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Un serveur en Europe ne protège pas du Cloud Act américain si le fournisseur est exposé à la juridiction des États-Unis. SecNumCloud, doctrine cloud au centre, projet CADA de juin 2026 : la méthode pour classifier vos données et choisir le bon niveau de souveraineté.
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Où sont vos données ? La réponse spontanée (« chez notre hébergeur, en Europe ») est presque toujours incomplète. La localisation physique d'un serveur ne dit rien du droit qui s'applique aux données qu'il contient : un hébergeur dont la maison mère est américaine peut être contraint de communiquer des données aux autorités des États-Unis, même stockées à Paris. Entre le Cloud Act américain, la qualification SecNumCloud de l'ANSSI et le projet européen de Cloud and AI Development Act présenté en juin 2026, voici de quoi répondre précisément à la question, et surtout décider ce qui doit être protégé, à quel niveau, et dans quels contrats.
Le CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act), adopté aux États-Unis en 2018 et codifié au titre 18, section 2713 du Code des États-Unis, permet aux autorités américaines d'exiger d'un fournisseur soumis à la juridiction américaine la communication de données qu'il détient ou contrôle, indépendamment du lieu de stockage. La section 702 du FISA complète ce dispositif pour le renseignement.
La conséquence pratique est directe : une filiale européenne d'un groupe américain, ou une entité européenne contrôlée par une société américaine, peut se voir contrainte de communiquer des données hébergées dans l'Union. La CNIL l'a rappelé expressément dans son communiqué du 19 juillet 2024 sur le schéma européen EUCS : un hébergeur dont la société mère est établie aux États-Unis peut être contraint de communiquer des données aux autorités américaines, quel que soit le lieu de stockage physique. Le débat sur la souveraineté n'est donc pas un débat de datacenters : c'est un débat de droit applicable et de structure capitalistique.
SecNumCloud est la qualification de sécurité délivrée par l'ANSSI aux fournisseurs de services cloud (IaaS, PaaS, SaaS, CaaS). Son référentiel en vigueur, la version 3.2 publiée en mars 2022, compte plus de 360 critères couvrant la sécurité technique, organisationnelle et opérationnelle. Sa singularité en Europe tient à son volet juridique : il intègre des critères d'immunité aux législations extraterritoriales (Cloud Act, FISA), avec des exigences sur la structure capitalistique et les droits de vote du prestataire, conçues pour qu'aucune entité hors Union ne puisse le contraindre juridiquement.
C'est ce qui distingue SecNumCloud des certifications avec lesquelles on le confond souvent :
En juillet 2026, une dizaine d'offres sont qualifiées SecNumCloud, la liste officielle étant tenue à jour par l'ANSSI. Le vivier reste étroit, ce qui impose d'anticiper : les capacités disponibles chez les prestataires qualifiés ne sont pas illimitées et les projets de migration s'étalent sur plusieurs mois.
Pour l'État et ses opérateurs, la doctrine « cloud au centre » (circulaire de 2021, actualisée en 2023) et l'article 31 de la loi SREN imposent que les projets cloud de l'État portant sur des données sensibles recourent à une offre immune des législations extraterritoriales, ce qui désigne en pratique une offre qualifiée SecNumCloud. Les entreprises privées qui contractent avec le secteur public sur des données sensibles héritent contractuellement de ces exigences.
Au-delà de l'obligation stricte, SecNumCloud devient un standard attendu dans les secteurs régulés et pour les entités soumises à NIS2 : santé (en complément de la certification HDS pour l'hébergement de données de santé), finance, défense, mais aussi éditeurs SaaS dont les clients grands comptes exigent des garanties de souveraineté dans les appels d'offres. La question n'est plus « sommes-nous obligés ? » mais « que perdons-nous commercialement à ne pas l'être ? ».
Le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté sa proposition de règlement Cloud and AI Development Act (CADA), pièce maîtresse de son paquet de souveraineté technologique. Le texte poursuit deux objectifs : développer massivement les capacités européennes de calcul (tripler la capacité de datacenters d'ici 2030, viser l'autonomie à l'horizon 2035), et introduire un cadre de souveraineté à quatre niveaux d'assurance pour les fournisseurs cloud et IA, conditionnant l'accès à la commande publique. Le niveau le plus élevé s'inspire directement du référentiel SecNumCloud : localisation, résilience, absence d'ingérence d'un pays tiers et contrôle capitalistique européen.
Ce mouvement intervient après le blocage du schéma de certification européen EUCS, dont le critère d'immunité aux lois extraterritoriales a été retiré au fil des négociations, retrait contre lequel la CNIL s'était publiquement élevée. Le CADA réintroduit la souveraineté par un autre canal : non plus la certification générale, mais la commande publique. C'est une proposition de règlement, encore soumise à négociation : rien n'est acquis, mais la direction est posée, et elle valide la stratégie française.
Conseil d'avocat : ne construisez pas votre stratégie cloud sur le CADA, qui n'est qu'une proposition. Construisez-la sur les textes en vigueur (SREN, doctrine cloud au centre, NIS2, RGPD) et considérez le CADA comme un signal de direction : les exigences de souveraineté vont se renforcer, pas s'assouplir. Un choix d'hébergement se fait pour cinq à dix ans, il doit intégrer cette trajectoire.
