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Le PV de recette fixe le paiement, la garantie et la preuve de conformité, mais il ne purge pas tout. Valeur juridique de la recette, réserves qui tiennent, recette tacite et décisions de la Cour de cassation, côté client et côté prestataire.
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Un PV de recette se signe en cinq minutes, souvent un vendredi soir, pour débloquer une facture ou tenir une date de mise en production. C'est pourtant la pièce que le juge lira en premier si le projet tourne mal. Dans l'affaire Generix, un procès-verbal portant la mention « acceptation sans réserve » n'a pas empêché une condamnation de plus de 1,2 million d'euros. Voici ce que vaut juridiquement la recette informatique, comment rédiger des réserves qui tiennent, et quand le silence du client vaut acceptation.
Aucun texte ne définit la recette d'un logiciel. Le Code civil connaît la réception des travaux de construction : l'article 1792-6 la décrit comme l'acte par lequel le maître de l'ouvrage accepte l'ouvrage « avec ou sans réserves ». Le vocabulaire informatique vient de là. Le régime, lui, ne s'applique pas au logiciel. En matière informatique, la recette vaut ce que le contrat en dit, complété par le droit commun des obligations.
Conséquence pratique : un contrat muet sur la recette laisse au juge le soin de reconstituer l'intention des parties à partir des emails, des comptes rendus de comité de pilotage et des factures payées. C'est le scénario le plus coûteux pour les deux camps.
La pratique a fixé un découpage que la plupart des contrats reprennent :
Chaque étape déclenche des effets : paiement d'une échéance, transfert de la charge des corrections, point de départ de la garantie. Dans le contrat TDF et Logica décrit par la Cour de cassation (Cass. com., 10 juillet 2012, n° 11-20.060), le prix forfaitaire de 1 503 500 € HT était payable à 30 % à la validation de la conception, 30 % à l'entrée en recette, 10 % à la recette provisoire, 15 % à la mise en production et 15 % à la fin de la garantie. Cet échéancier montre l'enjeu : 70 % du prix se jouaient sur des jalons de recette.
Le procès-verbal de recette est un écrit qui constate que le client a testé le livrable et l'accepte, avec ou sans réserves. Il produit trois effets principaux, à condition que le contrat les prévoie.
Le PV n'est pas un quitus général. Dans l'affaire Generix (Cass. com., 22 février 2017, n° 15-12.253), le client avait signé un « procès-verbal de recette » portant la mention « acceptation sans réserve donnant lieu au "Go" définitif pour la facturation ». L'éditeur soutenait que ce document prouvait l'achèvement du logiciel. La cour d'appel de Rennes a jugé que ce PV se bornait à valider les étapes atteintes dans un processus d'installation restant à parfaire. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi : la portée d'un PV relève de l'appréciation souveraine des juges du fond. L'éditeur a été condamné à payer 516 000 € pour le remplacement du logiciel, 255 000 € de redevances et 500 000 € de perte de chance.
La jurisprudence tend donc à lire le PV au regard de ce qui a réellement été testé, et non de ses seules mentions. Les défauts non décelables lors des tests, les performances en charge réelle ou le manquement au devoir de conseil restent discutables après la signature. Je développe ce point, à partir d'une décision récente, dans l'article consacré au PV de réception sans réserve et la responsabilité du prestataire.
Point de vigilance. Un PV pré-rempli par le prestataire, avec une case « recette prononcée sans réserve », est un contrat d'adhésion en miniature. Côté client, rayez, complétez, annexez la liste des anomalies. Côté prestataire, ne comptez pas sur une formule type : un PV qui ne renvoie à aucun cahier de recette prouve peu.
La recette avec réserves est la situation la plus fréquente. Le client accepte le livrable, mais liste des anomalies à corriger. Tout dépend alors de la précision de ces réserves.
