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La PSSI fixe les règles de sécurité de l'entreprise, mais elle n'engage personne par elle-même. Contenu attendu par NIS 2 et ISO 27001, lien avec la charte informatique et contrats : comment la rendre exigible des salariés et des prestataires.
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Un grand compte vous envoie son questionnaire de sécurité, un auditeur ISO 27001 demande votre politique approuvée, un client soumis à NIS 2 veut savoir comment vos équipes appliquent ses règles. Les trois attendent le même document : une PSSI. Beaucoup d'entreprises en ont une, souvent copiée d'un modèle, rarement approuvée par la direction et presque jamais opposable à ceux qui doivent l'appliquer. Or NIS 2 impose des plafonds d'amende d'au moins 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial pour les entités essentielles qui manquent à leurs mesures de sécurité, et la CNIL a infligé 5 millions d'euros à France Travail le 22 janvier 2026 en relevant qu'une mesure prévue par ses propres analyses d'impact avait été repoussée. Voici ce qu'une PSSI doit contenir, et surtout comment ses règles deviennent exigibles d'un salarié ou d'un prestataire.
La politique de sécurité des systèmes d'information (PSSI) est le document par lequel la direction fixe ses objectifs de sécurité, l'organisation qui les porte et les règles que doivent respecter tous ceux qui touchent au système d'information. Elle répond à trois questions : que protège-t-on, qui en est responsable, selon quels principes. Elle ne décrit pas la configuration d'un pare-feu.
La PSSI informatique est souvent rédigée par le RSSI ou la DSI. C'est normal pour le fond, mais sa valeur vient de la signature. Le règlement d'exécution (UE) 2024/2690 du 17 octobre 2024, qui précise les mesures NIS 2 pour les fournisseurs de cloud, de centres de données et de services gérés, exige que la politique indique « la date d'approbation formelle par les organes de direction ». La norme ISO 27001 confie elle aussi la politique de sécurité à la direction (clause 5.2). Une PSSI validée par le seul service informatique reste une note interne.
Confondre ces niveaux produit le défaut le plus courant : une PSSI de quatre-vingts pages, techniquement riche, que personne n'a lue et qu'aucun salarié ne peut se voir opposer.
Aucun texte général n'impose à toute entreprise privée de rédiger un document intitulé PSSI. L'obligation naît du secteur, de la réglementation applicable ou du contrat.
Les administrations de l'État relèvent de la PSSIE, la politique de sécurité des systèmes d'information de l'État, fixée par une circulaire du Premier ministre de juillet 2014 que l'ANSSI annonce remplacer par un cadre de gouvernance de la sécurité numérique. Les autorités administratives appliquent en outre le référentiel général de sécurité (décret n° 2010-112 du 2 février 2010). Pour les opérateurs d'importance vitale, le Premier ministre fixe des règles de sécurité que ces opérateurs appliquent « à leurs frais » (Code de la défense, art. L1332-6-1). Une entreprise privée qui travaille pour ces acteurs hérite souvent de leurs exigences par contrat.
La directive (UE) 2022/2555 liste, parmi les mesures que les entités essentielles et importantes doivent au minimum mettre en place, « les politiques relatives à l'analyse des risques et à la sécurité des systèmes d'information » (art. 21, § 2, a). Les organes de direction approuvent ces mesures, en supervisent la mise en œuvre et peuvent être tenus responsables de leur violation (art. 20). Les plafonds d'amende prévus par l'article 34 sont d'au moins 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial pour une entité essentielle, 7 millions ou 1,4 % pour une entité importante.
Au 3 novembre 2026, la loi française de transposition n'est pas publiée au Journal officiel : le calendrier est suivi dans notre article sur la transposition de NIS 2 en France. Le règlement d'exécution 2024/2690 est, lui, directement applicable, mais il vise des entités dont la qualification dépend encore largement de la loi nationale. Pour un hébergeur, un éditeur SaaS ou une ESN qui infogère des systèmes, il donne dès maintenant le contenu attendu d'une PSSI, et c'est sur lui que les clients soumis à NIS 2 calquent leurs questionnaires.
