Numerique
La loi Résilience arrive en séance publique à l'été 2026, avec 15 000 entités visées et des sanctions jusqu'à 10 M€. Le point sur le calendrier réel, les obligations, et la mécanique qui touche même les prestataires hors du champ formel : la chaîne de sous-traitance.
Temps de lecture :
13 min
NIS2 est dans une situation paradoxale en France : la directive européenne est définitive depuis fin 2022, l'échéance de transposition est dépassée depuis octobre 2024, et pourtant la loi française n'est toujours pas promulguée à l'été 2026. Ce flottement nourrit deux erreurs symétriques : ceux qui pensent que rien ne s'applique tant que la loi n'est pas votée, et ceux qui croient déjà tout savoir de leurs obligations. Voici l'état exact de la transposition, ce que le texte va imposer, et le point que presque tout le monde sous-estime : la propagation des obligations dans la chaîne de sous-traitance, qui touche les ESN, agences et prestataires IT bien au-delà des entités formellement régulées.
La directive (UE) 2022/2555, dite NIS2, devait être transposée par tous les États membres au plus tard le 17 octobre 2024. La France a manqué cette échéance, ce qui lui a valu une procédure d'infraction de la Commission européenne, avec un avis motivé adressé en mai 2025.
La transposition passe par le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, dit projet de loi Résilience, qui transpose en un texte unique trois volets européens : la directive REC sur la résilience des entités critiques, NIS2, et le volet directive accompagnant le règlement DORA pour le secteur financier. Son parcours : présentation en Conseil des ministres le 15 octobre 2024, adoption en première lecture au Sénat le 12 mars 2025, vote à l'unanimité en commission spéciale de l'Assemblée nationale en septembre 2025 avec plus de 240 amendements adoptés, et au moment où j'écris ces lignes, un examen en séance publique attendu lors de la session extraordinaire de juillet 2026, pour une promulgation dans la foulée.
Le texte législatif ne sera pas la fin de l'histoire : il renvoie l'essentiel des exigences techniques à des décrets d'application et aux référentiels de l'ANSSI. L'agence a d'ailleurs pris les devants en diffusant une version de travail de son référentiel, le ReCyF (Référentiel Cyber France), qui définit une vingtaine d'objectifs de sécurité gradués selon la catégorie d'entité, et en ouvrant son guichet d'auto-évaluation MonEspaceNIS2.
Point de vigilance : « la loi n'est pas votée » ne signifie pas « rien ne presse ». L'ANSSI a annoncé une montée en charge progressive avec un délai global de mise en conformité d'environ trois ans, mais l'enregistrement des entités et les premières obligations suivront rapidement la promulgation. Les chantiers de conformité NIS2 (gouvernance, analyse de risques, gestion d'incidents) prennent des mois : les entités qui attendent le décret pour commencer subiront le calendrier.
NIS2 fait passer la France d'environ 500 entités régulées sous NIS1 à un ordre de grandeur de 15 000 entités, réparties sur dix-huit secteurs, des infrastructures numériques à la santé, de l'énergie à la gestion des déchets, en passant par l'administration publique et la recherche. Le texte distingue deux catégories, avec des seuils de taille :
Deux nouveautés méritent l'attention des dirigeants : la responsabilité personnelle des organes de direction, qui doivent approuver les mesures de gestion des risques et suivre une formation, avec des sanctions pouvant aller jusqu'à une interdiction temporaire d'exercer des fonctions dirigeantes, et la publicité possible des manquements, qui transforme la non-conformité en risque réputationnel direct. Le socle des obligations reste celui décrit dans mon article sur vos responsabilités cybersécurité sous NIS2 : gouvernance des risques, mesures techniques et organisationnelles, notification des incidents significatifs à l'ANSSI, continuité d'activité.
C'est le mécanisme le plus structurant du texte, et le moins compris. Parmi les mesures de gestion des risques imposées aux entités régulées figure la sécurité de la chaîne d'approvisionnement : chaque entité essentielle ou importante doit maîtriser les risques liés à ses fournisseurs et prestataires directs, en particulier ses prestataires numériques.
La conséquence pratique est une propagation contractuelle : les 15 000 entités régulées vont répercuter leurs obligations sur leurs prestataires par la voie du contrat. Une ESN, une agence web, un infogérant, un éditeur qui sert ne serait-ce qu'un client régulé verra arriver des exigences de sécurité, des questionnaires d'évaluation, des clauses d'audit, des obligations de notification d'incident au client dans des délais serrés, et des plans d'assurance sécurité. En clair : on peut être hors du champ formel de NIS2 et devoir s'y conformer en pratique, parce que ses clients y sont.
