RGPD
Certification HDS éditeur de logiciel : selon que vous exploitez l'infrastructure, administrez les bases ou laissez votre support accéder à la production, vous devez être certifié, ou un hébergeur certifié suffit. Arbre de décision, règles du 26 septembre 2026, coûts.
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Un acheteur hospitalier vous envoie son questionnaire de sécurité. Ligne 14 : « Êtes-vous certifié HDS ? Joindre le certificat. » Selon votre architecture, la bonne réponse peut être « oui, pour les activités 4 et 5 », « non, et nous n'en avons pas besoin », ou « non, et nous sommes en infraction ». Héberger des données de santé pour un tiers sans certificat est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende, et le décret du 24 mars 2026 a durci les règles de localisation depuis le 26 septembre 2026. Voici comment un éditeur de logiciel détermine, architecture par architecture, s'il doit être certifié, sur quoi, ou s'il lui suffit de s'appuyer sur un hébergeur certifié.
L'article L. 1111-8 du Code de la santé publique vise toute personne qui héberge des données de santé à caractère personnel recueillies à l'occasion d'activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi social et médico-social, pour le compte de ceux qui les produisent ou les recueillent, ou pour le compte du patient lui-même. Sur support numérique, cet hébergeur doit être titulaire d'un certificat de conformité.
Deux conditions, cumulatives, déclenchent donc l'obligation.
L'article R. 1111-8-8 prévoit une seule exclusion : ne constitue pas un hébergement le fait de se voir confier des données pour une courte période afin d'en assurer la saisie, la mise en forme, la matérialisation ou la dématérialisation. Le même article oblige le client à vérifier que son prestataire est certifié. C'est pour cela que la question arrive dans vos appels d'offres : votre client engage sa propre conformité en vous choisissant.
La certification ne se délivre pas en bloc. L'article R. 1111-9 découpe l'hébergement en six activités, et l'hébergeur est celui qui assure, pour le compte de son client, « tout ou partie » d'entre elles :
Le certificat mentionne les activités couvertes. C'est là que se joue la question de l'éditeur. Les activités 1 à 3 relèvent du datacenter et du fournisseur cloud. Les activités 4 et 5 sont celles d'un éditeur SaaS : il fait tourner l'application, administre les bases, applique les mises à jour, surveille la production. L'activité 6 concerne quiconque garde une copie des données hors de l'environnement principal.
Conséquence directe : un fournisseur cloud certifié pour les activités 1 à 3 ne couvre pas ce que vous faites au-dessus. Le certificat de votre hébergeur ne se prête pas. Il atteste de ce que lui fait, pas de ce que vous faites sur son infrastructure.
Quatre questions, dans cet ordre, suffisent à qualifier une situation. Chaque réponse doit pouvoir être prouvée par l'architecture technique et par le contrat, pas seulement affirmée.
Le résultat tombe dans l'une de trois cases : aucune obligation, adossement à un hébergeur certifié suffisant, ou certification propre sur une ou plusieurs activités.
C'est le cas le plus fréquent et celui qui génère le plus d'erreurs. Votre fournisseur est certifié pour les activités 1 à 3, parfois 4 et 6. Vous déployez l'application, administrez la base PostgreSQL, gérez les accès et les montées de version. La pratique des organismes certificateurs tend à considérer que l'éditeur qui administre lui-même l'application et ses bases exerce l'activité 5, voire la 4, et doit être certifié sur ce périmètre. La parade partielle consiste à confier aussi l'exploitation à un infogéreur certifié pour les activités 4 et 5, ce qui suppose que vos équipes n'aient plus d'accès administrateur à la production.
Vous louez des baies, possédez vos serveurs, opérez la virtualisation. Vous exercez potentiellement les six activités. Si le datacenter est fourni par un tiers certifié pour l'activité 1, le reste vous incombe. Le périmètre de certification est large, et le chantier aussi.
Licence, installation sur les serveurs de l'établissement, maintenance à distance. Vous n'hébergez pas. La situation reste fragile sur deux points : la télémaintenance, si vos techniciens se connectent à la base de production, et les copies de données faites pour reproduire un bogue. La CNIL a sanctionné un éditeur de logiciels de laboratoires d'analyses médicales de 1 500 000 euros le 15 avril 2022 (SAN-2022-009) : à l'occasion de migrations demandées par ses clients, il avait extrait plus de données que nécessaire, et un fichier de près de 500 000 personnes s'était retrouvé en ligne. Le manquement retenu tenait au RGPD, pas au HDS, mais il illustre le risque d'un éditeur qui manipule des données qu'il n'est pas censé détenir.
Vous exploitez pour le compte d'un établissement un logiciel hébergé chez lui ou chez un tiers. L'activité 5, administration et exploitation, est au cœur de votre prestation. La certification sur cette activité est la réponse attendue, même si vous ne stockez rien chez vous.
Vous proposez une option de sauvegarde vers votre propre stockage, ou vous conservez des exports chiffrés chez un autre fournisseur. C'est l'activité 6. Le chiffrement ne fait pas disparaître la qualification : une sauvegarde reste un hébergement des données.
