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Votre CRM vous coûte trop cher, votre outil métier ne suit plus votre croissance, votre hébergeur bride vos performances, mais vous restez : engagement de 36 mois, frais de sortie prohibitifs, données prisonnières d'un format propriétaire. Cette situation, que des milliers d'entreprises françaises subissent, est précisément celle que le Data Act a rendue illégale. Depuis le 12 septembre 2025, changer de fournisseur SaaS ou cloud est un droit, encadré par des délais stricts, et les frais de sortie disparaissent totalement le 12 janvier 2027. Voici comment exercer ce droit, étape par étape.

Ce que le Data Act a changé pour les entreprises clientes

Le règlement (UE) 2023/2854, dit Data Act, s'applique depuis le 12 septembre 2025. Son chapitre VI (articles 23 à 31) encadre le changement de fournisseur de services de traitement de données : cloud d'infrastructure (IaaS), plateformes (PaaS) et logiciels en ligne (SaaS). Règlement européen d'application directe, il s'impose sans transposition à tous les fournisseurs qui servent des clients dans l'Union, y compris les éditeurs établis hors d'Europe.

Le principe posé par l'article 23 est simple : le fournisseur doit supprimer tout obstacle, commercial, technique, contractuel ou organisationnel, qui vous empêche de résilier, de migrer vos données vers un autre fournisseur ou de les rapatrier sur votre propre infrastructure, tout en maintenant la continuité de votre activité pendant la transition. Concrètement, trois verrous historiques sautent :

  • les clauses qui rendaient la sortie financièrement dissuasive (frais de sortie, pénalités de migration) ;
  • les formats propriétaires qui rendaient vos exports inutilisables ailleurs ;
  • les procédures de restitution opaques ou interminables.

Vos nouveaux droits, chiffrés et datés

Un préavis maximal de deux mois

Vous pouvez notifier votre décision de changer de fournisseur avec un préavis qui ne peut excéder deux mois. C'est un plafond réglementaire : le contrat peut prévoir moins, jamais plus pour l'exercice de ce droit.

Une migration finalisée sous 30 jours

À l'issue du préavis, la période transitoire de migration est de 30 jours. Si votre fournisseur démontre une impossibilité technique de tenir ce délai, il doit vous le notifier en le justifiant et proposer un délai de remplacement, qui ne peut dépasser 7 mois. Pendant toute la période, il doit maintenir la continuité du service et vous assister dans votre stratégie de sortie.

Vos données dans un format exploitable

Les données exportables (celles que vous avez importées et celles générées par votre usage) doivent vous être remises dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine. Le fournisseur doit publier une documentation sur les formats et procédures d'export. À l'issue de la migration, il doit effacer vos données après la période de récupération convenue.

Des frais de sortie plafonnés puis supprimés

L'article 29 organise la fin des frais de changement en deux temps. Jusqu'au 11 janvier 2027, votre fournisseur ne peut vous facturer que les coûts directement liés à la migration qu'il supporte réellement, coûts qu'il doit vous avoir communiqués de manière transparente avant la signature. À compter du 12 janvier 2027, plus aucun frais de changement ne peut être facturé, y compris les frais de transfert de données sortantes liés au changement. Les grands fournisseurs de cloud ont déjà anticipé cette échéance en supprimant leurs frais de transfert pour les migrations définitives.

Point de vigilance : la gratuité de janvier 2027 porte sur les frais de changement définis par le règlement, c'est-à-dire ce que le fournisseur sortant facture pour les opérations de migration. Elle ne rend pas la migration gratuite en elle-même : vos coûts internes de projet (intégration, recette, formation) demeurent. Budgétez la migration comme un projet, pas comme une formalité.