Un contrat solide distingue au moins trois niveaux :
Sans cette grille, chaque anomalie devient un débat. Le client qualifie tout de bloquant pour retenir le paiement ; le prestataire qualifie tout de mineur pour facturer. Le juge, lui, désignera un expert, et l'expertise judiciaire d'un projet informatique se compte en mois et en dizaines de milliers d'euros.
Une réserve utile décrit l'anomalie de façon reproductible : écran, données d'entrée, résultat attendu, résultat obtenu, capture ou journal. Elle renvoie au cas de test du cahier de recette et à l'exigence du cahier des charges. Elle fixe un délai de levée. Une réserve vague du type « lenteurs constatées » se retournera contre son auteur.
Tant que des réserves restent ouvertes, le client dispose de leviers prévus par le Code civil. L'exception d'inexécution de l'article 1219 lui permet de suspendre le paiement si l'inexécution est suffisamment grave. L'article 1223 lui permet, après mise en demeure et s'il n'a pas encore payé, de notifier une réduction proportionnelle du prix. Le contrat peut organiser ces leviers plus finement : retenue de 5 à 10 % jusqu'à la levée des réserves, pénalités de retard plafonnées. Ces pénalités restent soumises au pouvoir de modération du juge prévu à l'article 1231-5 si elles sont manifestement excessives.
Beaucoup de contrats prévoient qu'à défaut de réserves dans un délai donné, la recette est réputée prononcée. Ces clauses sont valables. Mais elles ne produisent pas toujours l'effet attendu.
Dans un arrêt publié (Cass. com., 6 décembre 2017, n° 16-19.615), le contrat de licence donnait au client 15 jours après livraison pour signaler tout dysfonctionnement sur une fiche écrite, faute de quoi le progiciel était « tacitement recetté ». Le client n'avait pas respecté ce formalisme. L'éditeur invoquait donc la recette tacite. La Cour de cassation rappelle que les contrats sur la preuve ne peuvent pas établir, au profit d'une partie, une présomption irréfragable. Le client a pu renverser la présomption en prouvant que le progiciel ne fonctionnait pas : huit mois de difficultés documentées par emails, aucun PV de recette définitive, une succession de nouvelles versions livrées pour corriger les bugs. Le contrat a été résolu aux torts de l'éditeur, condamné à payer 125 580 €.
La règle figure aujourd'hui à l'article 1356 du Code civil. Une clause de recette tacite crée une présomption simple au sens de l'article 1354 : elle inverse la charge de la preuve, elle ne la supprime pas. Pour un prestataire, c'est déjà beaucoup. Pour un client, c'est une porte de sortie, à condition d'avoir des preuves écrites.
Sans clause, la recette tacite se déduit du comportement. L'article 1120 du Code civil pose le principe : le silence ne vaut pas acceptation, sauf si les relations d'affaires ou les circonstances en décident autrement. Les juges peuvent retenir comme indices une mise en production sans réserve, un usage prolongé, le paiement intégral sans protestation. Aucun de ces faits ne vaut acceptation à lui seul. Leur accumulation, sans écrit contraire, rend la contestation difficile.
Conseil d'avocat. Si vous mettez en production avant la recette définitive, pour tenir une date ou par nécessité opérationnelle, écrivez-le. Un email au prestataire qui précise que la mise en production ne vaut pas recette et liste les anomalies ouvertes suffit à neutraliser l'indice.
Quand les anomalies bloquantes persistent livraison après livraison, le refus de recette devient l'antichambre de la rupture. Le client peut alors résoudre le contrat par une clause résolutoire, par notification après mise en demeure (articles 1224 et 1226 du Code civil) ou en saisissant le juge.
