Numerique
Depuis le 12 septembre 2025, le Data Act encadre strictement la réversibilité des contrats SaaS : préavis de deux mois, migration sous 30 jours, et suppression totale des frais de sortie au 12 janvier 2027. Voici comment réécrire vos clauses avant l'échéance.
Temps de lecture :
13 min
Le 12 septembre 2025, le Data Act est entré en application et a changé la nature juridique de la relation entre un éditeur SaaS et ses clients. Le changement de fournisseur n'est plus une négociation commerciale : c'est un droit du client, encadré par des délais stricts et des clauses obligatoires. Et le 12 janvier 2027, les frais de changement de fournisseur seront purement et simplement interdits. Pour les éditeurs, cela signifie une chose concrète : les clauses de réversibilité rédigées avant 2025 sont, dans leur grande majorité, devenues non conformes. Voici ce que le règlement impose, ce qu'il faut réécrire, et dans quel ordre.
Le règlement (UE) 2023/2854 du 13 décembre 2023, dit Data Act, est entré en vigueur le 11 janvier 2024 et s'applique depuis le 12 septembre 2025. C'est un règlement européen d'application directe : il n'a pas besoin d'être transposé en droit français, il s'impose tel quel à tous les contrats concernés.
Son chapitre VI (articles 23 à 31) est consacré au changement de fournisseur de services de traitement de données. Cette catégorie couvre les services d'infrastructure (IaaS), de plateforme (PaaS) et de logiciel en tant que service (SaaS). Si vous éditez une solution SaaS commercialisée auprès de clients établis dans l'Union européenne, vous êtes dans le champ d'application, quelle que soit votre taille.
L'objectif du législateur européen est explicite : mettre fin aux pratiques de verrouillage (vendor lock-in) qui empêchent les clients de changer de fournisseur. Le texte vise les géants du cloud, mais il s'applique à tout éditeur, y compris une startup SaaS de dix personnes. C'est là que réside l'angle mort : beaucoup d'éditeurs français pensent que le Data Act est un sujet d'hyperscalers. Il est d'abord un sujet de conformité contractuelle pour chaque éditeur.
Depuis le 12 septembre 2025, l'article 23 du Data Act impose aux fournisseurs de services de traitement de données de supprimer tout obstacle au changement de fournisseur, qu'il soit commercial, technique, contractuel ou organisationnel. Le client doit pouvoir résilier son contrat, conclure un nouveau contrat avec un autre fournisseur, porter ses données exportables et ses actifs numériques vers ce nouveau fournisseur ou vers sa propre infrastructure, et maintenir la continuité fonctionnelle de ses services pendant la migration.
Concrètement, sont désormais prohibées les pratiques qui constituaient le quotidien de nombreux contrats SaaS :
Point de vigilance : l'obstacle « organisationnel » est le plus souvent négligé. Un processus de sortie qui existe sur le papier mais qu'aucune équipe n'est capable d'exécuter dans les délais réglementaires constitue un manquement au même titre qu'une clause abusive.
Le Data Act ne se contente pas d'interdire : il impose un contenu contractuel minimal. L'article 25 exige que les droits du client et les obligations du fournisseur relatifs au changement de fournisseur soient fixés dans un contrat écrit, mis à la disposition du client avant la signature. Ce contrat doit notamment prévoir :
Le client peut notifier sa décision de changer de fournisseur ou de rapatrier ses données avec un préavis maximal de deux mois. Les clauses d'engagement ferme qui bloquent toute sortie pendant 24 ou 36 mois ne peuvent plus faire obstacle à l'exercice de ce droit dans les conditions du règlement.
Après la période de préavis, la migration doit être menée dans un délai transitoire de 30 jours. Si ce délai est techniquement irréalisable, le fournisseur doit le notifier au client en justifiant l'impossibilité technique et en indiquant un délai de remplacement, qui ne peut excéder 7 mois. Pendant toute cette période, la continuité du service doit être maintenue.
Le fournisseur doit assister le client dans sa stratégie de sortie, fournir les informations nécessaires, et à l'issue de la migration, effacer les données du client après la période de récupération convenue. Le contrat doit aussi spécifier la liste exhaustive des catégories de données et actifs numériques exportables, y compris, a minima, toutes les données importées et générées par le client.
Si vos conditions générales ou votre contrat SaaS ne contiennent pas ces éléments, ils sont incomplets au regard du droit applicable depuis septembre 2025.
L'article 29 du Data Act organise la disparition programmée des frais de changement de fournisseur en deux temps :
Pour un éditeur SaaS, cela impose de revoir dès maintenant la grille tarifaire : toute ligne de facturation liée à la sortie du client doit être justifiable aujourd'hui, et supprimée au plus tard en janvier 2027. Les grands fournisseurs de cloud ont déjà anticipé en annonçant la suppression de leurs frais de transfert pour les migrations définitives. Un éditeur qui maintiendrait des frais de sortie non conformes s'exposerait à un double risque : l'inopposabilité de la clause au client, et un contentieux sur le fondement du règlement.
La conformité au Data Act ne se joue pas seulement dans le contrat. Le règlement impose que les données exportables soient fournies dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine. Le fournisseur doit publier une documentation à jour sur les formats disponibles, les interfaces et les procédures d'export.