La procédure pour résilier et migrer, étape par étape

Voici la démarche à suivre pour exercer vos droits proprement :

  1. Auditez votre contrat actuel : identifiez les clauses de durée, de résiliation, de restitution des données et de frais. Repérez celles qui contredisent le Data Act : elles ne vous sont plus opposables dans les conditions du règlement, mais il faut les connaître pour anticiper la position du fournisseur ;
  2. Choisissez votre destination avant de notifier : nouveau fournisseur ou rapatriement interne. La période transitoire de 30 jours passe vite, la migration doit être préparée en amont (cartographie des données, format d'export, plan de reprise) ;
  3. Notifiez par écrit : courrier recommandé ou écrit avec accusé de réception, en visant expressément le règlement (UE) 2023/2854 et ses articles 23 à 31, en indiquant la date de fin souhaitée dans la limite du préavis de deux mois ;
  4. Demandez l'export complet : liste des catégories de données et actifs numériques à restituer, format structuré exploitable, documentation d'export. Exigez le calendrier de migration et le point de contact dédié ;
  5. Contrôlez la sortie : vérification de l'intégrité des données restituées, recette sur le nouvel environnement, puis confirmation écrite de l'effacement des données chez l'ancien fournisseur.

Que faire si votre fournisseur résiste

Trois scénarios de blocage reviennent en pratique, avec leur réponse juridique.

Il invoque votre engagement de 36 mois

Les clauses d'engagement ne peuvent pas faire obstacle à l'exercice des droits du chapitre VI dans les conditions du règlement. Le rapport de force a changé : une mise en demeure visant les articles 23 et 25 du Data Act suffit souvent à débloquer la discussion, le fournisseur sachant que la clause contraire ne tiendra pas.

Il facture des frais de sortie injustifiés

Exigez la justification détaillée des coûts au regard de l'article 29 : seuls les coûts de migration effectivement supportés, communiqués avant la signature, peuvent être facturés jusqu'en janvier 2027. Des frais forfaitaires non justifiés, ou des egress fees standard, ne remplissent pas ces conditions.

Il traîne sur la restitution des données

Rappelez les délais : 30 jours de période transitoire, prolongeables uniquement sur justification d'une impossibilité technique, dans la limite de 7 mois. Documentez chaque échange : en cas de contentieux, la chronologie des demandes et des réponses fera la démonstration du manquement. Si le blocage persiste, l'action peut être menée sur le terrain contractuel et sur le fondement du règlement, avec au besoin une procédure accélérée pour obtenir la restitution des données indispensables à la continuité de votre activité.

Contrats signés avant septembre 2025 : êtes-vous couvert ?

Les contrats conclus depuis le 12 septembre 2025 sont pleinement soumis au règlement. Pour certains contrats antérieurs, notamment à durée indéterminée, l'application est différée au 12 septembre 2027. Si votre contrat date d'avant septembre 2025, l'analyse de votre situation exacte est le préalable : selon sa durée et son échéance, vos droits Data Act sont soit déjà exerçables, soit exerçables à partir de septembre 2027, soit à articuler avec les mécanismes classiques de résiliation du contrat. Dans tous les cas, un renouvellement ou un avenant postérieur à septembre 2025 fait généralement basculer la relation dans le nouveau régime.

Le bon timing : pourquoi 2026 est l'année pour négocier

La période actuelle crée une fenêtre de négociation favorable aux clients. Les fournisseurs savent que leurs frais de sortie disparaissent en janvier 2027 et que leurs clauses de verrouillage ne sont plus opposables : beaucoup préfèrent renégocier (tarif, périmètre, engagements de service) plutôt que de perdre le client. Utilisez ce levier : un audit de votre parc de contrats SaaS et cloud permet d'identifier les contrats à renégocier, ceux à résilier, et le calendrier optimal pour chaque mouvement. C'est exactement le même mécanisme que la portabilité des numéros a déclenché dans les télécoms : le droit de partir améliore d'abord les conditions de ceux qui restent.

Pour les e-commerçants comme pour les industriels, dont l'outil de production dépend désormais de briques SaaS multiples (CRM, ERP, logistique, paiement), cette revue du parc contractuel est devenue un exercice de gestion des risques à part entière, au même titre que la revue des contrats informatiques classiques.