L'arrêt Compass (Cass. com., 1er juin 2022, n° 20-19.476) illustre ce passage. L'éditeur d'un logiciel de restauration collective s'était engagé à une obligation de résultat. Les temps de réponse en usage multi-utilisateurs étaient « bien supérieurs aux dix secondes requises ». Trois lots avaient été livrés plusieurs fois sans qu'aucune livraison ne passe la recette. L'éditeur reprochait au client de ne pas avoir suivi la procédure contractuelle de recette et de rejeter les livraisons sans tests. L'argument a échoué : l'éditeur, professionnel tenu d'un résultat, ne justifiait pas avoir rédigé les spécifications fonctionnelles détaillées que le client lui demandait. La résiliation a été validée.
Leçon pour les deux camps : la procédure de recette ne protège que la partie qui a elle-même tenu ses engagements. Pour la suite contentieuse, mise en demeure, expertise et chiffrage du préjudice, je renvoie à l'article sur les recours en cas d'échec de projet informatique.
Entre commerçants, l'action se prescrit par cinq ans (article L110-4 du Code de commerce), à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits (article 2224 du Code civil). La date du PV de recette, ou des premières réserves, sert souvent de repère pour fixer ce point de départ. Raison de plus pour dater et conserver chaque PV.
La recette est le moment où la collaboration du client devient mesurable. Le prestataire ne peut pas tester à sa place les règles métier. Le client ne peut pas reprocher au prestataire ce qu'il n'a jamais exprimé.
Dans le projet Seafrance (Cass. com., 19 septembre 2018, n° 17-15.191), l'expert judiciaire avait relevé un cahier des charges insuffisamment détaillé et des modifications répétées du périmètre : sur 357 anomalies dénoncées par le client, 148 venaient de ses propres demandes d'évolution. La cour d'appel avait partagé les torts à 50 % et compensé intégralement les demandes. La Cour de cassation a censuré ce raccourci : il fallait vérifier que les manquements de chacun avaient causé un préjudice égal. Le partage de responsabilité ne dispense pas de chiffrer.
La collaboration ne joue pas que contre le client. Dans l'affaire Isa France (Cass. com., 10 juillet 2019, n° 18-12.213), un grossiste réclamait plus de 8,2 millions d'euros après une migration logistique ratée. L'expert décrivait des développements conduits « au fil de l'eau, sans plan de test ni validations ». La cour d'appel avait laissé 20 % du préjudice au client, à qui elle reprochait d'avoir rendu impossibles les tests de démarrage. Cassation : les prestataires devaient au client profane une obligation de conseil et ne l'avaient pas mis en garde sur la nécessité de ces tests. Le prestataire qui laisse partir un projet en production sans recette porte ce risque.
Quand un AMOA rédige la stratégie et les cahiers de recette, sa responsabilité est distincte de celle de l'intégrateur. Dans un dossier jugé par la cour d'appel de Paris le 16 février 2018, l'AMOA invoquait la recette prévue au contrat d'intégration pour s'exonérer. La cour a refusé : ce contrat liait le client et l'intégrateur, pas l'AMOA. Condamnation à 80 000 €, pourvoi rejeté (Cass. com., 14 novembre 2019, n° 18-16.711).
Pour une ESN, une agence web ou un éditeur, la recette est le moment où le risque change de camp. Encore faut-il qu'elle soit prononcée proprement. J'accompagne régulièrement des ESN, agences web et prestataires IT sur ce point, et les erreurs sont toujours les mêmes.
Fournisseur ou client, la négociation porte sur les mêmes points. Ce sont eux que je vérifie en premier lors d'une revue de contrat informatique :
Une clause qui viderait la recette de sa substance, par exemple une acceptation automatique à la livraison sans aucun test possible, s'expose à l'article 1170 du Code civil. Dans un contrat d'adhésion, elle s'interprète en outre contre celui qui l'a proposée (article 1190).
Si un PV vous est présenté et que des anomalies subsistent, ne signez pas sans réserves écrites et précises. Si le délai de recette tacite court, adressez vos réserves dans les formes du contrat, même incomplètes. Si le projet est déjà en production sans recette, faites constater l'état du logiciel avant que les corrections successives n'effacent les preuves. Côté prestataire, si le client refuse de recetter sans motif, mettez-le en demeure de dérouler la procédure contractuelle et documentez votre disponibilité.