Une entreprise qui vise la certification ISO 27001 doit disposer d'une politique de sécurité de l'information (clause 5.2) et de politiques thématiques (mesure A.5.1). Hors certification, l'obligation vient le plus souvent d'un client : un appel d'offres, une annexe sécurité, un plan d'assurance sécurité. Le RGPD ajoute un socle commun : le responsable de traitement met en œuvre, quand c'est proportionné, « des politiques appropriées en matière de protection des données » (art. 24, § 2), et le sous-traitant prend toutes les mesures de sécurité de l'article 32 (art. 28, § 3, c). Le manquement aux articles 28 et 32 expose à une amende pouvant atteindre 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial (art. 83, § 4).
Les requêtes « PSSI exemple » renvoient à des modèles qui se ressemblent tous. Le meilleur sommaire disponible est réglementaire : l'annexe du règlement 2024/2690 (point 1.1.1) dit ce que doit contenir la politique de sécurité des réseaux et des systèmes d'information. Même hors de son champ, c'est une grille fiable.
La PSSI de tête reste courte, dix à quinze pages pour une PME. Elle renvoie à des politiques par domaine, qui sont celles que l'auditeur et le client lisent vraiment : contrôle d'accès et authentification, gestion des actifs, sauvegarde et continuité, gestion des incidents, sécurité des fournisseurs, cryptographie, développement sécurisé pour un éditeur. NIS 2 cite ces domaines à son article 21, § 2, la mesure A.5.1 d'ISO 27001 vise les politiques propres à une thématique.
Point de vigilance. L'engagement de ressources n'est pas une formule de style. La décision France Travail relève que les analyses d'impact prévoyaient l'authentification multifacteur dès 2023 et que sa mise en place avait été repoussée (CNIL, SAN-2026-003, § 67 et 71). Un document qui promet une mesure non déployée devient une preuve contre son auteur.
Un corpus de sécurité tient sur trois étages, chacun avec ses destinataires et son régime juridique.
La règle pratique tient en une phrase : toute exigence de la PSSI qui demande un comportement à l'utilisateur doit être reprise dans la charte. Si la PSSI écrit « l'authentification multifacteur est obligatoire pour tout accès distant » et que la charte n'en dit rien, le salarié qui la contourne ne viole aucune règle qui lui ait été rendue opposable : sa sanction devient fragile.
La tentation est de tout fusionner en un seul document. C'est une erreur : chaque modification de la PSSI déclencherait alors la procédure du règlement intérieur. La bonne pratique consiste à tenir un tableau de correspondance, règle par règle, entre la PSSI, la charte et les procédures. L'auditeur ISO y voit la cohérence, le juriste y voit ce qui est opposable.
L'article L1321-5 du Code du travail règle la question. Un document qui comporte des obligations générales et permanentes en matière de santé, de sécurité ou de discipline est une adjonction au règlement intérieur, et il suit « en toute hypothèse » le même régime : avis du CSE, communication à l'inspecteur du travail, entrée en vigueur un mois au moins après la publicité (art. L1321-4). Le règlement intérieur est obligatoire à partir de 50 salariés (art. L1311-2).
La Cour de cassation a jugé que le document interne qui se borne à rappeler les dispositions législatives et réglementaires applicables en matière de sécurité ne crée pas d'obligations nouvelles et n'est pas une adjonction (Cass. soc., 23 juin 2021, n° 19-15.737). L'arrêt portait sur des consignes de sécurité au travail, pas sur une politique informatique. Le raisonnement se transpose : la partie de la PSSI qui décrit l'organisation, les objectifs et les engagements de la direction n'impose rien au salarié. En revanche, l'interdiction de stocker des données clients sur un compte personnel ou l'obligation de signaler un courriel suspect dans l'heure sont des règles propres à l'entreprise, permanentes et sanctionnables. Elles doivent passer par la procédure, de préférence à travers la charte.
Quand la règle figure dans la charte, le juge la fait respecter. La Cour de cassation a approuvé le licenciement pour faute grave d'un salarié qui avait tenté de se connecter au poste du directeur en empruntant le mot de passe d'un collègue, comportement « contraire à l'obligation de respect de la charte informatique en vigueur dans l'entreprise » (Cass. soc., 21 décembre 2006, n° 05-41.165, inédit). Le règlement 2024/2690 demande d'ailleurs que l'entité établisse, communique et maintienne une procédure disciplinaire qui tient compte des exigences légales (point 10.4). La procédure d'adoption, l'échelle des sanctions et la preuve sont traitées dans notre article sur la charte informatique et les sanctions disciplinaires.
