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Application mobile : obligations juridiques, RGPD et règles à respecter

Quelles obligations juridiques respecter avant de publier une application mobile ? RGPD, CGU, stores, achats intégrés, responsabilité et code source

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Développer une application mobile ne consiste pas seulement à imaginer une interface, écrire du code et réussir la validation de l’App Store ou de Google Play. Dès qu’une application collecte des données, crée un compte utilisateur, commercialise un abonnement, propose des achats intégrés ou fournit un service à une entreprise, son éditeur entre dans un environnement juridique particulièrement encadré.

Les obligations ne sont d’ailleurs pas exactement les mêmes selon le modèle économique retenu. Une application destinée au grand public soulève principalement des questions liées au droit de la consommation, au RGPD, aux traceurs, aux achats numériques ou encore aux règles imposées par les stores. Une application professionnelle ou un SaaS mobile B2B fait davantage intervenir la responsabilité contractuelle, les engagements de disponibilité, le traitement des données pour le compte du client et la propriété intellectuelle du logiciel.

À cela s’ajoute une difficulté propre aux applications mobiles : plusieurs ensembles de règles se superposent.

L’éditeur doit respecter le droit français et européen, mais il doit également composer avec les conditions contractuelles imposées par Apple et Google pour distribuer son application. Une app peut donc être techniquement conforme aux exigences d’un store tout en présentant des risques au regard du RGPD, du droit de la consommation ou de la propriété intellectuelle.

Inversement, disposer de mentions légales, de CGU et d’une politique de confidentialité correctement rédigées ne garantit pas qu’une application pourra être distribuée dans les conditions souhaitées sur l’App Store ou Google Play.

La conformité doit ainsi être envisagée dès la conception du projet.

Pour accompagner les startups, développeurs, éditeurs de logiciels et entreprises dans cette démarche, Mirabile Avocat a consacré un guide complet aux obligations juridiques applicables aux applications mobiles, qu’elles soient exploitées en B2C ou dans un environnement professionnel.

Voici les principaux points à examiner avant de publier une application mobile en 2026.

Quelles sont les obligations juridiques pour lancer une application mobile ?

Il n’existe pas un unique document permettant de rendre une application mobile « conforme ».

Les obligations dépendent du fonctionnement de l’application, des données traitées, des services proposés, du type d’utilisateurs ciblés et du modèle de distribution retenu.

Une application gratuite permettant simplement d’accéder à du contenu ne présente pas exactement les mêmes enjeux qu’une application de santé collectant des informations sensibles. Une marketplace mobile n’est pas soumise aux mêmes contraintes opérationnelles qu’un logiciel B2B vendu sous forme d’abonnement à des entreprises.

Il faut donc commencer par déterminer le rôle juridique de l’entreprise qui publie l’application.

Lorsqu’une société développe et met à disposition du public son propre service, elle ne peut généralement pas se considérer uniquement comme le « développeur » technique de l’application. Elle en assume également l’exploitation et doit organiser la relation avec ses utilisateurs.

Cela suppose notamment de traiter les questions relatives aux mentions d’identification de l’éditeur, aux conditions d’utilisation, aux données personnelles, aux éventuelles ventes réalisées dans l’application et aux responsabilités résultant de son fonctionnement.

En B2B, cette organisation devient souvent plus contractuelle. Le client professionnel attend notamment de savoir quel niveau de disponibilité sera assuré, comment ses données seront traitées, qui assumera la responsabilité d’une panne et ce qu’il adviendra de ses données ou de son application à la fin de la relation.

La première question n’est donc pas « quelles CGU faut-il mettre dans l’application ? », mais plutôt : quelle relation juridique l’application crée-t-elle entre l’éditeur, ses utilisateurs, ses clients et ses prestataires ?

1. Publier une application mobile signifie assumer le rôle d’éditeur

Une entreprise qui met une application à disposition des utilisateurs ne doit pas considérer que la responsabilité juridique repose sur Apple ou Google simplement parce que son service est téléchargé depuis leurs plateformes.

L’App Store et Google Play constituent des intermédiaires de distribution. L’entreprise qui exploite réellement le service reste responsable de nombreuses obligations relatives au fonctionnement de son application.