Pour les ESN, agences web et prestataires IT, cette mécanique est double : beaucoup seront elles-mêmes régulées (les services TIC interentreprises figurent parmi les secteurs visés, selon les seuils de taille), et toutes subiront la pression contractuelle de leurs clients régulés. Le sujet n'est donc pas « sommes-nous dans l'annexe ? » mais « que devons-nous être capables de signer, et à quel coût ? ».
Les clauses cyber qui arrivent dans les contrats appellent une vraie négociation, pas une signature réflexe. Quatre points concentrent les enjeux :
Le calendrier français laisse une fenêtre utile. Voici les cinq chantiers à mener dès maintenant, qu'on soit entité régulée ou prestataire de la chaîne :
Le paysage réglementaire cyber européen s'est empilé en trois couches qu'il faut articuler plutôt que subir : NIS2 régule les entités selon leur secteur et leur taille, DORA régule la résilience numérique du secteur financier avec son propre régime de notification, et le CRA régule les produits comportant des éléments numériques. Une même entreprise peut relever de deux, voire trois régimes selon ses activités, avec des notifications d'incidents à des autorités différentes dans des délais différents. La cartographie de ces obligations croisées, et leur traduction en un processus interne unique de gestion d'incident, est devenue un exercice juridique à part entière : c'est précisément l'objet de l'accompagnement NIS2 que je propose.
La promulgation de la loi Résilience déclenchera une séquence rapide : enregistrement des entités, publication des décrets et du référentiel ANSSI, premiers contrôles. Si vous voulez qualifier votre situation, préparer vos contrats ou construire votre feuille de route de conformité avant cette séquence, vous pouvez échanger sur votre situation directement avec moi.
Pour aller plus loin
Pas encore intégralement. La directive (UE) 2022/2555 devait être transposée au 17 octobre 2024, mais la loi française de transposition, le projet de loi Résilience, n'est pas promulguée à l'été 2026 : son examen en séance publique à l'Assemblée nationale est attendu lors de la session extraordinaire de juillet 2026. La France fait l'objet d'une procédure d'infraction européenne pour ce retard.
Environ 15 000 entités réparties sur dix-huit secteurs, contre 500 sous NIS1. Les entités essentielles regroupent les grandes structures des secteurs hautement critiques (plus de 250 salariés ou 50 millions d'euros de chiffre d'affaires), les entités importantes couvrent les structures moyennes des secteurs critiques (à partir de 50 salariés ou 10 millions d'euros de chiffre d'affaires).
Jusqu'à 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour une entité essentielle, et 7 millions d'euros ou 1,4 % pour une entité importante. S'y ajoutent la responsabilité personnelle des dirigeants, pouvant aller jusqu'à une interdiction temporaire d'exercer, et la publication possible des manquements, qui crée un risque réputationnel direct.
Non. D'abord, les services TIC interentreprises figurent parmi les secteurs visés : selon votre taille, vous pouvez être directement régulé. Ensuite et surtout, les entités régulées doivent sécuriser leur chaîne d'approvisionnement : elles répercutent leurs obligations sur leurs prestataires par contrat. Servir un seul client régulé suffit à recevoir exigences de sécurité, clauses d'audit et obligations de notification.
Le schéma de la directive impose aux entités régulées une alerte précoce à l'autorité sous 24 heures après connaissance d'un incident significatif, suivie d'une notification détaillée sous 72 heures et d'un rapport final. En France, l'ANSSI sera l'autorité de réception. Les clients régulés exigent en conséquence de leurs prestataires une information quasi immédiate, à négocier selon vos capacités réelles.
Le Référentiel Cyber France est le document par lequel l'ANSSI décline les exigences techniques de la transposition : une vingtaine d'objectifs de sécurité couvrant gouvernance, protection, défense et résilience, gradués selon la catégorie d'entité avec un principe de proportionnalité. Diffusé en version de travail début 2026, il sera finalisé avec les décrets d'application après la promulgation de la loi.
Cinq chantiers utiles quel que soit le texte final : qualifier sa situation via l'auto-évaluation MonEspaceNIS2 de l'ANSSI, cartographier ses clients et fournisseurs régulés, bâtir le socle de sécurité gouverné (analyse de risques, gestion d'incidents, continuité), préparer l'implication et la formation des dirigeants, et mettre à niveau ses modèles de contrats côté client comme côté fournisseur.
NIS2 régule les entités selon leur secteur et leur taille, DORA régit la résilience numérique du secteur financier avec son propre régime, et le CRA encadre les produits comportant des éléments numériques, avec des notifications applicables dès le 11 septembre 2026. Une même entreprise peut cumuler plusieurs régimes : la cartographie des obligations croisées et un processus unique de gestion d'incident sont indispensables.
Vous avez encore des questions ?
Notre équipe est à disposition !
Une question ?

Ressources
Aller plus loin