Votre application tourne chez un infogéreur certifié pour les activités 1 à 5, mais votre équipe support se connecte régulièrement à la production pour diagnostiquer. Rien dans le texte ne fixe un seuil de fréquence. Plus l'accès est régulier, nominatif et outillé, plus il ressemble à de l'exploitation. Deux options tiennent : un accès qui passe par l'infogéreur, tracé et à la demande du client, ou une certification sur l'activité 5. Dans tous les cas, cet accès doit apparaître dans la cartographie des accès, surtout s'il part d'un pays tiers.
Point de vigilance. L'exclusion des traitements de courte durée de l'article R. 1111-8-8 ne couvre pas un environnement de recette alimenté par des copies de production, ni des exports conservés « au cas où ». Pour une migration ponctuelle, la lecture la plus sûre est de limiter la durée, le volume et l'accès, et de détruire les données à la fin, preuve à l'appui.
La loi SREN du 21 mai 2024 a ajouté à l'article L. 1111-8 des obligations de stockage dans l'Union et de transparence sur les accès extra-européens. Le décret n° 2026-209 du 24 mars 2026 les a précisées, avec une entrée en vigueur différée au 26 septembre 2026. Trois règles comptent pour un éditeur.
Pour les États-Unis, la décision d'adéquation du 10 juillet 2023 (Data Privacy Framework) peut servir de base à un accès à distance par une entreprise adhérente. Elle ne dispense pas de lister le Cloud Act parmi les lois extraterritoriales applicables. Le risque n'est pas théorique : le juge des référés du Conseil d'État l'avait déjà pris au sérieux le 13 octobre 2020 (n° 444937), en exigeant que le Health Data Hub obtienne de Microsoft un avenant contractuel sur la loi applicable. Le sujet est détaillé dans notre analyse sur l'hébergement chez un acteur américain face au Cloud Act.
Dans son avis du 16 octobre 2025 sur le projet de décret (délibération n° 2025-098), la CNIL rappelle l'objectif affiché par le ministère : faire converger les exigences HDS avec celles de la qualification SecNumCloud de l'ANSSI. Aujourd'hui, SecNumCloud n'est pas exigé pour être hébergeur de données de santé. Mais si votre feuille de route vise l'hôpital public, choisir un socle qui peut évoluer vers cette exigence vous évitera une seconde migration.
Quand l'arbre de décision conclut qu'un hébergeur certifié suffit, la conformité ne s'arrête pas au choix du fournisseur. L'article R. 1111-11 impose au contrat d'hébergement quinze clauses minimales, parmi lesquelles :
Le II du même article vise exactement votre situation : quand le client fait appel à un prestataire qui recourt lui-même à un hébergeur certifié, le contrat entre le client et ce prestataire reprend les clauses du contrat signé avec l'hébergeur. Votre contrat SaaS doit donc répercuter, à l'identique, ce que votre hébergeur vous garantit. Un contrat d'abonnement standard qui renvoie à des conditions générales muettes sur ces points ne passe pas l'audit d'achat d'un groupement hospitalier. Les clauses à négocier avec vos clients établissements sont détaillées dans notre guide sur les clauses à verrouiller dans un contrat SaaS santé.
Côté amont, la négociation du contrat avec l'hébergeur lui-même, mention par mention et à jour du décret du 24 mars 2026, est traitée dans notre guide des clauses à vérifier dans un contrat avec un hébergeur de données de santé.
Conseil d'avocat. Avant de signer avec un hébergeur, je demande toujours deux documents : le certificat, pour lire le périmètre exact des activités couvertes, et le contrat d'hébergement type, pour vérifier qu'il contient les quinze clauses dans leur rédaction en vigueur depuis le 26 septembre 2026. Un certificat sans le bon périmètre, ou un contrat antérieur au décret, sont les deux défauts que je rencontre le plus souvent.
Le certificat est délivré par un organisme accrédité par le COFRAC ou un homologue européen, sur la base du référentiel élaboré par l'ANS et approuvé par arrêté (article R. 1111-10). La version 2 du référentiel a été approuvée par l'arrêté du 26 avril 2024. Selon l'ANS, les hébergeurs déjà certifiés avaient jusqu'au 16 mai 2026 pour basculer : depuis cette date, seuls les certificats v2 sont valables. Un fournisseur qui vous présente un certificat v1 n'est donc plus certifié.
Le parcours se déroule en quatre temps.
Côté délai, il faut compter en pratique six à douze mois entre le lancement et la délivrance pour un éditeur sans ISO 27001, moins s'il l'a déjà. Côté coût, aucune grille officielle n'existe. Le budget se décompose en quatre postes : les frais d'audit de l'organisme, au prorata du périmètre et du nombre de sites ; le temps interne de votre équipe sécurité et de vos développeurs ; l'éventuel accompagnement extérieur ; les chantiers techniques révélés par l'analyse d'écart, journalisation, chiffrement, gestion des accès. Ce dernier poste est souvent le plus lourd. Demandez des devis à plusieurs organismes accrédités, dont la liste est publiée par l'ANS, sur un périmètre écrit.