La souveraineté est souvent confondue avec la conformité RGPD des transferts. Ce sont deux analyses distinctes. Le RGPD encadre les transferts de données personnelles hors Union : un transfert vers les États-Unis peut être licite dans le cadre du mécanisme d'adéquation en vigueur. La question de souveraineté est différente : même sans transfert, même avec des données exclusivement stockées en Europe, l'exposition au Cloud Act subsiste si le fournisseur est soumis à la juridiction américaine.
L'analyse complète croise donc trois plans : la conformité RGPD des traitements et transferts (avec la sous-traitance cloud au sens de l'article 28), l'exposition juridique extraterritoriale du fournisseur, et les exigences sectorielles propres à vos données (santé, finance, défense, secteur public). Trois questions, trois réponses possiblement différentes, un seul choix d'architecture au final.
La souveraineté intégrale coûte cher et n'est pas nécessaire pour tout. La démarche rationnelle procède en quatre temps :
Cinq questions suffisent à faire le tri dans les discours commerciaux : qui contrôle le capital et les droits de vote de l'entité contractante, et jusqu'à quel niveau de la chaîne de détention ? L'entité ou une société de son groupe est-elle soumise à la juridiction d'un pays tiers ? Où sont localisées les données, y compris les sauvegardes et les environnements de support ? Qui peut techniquement accéder aux données (administration, supervision, support), et depuis où ? Quelle est la procédure contractuelle en cas de demande d'une autorité étrangère ? Un fournisseur souverain répond à ces cinq questions par écrit sans difficulté. Les réponses évasives sont une réponse en soi.
La localisation européenne de vos serveurs ne vous protège pas du Cloud Act si votre fournisseur est exposé à la juridiction américaine. SecNumCloud est aujourd'hui le seul référentiel qui traite cette exposition, le CADA propose de généraliser cette approche à l'échelle européenne via la commande publique, et la trajectoire réglementaire va clairement vers plus d'exigences de souveraineté. La bonne décision n'est ni le tout-souverain ni le statu quo : c'est une classification de vos données suivie d'un arbitrage documenté, sécurisé par des contrats d'hébergement et de cloud qui transforment les promesses en engagements. Si vous voulez cartographier votre exposition ou sécuriser un projet de migration, vous pouvez échanger sur votre situation directement avec moi.
Pour aller plus loin
Le CLOUD Act, adopté en 2018 et codifié à la section 2713 du titre 18 du Code des États-Unis, permet aux autorités américaines d'exiger d'un fournisseur soumis à leur juridiction la communication de données qu'il détient ou contrôle, quel que soit le lieu de stockage. Vos données hébergées en Europe chez un fournisseur américain ou contrôlé par un groupe américain restent donc exposées.
SecNumCloud est la qualification de sécurité délivrée par l'ANSSI aux fournisseurs cloud (IaaS, PaaS, SaaS, CaaS). Son référentiel version 3.2, publié en mars 2022, compte plus de 360 critères et intègre, fait unique en Europe, des exigences d'immunité aux législations extraterritoriales comme le Cloud Act et le FISA, notamment via des critères sur la structure capitalistique du prestataire.
Non. Le Cloud Act s'applique au fournisseur, pas au serveur : ce qui compte est la soumission du fournisseur (ou de sa maison mère) à la juridiction américaine. La CNIL l'a rappelé en juillet 2024 : un hébergeur dont la société mère est établie aux États-Unis peut être contraint de communiquer des données indépendamment du lieu de stockage physique.
L'obligation stricte vise l'État et ses opérateurs : la doctrine cloud au centre et l'article 31 de la loi SREN imposent une offre immune des lois extraterritoriales pour les données sensibles de l'État. Pour les entreprises privées, SecNumCloud devient un standard de fait dans les secteurs régulés, pour les entités NIS2 et dans les appels d'offres des grands comptes.
ISO 27001 certifie un système de management de la sécurité sans traiter le droit applicable. HDS encadre l'hébergement des données de santé, mais un hébergeur américain peut être certifié HDS. SecNumCloud est le seul référentiel qui cumule un haut niveau de sécurité et l'immunité juridique aux législations extraterritoriales.
C'est la proposition de règlement présentée par la Commission européenne le 3 juin 2026 : développement massif des capacités européennes de calcul et cadre de souveraineté cloud à quatre niveaux d'assurance conditionnant la commande publique, dont le niveau le plus élevé s'inspire de SecNumCloud. C'est un projet en négociation, pas encore un texte applicable.
Non à ce stade. L'EUCS reste bloqué en négociation et son critère d'immunité aux lois extraterritoriales a été retiré du projet, retrait critiqué publiquement par la CNIL. SecNumCloud demeure le référentiel le plus exigeant en Europe sur la souveraineté, et le projet CADA s'en inspire pour la commande publique européenne.
Rarement. La démarche rationnelle consiste à classifier les données par sensibilité, à réserver les offres qualifiées SecNumCloud au cœur sensible, et à arbitrer le reste selon le rapport coût-risque. L'essentiel est de documenter l'analyse et de sécuriser contractuellement chaque choix : localisation, chaîne de sous-traitance, procédure en cas de demande étrangère, réversibilité.
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