Je suis avocat et développeur web : je lis un cahier de recette, un ticket Jira et un journal d'erreurs aussi bien qu'une clause. En cas de blocage, j'interviens en contentieux informatique avant que le litige ne se fige. Pour un PV à signer cette semaine ou une recette qui dérape, échangeons sur votre projet et ses jalons de recette.
Pour aller plus loin
La recette informatique est la phase où le client vérifie qu'un logiciel, un site ou une intégration est conforme au contrat, à partir d'un cahier de recette. Elle se conclut par un procès-verbal qui accepte le livrable, avec ou sans réserves, ou le refuse. Aucun texte ne la définit : sa portée dépend du contrat. Elle déclenche en général le paiement d'une échéance et le point de départ de la garantie contractuelle.
Aucune loi n'impose de PV de recette dans un projet informatique. Mais sans PV, la preuve de l'acceptation se fait par tout moyen (article 1358 du Code civil) : emails, comptes rendus, paiements, mise en production. Le juge reconstitue alors l'intention des parties, avec un aléa important pour les deux. Un PV daté, signé et rattaché à un cahier de recette reste la meilleure preuve, pour le client comme pour le prestataire.
Le client perd la possibilité de contester facilement les défauts visibles lors des tests : le PV crée une présomption de conformité. Il conserve en revanche ses recours pour les défauts non décelables et les manquements au devoir de conseil. Dans l'arrêt Generix du 22 février 2017 (n° 15-12.253), un PV « sans réserve » n'a pas empêché une condamnation de l'éditeur à plus de 1,2 million d'euros, faute de logiciel réellement achevé.
Le délai est celui du contrat, souvent entre 8 et 30 jours après la livraison ou le début des tests. Passé ce délai, une clause de recette tacite peut s'appliquer. Elle ne crée qu'une présomption simple : la Cour de cassation a jugé le 6 décembre 2017 (n° 16-19.615) qu'un client pouvait la renverser en prouvant que le logiciel ne fonctionnait pas. Sans clause, aucun délai légal spécifique ne s'applique.
Pas automatiquement. Le silence ne vaut pas acceptation (article 1120 du Code civil), et une mise en production peut être imposée par l'activité. Mais une mise en production sans réserve, suivie d'un usage prolongé et du paiement intégral, forme un faisceau d'indices difficile à contester. Pour l'éviter, le client écrit au prestataire que la mise en production ne vaut pas recette et liste les anomalies ouvertes.
La recette provisoire valide le livrable en préproduction, à partir des cas de test, et autorise la mise en production. La recette définitive intervient après une période de fonctionnement réel, souvent un à trois mois, et constate un service régulier. Elle déclenche en général la dernière échéance de paiement et le début de la garantie. Le détail des garanties qui suivent est traité dans l'article sur les garanties des contrats de développement logiciel.
Oui, si le contrat lie l'échéance à la recette. À défaut, l'exception d'inexécution de l'article 1219 du Code civil permet de suspendre le paiement si l'inexécution est suffisamment grave, ce qui vise les anomalies bloquantes, pas un défaut mineur. Le client peut aussi, après mise en demeure, notifier une réduction proportionnelle du prix (article 1223). Une retenue de 5 à 10 % jusqu'à la levée des réserves est plus simple à appliquer.
Le prestataire le met en demeure de dérouler la procédure contractuelle : tests, liste écrite des anomalies, délai de réponse. Il documente sa disponibilité et ses corrections. Si une clause de recette tacite existe, le délai court contre le client. Un refus sans réserves précises fragilise la position du client, mais l'arrêt Compass de 2022 rappelle que l'éditeur doit avoir tenu ses propres engagements. Une revue du contrat informatique permet de mesurer ce rapport de force.
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