C’est notamment pour cette raison que l’identité de l’éditeur doit être clairement identifiable.

L’utilisateur doit pouvoir savoir quelle entreprise exploite le service, comment la contacter et à qui il confie éventuellement ses données personnelles.

Cette logique est particulièrement importante pour les jeunes startups.

Au moment du lancement d’un produit, l’essentiel du travail se concentre généralement sur le développement, l’UX, le recrutement des premiers utilisateurs et l’acquisition. La partie juridique arrive parfois quelques jours seulement avant la publication.

Or certaines décisions prises au stade de la conception auront directement des conséquences juridiques.

Le choix de créer ou non un compte utilisateur, de demander l’accès aux contacts du téléphone, d’intégrer un SDK publicitaire ou de permettre des achats dans l’application peut modifier les obligations auxquelles l’éditeur devra répondre.

Il est donc beaucoup plus simple d’intégrer ces contraintes dès la construction du produit que d’essayer de les corriger après plusieurs milliers de téléchargements.

2. Les CGU d’une application mobile doivent correspondre à son usage réel

Les conditions générales d’utilisation d’une application mobile, ou CGU, permettent d’encadrer la manière dont le service est mis à disposition des utilisateurs.

Elles peuvent notamment définir les conditions d’accès au service, les règles applicables au compte utilisateur, les comportements interdits, les modalités de suspension d’un compte ou certaines règles relatives au fonctionnement de l’application.

Une erreur fréquente consiste toutefois à utiliser un modèle standard sans analyser le service réellement proposé.

Les CGU d’une application de rencontre ne peuvent pas être construites exactement de la même manière que celles d’une application bancaire, d’un jeu mobile ou d’une plateforme de mise en relation.

Les risques sont différents.

Une application permettant aux utilisateurs de publier du contenu devra par exemple réfléchir aux conditions dans lesquelles ce contenu peut être modéré. Une application dans laquelle les utilisateurs peuvent communiquer entre eux devra anticiper les comportements abusifs. Une application proposant une fonctionnalité payante devra organiser la relation entre l’usage du service et les conditions de vente.

Les CGU doivent donc accompagner le fonctionnement du produit.

Elles ne doivent pas être utilisées pour tenter de réparer juridiquement après coup une architecture qui n’a jamais été pensée en matière de conformité.

3. En B2B, des CGU seules sont rarement suffisantes

La situation est sensiblement différente lorsqu’une application est commercialisée auprès d’entreprises.

Dans une relation B2B, le client ne souhaite généralement pas simplement accepter les mêmes conditions que tous les utilisateurs en cliquant sur un bouton.

Lorsqu’un outil devient important pour son activité, l’entreprise cliente voudra savoir ce qui se passe en cas d’indisponibilité, de perte de données, de problème de sécurité ou de rupture de la relation commerciale.

La documentation contractuelle peut donc devenir beaucoup plus importante.

Un contrat commercial peut prévoir les conditions financières, la durée de l’engagement, les modalités de résiliation et les responsabilités respectives des parties.

Un SLA, ou accord de niveau de service, peut préciser les engagements opérationnels de l’éditeur. Il peut par exemple prévoir un taux de disponibilité, des délais d’intervention ou les conséquences de certaines indisponibilités.

Lorsque l’éditeur traite des données personnelles pour le compte de son client, un accord relatif au traitement des données peut également être nécessaire.

L’un des enjeux consiste alors à assurer la cohérence entre tous ces documents.

Il est parfaitement possible qu’une clause du contrat principal entre en contradiction avec une condition figurant dans les CGU ou dans le SLA. La documentation doit donc être organisée afin de déterminer clairement quel texte prévaut lorsqu’une divergence apparaît.

Pour un éditeur de SaaS mobile, la conformité juridique ne se limite ainsi pas à l’application elle-même : elle concerne également toute l’architecture contractuelle du service.

4. RGPD et applications mobiles : les permissions du téléphone ne sont pas anodines

La protection des données personnelles constitue l’un des principaux sujets juridiques rencontrés par les éditeurs d’applications mobiles.

Le téléphone d’un utilisateur peut donner accès à une quantité considérable d’informations : localisation, photographies, microphone, appareil photo, contacts, identifiants techniques ou données relatives à son utilisation du service.