Deux points propres à la PSSI méritent l'attention. Les mesures de surveillance qu'elle prévoit (journalisation, filtrage, détection des fuites) doivent être portées à la connaissance des salariés avant leur mise en œuvre (art. L1222-4), et le CSE doit être consulté sur les moyens de contrôle de leur activité (art. L2312-38). Aucun arrêt de la Cour de cassation sur l'opposabilité d'une PSSI en tant que telle n'a été trouvé : la jurisprudence raisonne sur la charte et le règlement intérieur, ce qui confirme qu'il faut y loger les règles individuelles.
Le Code du travail ne s'applique pas à une ESN, à un hébergeur ou à un développeur indépendant. Pour eux, la PSSI ne vaut que par le contrat. Le Code civil pose la règle : des conditions générales n'ont d'effet à l'égard de l'autre partie que si elles ont été portées à sa connaissance et acceptées (art. 1119). Une PSSI publiée sur l'intranet, que le prestataire n'a jamais reçue, ne l'engage pas.
Le règlement 2024/2690 va dans le même sens : l'entité exige du personnel et des tiers qu'ils appliquent ses mesures de sécurité (point 1.2.2), et elle établit une politique de sécurité de la chaîne d'approvisionnement (point 5.1).
La décision France Travail l'illustre. Les Cap emploi, qui accédaient à distance à son système d'information, signaient une adhésion par laquelle ils s'engageaient à « respecter, diffuser et appliquer les consignes » de sécurité, et les analyses d'impact renvoyaient au « corpus documentaire de la politique de sécurité des systèmes d'information » de France Travail. La CNIL en a tiré que France Travail restait « principal responsable de la détermination des règles de sécurité applicables » et que le déploiement des mesures lui incombait en premier lieu (SAN-2026-003, § 36 à 41). Faire signer sa PSSI à un tiers organise les obligations de chacun. Cela ne dispense pas de déployer les mesures qu'elle annonce.
Une ESN ou un éditeur SaaS reçoit souvent la PSSI de son client en annexe, avec une clause d'acceptation « telle que modifiée ». C'est une obligation évolutive, fixée unilatéralement. Je recommande de négocier trois points : la liste des exigences réellement applicables au service, la procédure de changement avec son impact tarifaire, et un plafond de responsabilité qui couvre les manquements de sécurité.
L'auditeur de certification ne juge pas la qualité rédactionnelle. Il vérifie des preuves, et la PSSI en fournit plusieurs.
Le volet juridique de la certification, en particulier le registre des exigences légales et le passage des politiques devant le CSE, est détaillé dans notre article sur ce que l'avocat prend en charge dans la certification ISO 27001. La PSSI n'en est qu'une pièce : son intérêt est d'être le point d'entrée de toutes les autres.
Un éditeur de 80 salariés prépare son audit initial. Sa PSSI, approuvée en comité de direction, impose la MFA sur tous les accès d'administration. La charte informatique, adoptée en 2019, n'en parle pas, et un administrateur désactive la MFA sur son compte pour gagner du temps. L'auditeur relève un écart sur la conformité aux politiques. Le DRH constate qu'une sanction serait fragile : la règle n'existe que dans la PSSI. La correction prend six semaines, dont le mois imposé par l'article L1321-4 entre la publicité de la charte modifiée et son entrée en vigueur.
Une PSSI vieillit vite. Le règlement 2024/2690 impose un réexamen par la direction au moins une fois par an, et après tout incident important ou changement majeur, avec un résultat consigné (point 1.1.2). C'est un bon rythme pour toute entreprise, soumise ou non à NIS 2.
Trois erreurs reviennent. La PSSI copiée d'un modèle, qui cite des mesures que l'entreprise n'a pas. La PSSI jamais révisée, qui ignore le télétravail et les outils d'IA. La PSSI dont les règles ne descendent ni dans la charte ni dans les contrats, et qui ne peut donc être opposée à personne. Dans les trois cas, le document se retourne contre l'entreprise : il prouve qu'elle connaissait le risque.