C'est un chantier où le juridique et la technique doivent avancer ensemble : la clause de réversibilité décrit un processus, et ce processus doit exister réellement. Rédiger une clause conforme sur le papier sans capacité d'export opérationnelle expose l'éditeur à un manquement dès la première demande de sortie. À l'inverse, un éditeur capable de démontrer un processus de sortie documenté, testé et chiffré transforme une contrainte réglementaire en argument commercial : la réversibilité propre rassure les directions achats et accélère les signatures.
Les dispositions du Data Act s'appliquent immédiatement aux contrats conclus depuis le 12 septembre 2025. Pour certains contrats antérieurs à cette date, une application différée au 12 septembre 2027 est prévue, notamment pour les contrats à durée indéterminée. Autrement dit, le parc de contrats historiques d'un éditeur n'est pas à l'abri : il bénéficie d'un simple sursis.
La conséquence pratique est importante : un avenant de mise en conformité du parc existant doit être préparé en 2026, pour être déployé avant l'échéance de septembre 2027. Attendre expose à devoir renégocier dans l'urgence des dizaines de contrats simultanément.
Le Data Act renvoie aux États membres le soin de fixer les sanctions applicables, qui doivent être effectives, proportionnées et dissuasives. Au-delà de la sanction administrative, le risque le plus immédiat pour un éditeur est civil et commercial : clauses de sortie inopposables, demandes de migration impossibles à refuser, contentieux avec un client bloqué, et surtout perte de deals face à des concurrents dont les contrats sont conformes. Dans les appels d'offres, la conformité Data Act des clauses de réversibilité devient un critère d'analyse des directions juridiques acheteuses.
Voici la démarche que j'applique pour mettre en conformité les contrats d'un éditeur SaaS :
Cette mise en conformité touche aussi vos contrats informatiques amont : si votre SaaS repose sur un hébergeur ou des sous-traitants cloud, leurs propres obligations de réversibilité doivent s'articuler avec les vôtres.
Le Data Act est souvent perçu comme une contrainte par les éditeurs. C'est une erreur de lecture : les premières entreprises à afficher une réversibilité conforme, documentée et gratuite en font un argument de vente, exactement comme la conformité RGPD est devenue un prérequis commercial après 2018. Les éditeurs de logiciels et SaaS le constatent déjà : la question de la sortie est posée dans quasiment toutes les négociations B2B.
Il reste quelques mois avant l'interdiction totale des frais de sortie. C'est le bon moment pour auditer vos contrats et déployer des clauses conformes, plutôt que de subir la première demande de migration d'un client informé. Si vous souhaitez faire le point sur votre situation contractuelle, vous pouvez échanger sur votre situation directement avec moi.
Pour aller plus loin
Oui. Le chapitre VI du règlement (UE) 2023/2854 s'applique à tous les fournisseurs de services de traitement de données (IaaS, PaaS, SaaS) proposant leurs services à des clients dans l'Union européenne, sans seuil de taille ni de chiffre d'affaires. Une startup SaaS de cinq personnes est soumise aux mêmes obligations de réversibilité qu'un hyperscaler, notamment le préavis de deux mois et la suppression des frais de sortie en janvier 2027.
Le règlement est entré en vigueur le 11 janvier 2024 et s'applique depuis le 12 septembre 2025 pour l'essentiel de ses dispositions, dont le chapitre VI sur le changement de fournisseur. Étant un règlement européen d'application directe, il n'a pas eu besoin d'être transposé en droit français : il s'impose tel quel aux contrats concernés.
Entre le 12 septembre 2025 et le 11 janvier 2027, l'article 29 du Data Act limite les frais de changement aux coûts directement liés à la migration et effectivement supportés par le fournisseur. Ces frais doivent être transparents et communiqués avant la signature. À compter du 12 janvier 2027, plus aucun frais de changement ne pourra être facturé.
Le contrat doit permettre au client de notifier son changement de fournisseur avec un préavis maximal de deux mois. La migration doit ensuite être finalisée dans un délai transitoire de 30 jours, prolongeable uniquement en cas d'impossibilité technique justifiée, dans la limite de 7 mois. La continuité du service doit être maintenue pendant toute la période.
Les contrats conclus depuis le 12 septembre 2025 sont soumis immédiatement au règlement. Pour certains contrats antérieurs, notamment à durée indéterminée, l'application est différée au 12 septembre 2027. Le parc historique d'un éditeur doit donc être mis en conformité par avenant avant cette échéance.
L'article 23 vise les obstacles commerciaux, techniques, contractuels et organisationnels : frais dissuasifs, formats propriétaires inexploitables, procédures de sortie complexes ou non documentées, clauses subordonnant la restitution des données à des conditions dilatoires, ou incapacité opérationnelle à exécuter la migration dans les délais.
Au minimum : le préavis maximal de deux mois, le délai transitoire de 30 jours, l'assistance du fournisseur à la stratégie de sortie, la liste exhaustive des catégories de données et actifs exportables, les formats structurés et lisibles par machine, la gratuité à compter du 12 janvier 2027, et l'effacement des données à l'issue de la période de récupération.
Trois risques principaux : l'inopposabilité des clauses de sortie non conformes, des sanctions nationales qui doivent être effectives, proportionnées et dissuasives, et surtout un risque commercial croissant, les directions juridiques acheteuses analysant désormais la conformité Data Act des clauses de réversibilité dans les appels d'offres B2B.
Vous avez encore des questions ?
Notre équipe est à disposition !
Une question ?

Ressources
Aller plus loin