Le simple fait qu’une permission soit techniquement disponible dans iOS ou Android ne signifie pas qu’elle peut être demandée sans réflexion.

Une application doit pouvoir justifier pourquoi certaines données ou permissions sont nécessaires.

Prenons une application de livraison.

L’accès à la localisation peut être cohérent lorsqu’il sert à identifier l’adresse de livraison ou suivre une commande. En revanche, une collecte continue de la position de l’utilisateur alors que celui-ci ne bénéficie d’aucune fonctionnalité nécessitant cette information poserait des questions très différentes.

La logique doit donc être celle de la nécessité.

L’application ne devrait pas demander automatiquement toutes les permissions possibles dès son premier lancement simplement « au cas où » elles seraient utiles plus tard.

La collecte doit correspondre au service réellement proposé.

5. Les SDK intégrés dans une application peuvent eux aussi créer des risques RGPD

Les données ne sont pas nécessairement collectées uniquement par l’éditeur.

Les applications modernes intègrent souvent de nombreux composants développés par des entreprises tierces.

Un SDK peut servir à mesurer l’audience, envoyer des notifications push, suivre les performances, identifier des erreurs techniques ou réaliser du ciblage publicitaire.

Pour l’utilisateur, ces opérations sont souvent invisibles.

Pour l’éditeur, elles doivent pourtant être identifiées.

Installer un SDK en quelques lignes de code peut entraîner une collecte de données, un dépôt ou une lecture d’identifiants ou un transfert vers un prestataire établi à l’étranger.

C’est pourquoi la sélection des composants techniques devrait faire partie intégrante de la démarche de conformité.

La question ne doit pas être uniquement : « ce SDK fonctionne-t-il ? »

Il faut également se demander quelles données il collecte, à quelles fins, vers quels destinataires elles sont envoyées et quelles garanties entourent leur traitement.

Cette vigilance est d’autant plus importante lorsque plusieurs SDK sont intégrés au même produit.

Un éditeur peut maîtriser parfaitement les données collectées dans son propre backend tout en négligeant celles transmises automatiquement par plusieurs bibliothèques tierces.

6. Une application B2B peut devenir sous-traitante des données de ses clients

Dans un environnement professionnel, la question du RGPD prend une dimension différente.

Lorsqu’une entreprise utilise une application SaaS pour gérer ses propres données, l’éditeur du logiciel peut intervenir en qualité de sous-traitant.

Imaginons une application mobile destinée aux commerciaux d’une entreprise.

Les employés saisissent dans l’application des informations relatives aux prospects et aux clients de leur société. L’éditeur du logiciel héberge et traite techniquement ces données, mais il ne décide pas nécessairement pourquoi elles sont utilisées.

Dans ce type de situation, la relation entre le fournisseur et son client doit être correctement encadrée.

Le contrat doit notamment organiser la manière dont les données sont traitées, les obligations de confidentialité et de sécurité, les éventuels recours à d’autres sous-traitants ainsi que les procédures à appliquer lorsqu’un incident survient.

Cette dimension devient particulièrement importante pour les entreprises qui souhaitent vendre leur application à de grands groupes.

Les directions juridiques et les DPO des clients professionnels examineront souvent précisément ces questions avant d’autoriser le déploiement du logiciel.

Une documentation RGPD bien structurée peut donc devenir autant un enjeu commercial qu’une exigence de conformité.

7. Les règles de l’App Store et de Google Play s’ajoutent au droit applicable

Publier une application mobile implique également d’accepter les règles imposées par les plateformes de distribution.

Apple et Google fixent leurs propres conditions concernant la publication des applications, les paiements, les abonnements, les données personnelles ou certaines fonctionnalités.

Ces règles ne remplacent toutefois pas le droit français ou européen.

C’est un point essentiel.

Une fonctionnalité acceptée par un store n’est pas nécessairement automatiquement conforme au droit de la consommation. Inversement, une solution peut être parfaitement licite au regard du droit français mais se heurter aux conditions commerciales imposées par une plateforme de distribution.

L’éditeur doit donc raisonner sur deux niveaux.