Pour une startup en amorçage, la séquence raisonnable est souvent de démarrer adossée à un infogéreur certifié pour les activités 1 à 5, puis de viser sa propre certification quand l'équipe d'exploitation interne grandit. C'est ce choix d'architecture, pas la taille de l'entreprise, qui détermine l'obligation.
Trois actions, dans l'ordre. Cartographiez qui exploite chaque couche de votre architecture, accès du support et sauvegardes compris. Vérifiez le périmètre exact du certificat de chaque fournisseur sur la liste de l'ANS. Mettez votre contrat client en cohérence avec l'article R. 1111-11 dans sa rédaction du 26 septembre 2026. Gardez aussi un œil sur l'espace européen des données de santé, le règlement (UE) 2025/327, qui s'appliquera par étapes à partir de mars 2027 et ajoutera des exigences d'interopérabilité et de journalisation à votre socle HDS : voir notre article sur les obligations de l'EHDS.
J'accompagne les éditeurs de santé sur ces trois chantiers, en lisant l'architecture technique avant le contrat : qualification au regard de l'article L. 1111-8, choix du périmètre, contrats avec l'hébergeur et avec les établissements. Mon accompagnement juridique e-santé et healthtech s'inscrit dans le conseil plus large que je délivre aux éditeurs de logiciels et de SaaS. Faites le test ci-dessous pour situer votre architecture, puis échangeons sur votre situation d'éditeur face au HDS.
Pour aller plus loin
Pas toujours. L'obligation pèse sur celui qui assure, pour le compte du client, l'une des six activités de l'article R. 1111-9 du Code de la santé publique. Un éditeur dont l'application est entièrement exploitée par un infogéreur certifié, sans accès administrateur de ses équipes, peut s'appuyer sur ce certificat. S'il administre lui-même l'application ou les bases, il exerce en pratique l'activité 5 et doit être certifié sur ce périmètre.
Le certificat porte sur des activités, pas sur un statut. Un fournisseur cloud est souvent certifié pour les activités 1 à 3 (site, matériel, virtualisation). Un éditeur SaaS se fait certifier pour les activités 4 et 5 (plateforme applicative, administration et exploitation), parfois 6 (sauvegarde). Pour vérifier qui couvre quoi, lisez le périmètre inscrit sur chaque certificat et consultez la liste publiée par l'Agence du numérique en santé.
Non. Le référentiel v2 a été approuvé par l'arrêté du 26 avril 2024. Selon l'ANS, les hébergeurs certifiés sous la version 1.1 avaient jusqu'au 16 mai 2026 pour basculer. Depuis cette date, seuls les certificats v2 attestent de la conformité. Exigez de votre fournisseur un certificat v2 en cours de validité et vérifiez ses dates de délivrance et de renouvellement, qui doivent aussi figurer dans le contrat d'hébergement.
Le stockage doit avoir lieu dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen depuis le 26 septembre 2026 (article R. 1111-9-1 du Code de la santé publique). Un fournisseur américain peut donc héberger dans une région européenne, à condition d'être certifié et de lister dans le contrat les lois extraterritoriales qui s'imposent à lui, comme le Cloud Act, avec les mesures d'atténuation et les risques résiduels. Les accès depuis les États-Unis restent encadrés.
L'article L. 1115-1 du Code de la santé publique prévoit trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Pour une personne morale, le plafond est porté à 225 000 euros par l'article 131-38 du Code pénal, avec des peines complémentaires comme l'interdiction d'exercer l'activité. S'y ajoutent les amendes du RGPD, jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires mondial pour un défaut de sécurité, et la perte probable des contrats avec les établissements.
Oui. L'article R. 1111-8-8 du Code de la santé publique oblige le responsable de traitement qui confie l'hébergement de données de santé à un tiers à s'assurer que celui-ci est certifié. Un établissement ou un cabinet qui choisit un prestataire non certifié manque à cette obligation et, au titre du RGPD, à son devoir de ne recourir qu'à des sous-traitants présentant des garanties suffisantes. C'est pourquoi il demande le certificat dès l'appel d'offres.
Comptez en pratique six à douze mois pour un éditeur qui part sans ISO 27001, moins s'il dispose déjà de cette certification, sur laquelle s'appuie le référentiel. Le parcours comprend le cadrage du périmètre, la mise en conformité, puis un audit en deux étapes, documentaire et sur site. Le certificat vaut trois ans, avec un audit de surveillance annuel. En attendant, s'adosser à un infogéreur certifié permet souvent de vendre sans attendre.
En principe non : si le logiciel tourne sur les serveurs de l'établissement et que vous ne détenez aucune donnée, vous n'hébergez rien. La qualification bascule si vous proposez une sauvegarde externalisée, ce qui relève de l'activité 6, ou si votre support administre régulièrement la base de production. Documentez votre périmètre par écrit, dans le contrat de licence et de maintenance. Je réalise cette qualification dans le cadre d'un accompagnement e-santé.
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