Avocat au Barreau de Paris et développeur web certifié, je relis la PSSI avec le RSSI, j'identifie les règles qui doivent descendre dans la charte et dans les contrats, et je rédige les clauses qui les rendent exigibles. Cet accompagnement fait partie de mon intervention en droit de la cybersécurité. Si un audit, un appel d'offres ou un client NIS 2 vous impose de revoir votre politique, échangeons sur votre PSSI et sur ce qu'elle engage.
Pour aller plus loin
La PSSI, politique de sécurité des systèmes d'information, est le document par lequel la direction fixe les objectifs de sécurité, l'organisation et les principes applicables au système d'information. Elle se distingue de la charte informatique, qui fixe les obligations de chaque utilisateur, et des procédures techniques. Pour être crédible face à un auditeur ou à un client, elle doit porter une date d'approbation formelle par la direction, comme l'exige le règlement d'exécution (UE) 2024/2690 pour les entités qu'il vise.
Aucun texte n'impose à toute PME privée un document intitulé PSSI. L'obligation vient du contexte : NIS 2 range les politiques de sécurité parmi les mesures minimales des entités essentielles et importantes (article 21), ISO 27001 l'exige pour la certification, et beaucoup de clients la réclament par contrat. Le RGPD demande aussi des politiques appropriées de protection des données quand c'est proportionné (article 24). En pratique, une PME qui vend à des grands comptes ne peut plus s'en passer.
La PSSI engage la direction et organise la sécurité : objectifs, rôles, politiques thématiques, révision. La charte informatique traduit les règles qui s'imposent à chaque utilisateur. Seule la charte, adoptée selon la procédure du règlement intérieur (avis du CSE, communication à l'inspecteur du travail, délai d'un mois), rend ces règles opposables à chaque salarié. Chaque règle de la PSSI qui exige un comportement individuel doit donc être reprise dans la charte.
Une PSSI non appliquée devient une preuve. La CNIL a sanctionné France Travail de 5 millions d'euros le 22 janvier 2026 pour un manquement à la sécurité, la décision relevant que l'authentification multifacteur, prévue dans ses analyses d'impact dès 2023, avait été repoussée. Pour une entité essentielle au sens de NIS 2, les plafonds d'amende atteignent au moins 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial. L'auditeur ISO 27001, lui, relève un écart de conformité aux politiques.
La partie de la PSSI qui décrit l'organisation et les engagements de la direction n'impose rien au salarié et ne relève pas, en principe, de la procédure du règlement intérieur. Les règles générales et permanentes qui s'imposent au personnel, elles, sont des adjonctions au règlement intérieur (article L1321-5 du Code du travail) et passent par l'avis du CSE. Le CSE est aussi consulté sur les moyens de contrôle de l'activité des salariés que la PSSI prévoit (article L2312-38).
Par le contrat. Des conditions n'engagent l'autre partie que si elles lui ont été communiquées et qu'elle les a acceptées (article 1119 du Code civil). Annexez une version datée de la PSSI ou ses extraits applicables, prévoyez la notification des mises à jour et le délai pour s'y conformer, et traduisez les règles en obligations vérifiables : MFA, délai de notification d'incident, audit. La grille des clauses fournisseurs exigées par un audit ISO 27001 sert de point de départ.
La rédaction dépend surtout de l'analyse de risques : sans elle, la PSSI n'a pas de base et il faut commencer par là. Le délai juridique, lui, est incompressible : quand la charte doit être modifiée pour reprendre les règles de la PSSI, il faut obtenir l'avis du CSE, puis respecter le mois minimum entre la publicité et l'entrée en vigueur (article L1321-4 du Code du travail). Lancez la revue juridique en même temps que la rédaction technique, pas après.
Non. La politique de sécurité (clause 5.2) et les politiques thématiques (mesure A.5.1) ne sont qu'une partie du système de management : analyse de risques, déclaration d'applicabilité, audit interne, revue de direction. L'auditeur vérifie aussi que les politiques sont réellement appliquées et reliées aux contrats et au processus disciplinaire. Le volet juridique de la démarche est l'objet de mon accompagnement ISO 27001 et ISO 42001.
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