Ce que votre prochain contrat SaaS doit contenir

Changer de fournisseur n'a de sens que si le nouveau contrat ne recrée pas le verrouillage que vous quittez. Avant de signer, vérifiez que le contrat contient : la clause de réversibilité conforme au Data Act (préavis, délais, assistance, formats), la liste des données exportables, la documentation d'export, la transparence des éventuels frais résiduels jusqu'en janvier 2027, et l'engagement d'effacement en fin de contrat. Les fournisseurs sérieux ont déjà mis leurs contrats à jour ; ceux qui présentent encore des clauses de verrouillage vous renseignent utilement sur leur stratégie de rétention. Le détail des obligations côté fournisseur est traité dans mon article sur les clauses de réversibilité des contrats SaaS.

Si vous envisagez de quitter un fournisseur qui résiste, de renégocier votre parc SaaS ou de sécuriser votre prochaine migration, vous pouvez échanger sur votre situation directement avec moi. L'accompagnement Data Act couvre l'audit du contrat, la notification, le pilotage juridique de la migration et le contentieux si nécessaire.

Pour aller plus loin

Puis-je résilier mon contrat SaaS malgré un engagement de 36 mois ?

Le Data Act encadre le droit de changer de fournisseur : les clauses qui font obstacle à l'exercice des droits du chapitre VI, dont les engagements bloquants, ne sont plus opposables dans les conditions du règlement. Le préavis de notification ne peut excéder deux mois. L'analyse du contrat reste nécessaire pour déterminer la voie de sortie optimale et les éventuels coûts résiduels jusqu'en janvier 2027.

Quels délais s'appliquent à une migration SaaS sous le Data Act ?

Deux délais structurent la sortie : un préavis de notification qui ne peut dépasser deux mois, puis une période transitoire de migration de 30 jours. Ce délai de 30 jours n'est prolongeable que si le fournisseur justifie une impossibilité technique, dans la limite de 7 mois, avec maintien de la continuité du service pendant toute la période.

Mon fournisseur peut-il encore me facturer des frais de sortie ?

Jusqu'au 11 janvier 2027, uniquement les coûts directement liés à la migration qu'il supporte réellement, et à condition de les avoir communiqués de manière transparente avant la signature. À compter du 12 janvier 2027, plus aucun frais de changement de fournisseur ne peut être facturé, y compris les frais de transfert de données liés au changement.

Dans quel format mes données doivent-elles m'être restituées ?

Dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine, exploitable chez un autre fournisseur ou sur votre propre infrastructure. Le fournisseur doit publier une documentation sur les formats et procédures d'export, et restituer a minima toutes les données que vous avez importées et celles générées par votre usage du service.

Comment notifier ma décision de changer de fournisseur ?

Par écrit avec accusé de réception, en visant expressément le règlement (UE) 2023/2854 et ses articles 23 à 31, en indiquant la date de fin souhaitée dans la limite du préavis de deux mois, et en demandant l'export complet des données, le calendrier de migration et un point de contact dédié. Conservez toute la chaîne d'échanges : elle constituera la preuve en cas de blocage.

Que faire si le fournisseur refuse ou fait traîner la migration ?

Adressez une mise en demeure rappelant les délais du Data Act (30 jours, prolongeables uniquement sur justification technique, maximum 7 mois) et documentez chaque échange. En cas de blocage persistant, l'action peut être menée sur le fondement du contrat et du règlement, avec au besoin une procédure accélérée pour obtenir la restitution des données indispensables à la continuité de l'activité.

Mon contrat signé avant septembre 2025 est-il couvert par le Data Act ?

Les contrats conclus depuis le 12 septembre 2025 sont pleinement couverts. Pour certains contrats antérieurs, notamment à durée indéterminée, l'application est différée au 12 septembre 2027. Un renouvellement ou un avenant postérieur à septembre 2025 fait généralement basculer la relation dans le nouveau régime : l'analyse du contrat détermine vos droits exacts.

La migration devient-elle vraiment gratuite en janvier 2027 ?

Les frais de changement facturés par le fournisseur sortant deviennent interdits au 12 janvier 2027. En revanche, vos coûts internes de projet demeurent : intégration chez le nouveau fournisseur, recette, reprise des données, formation des équipes. La migration doit donc être budgétée comme un projet, même si la sortie contractuelle ne coûte plus rien.

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