Il doit vérifier la conformité réglementaire de son activité, puis s’assurer que son mode de distribution respecte également les conditions du store utilisé.

Cette superposition est particulièrement visible concernant les achats intégrés et les abonnements.

8. Les achats intégrés restent soumis au droit de la consommation

Une application peut être téléchargée gratuitement tout en générant ses revenus grâce à un abonnement, une fonctionnalité premium ou des achats intégrés.

Le fait que le paiement soit effectué au moyen de l’App Store ou du Play Store ne supprime pas nécessairement les obligations de l’éditeur envers le consommateur.

L’utilisateur doit pouvoir comprendre ce qu’il achète.

Cela suppose notamment de présenter clairement les principales caractéristiques du service, son prix et les conditions dans lesquelles il sera fourni.

Pour un abonnement, il faut également réfléchir aux modalités de renouvellement et de résiliation.

La vigilance doit être encore plus forte lorsqu’une application utilise une monnaie virtuelle.

Afficher uniquement qu’une fonctionnalité coûte « 500 crédits » peut rendre difficile la compréhension du prix réel lorsque l’utilisateur ne peut pas facilement déterminer ce que ces crédits représentent en euros.

L’expérience d’achat doit donc être pensée pour éviter toute ambiguïté sur le coût du service.

Une bonne UX de monétisation ne consiste pas à rendre le prix difficile à percevoir. Elle doit permettre au contraire de faire comprendre clairement l’offre proposée.

9. Le droit de rétractation peut également concerner les achats dans une application

Le droit de rétractation n’est pas réservé aux colis commandés depuis un site e-commerce.

Il peut également intervenir dans les contrats conclus à distance concernant des services ou des contenus numériques.

La situation dépend toutefois de la nature exacte de ce qui est vendu.

Dans certains cas, le consommateur peut bénéficier du délai de rétractation habituellement associé aux achats à distance.

Pour certains contenus numériques immédiatement accessibles, la réglementation permet toutefois d’organiser la perte du droit de rétractation à condition de respecter un formalisme précis.

L’éditeur ne peut donc pas considérer que le simple fait que l’utilisateur commence à utiliser le produit supprime automatiquement son droit.

C’est un sujet particulièrement important pour les applications proposant une formule premium immédiatement activée après le paiement.

Le parcours doit être conçu en tenant compte du régime juridique applicable.

Encore une fois, la conformité dépend ici du fonctionnement de l’interface et pas uniquement des textes présents dans les CGU.

10. Les avis publiés autour d’une application peuvent engager l’éditeur

Les notes et avis constituent l’un des principaux facteurs de visibilité sur les stores.

Une différence de quelques dixièmes dans la note moyenne peut avoir un impact commercial considérable.

Cette importance peut pousser certains éditeurs à tenter d’améliorer artificiellement leur réputation.

Créer de faux commentaires positifs, manipuler les évaluations ou organiser la suppression injustifiée d’avis négatifs peut toutefois créer un risque au regard des règles relatives aux pratiques commerciales.

La réputation de l’application doit donc être travaillée par la qualité du produit et par une véritable stratégie de satisfaction client plutôt que par la manipulation des témoignages.

Un éditeur peut naturellement encourager les utilisateurs satisfaits à laisser un avis.

Il doit néanmoins éviter de créer une représentation artificielle de la réalité.

Ce principe vaut aussi au-delà des stores.

Si une entreprise publie sur son site des témoignages concernant son application, elle doit également être attentive à la façon dont ces témoignages ont été obtenus et présentés.

11. Une application payante doit rester conforme à ce qui a été promis

Lorsqu’un utilisateur paie pour accéder à un service numérique, l’éditeur ne doit pas seulement lui fournir « quelque chose ».

Le service doit correspondre à ce qui a été annoncé.

Cette question prend une importance particulière avec la garantie légale de conformité applicable aux contenus et services numériques.

Si une application payante ne possède pas les fonctionnalités annoncées, fonctionne de manière anormalement dégradée ou devient inutilisable, le consommateur peut disposer de différents recours.

Le risque doit donc être anticipé dans la communication commerciale.

Une page de vente très agressive promettant des fonctionnalités que le produit ne peut pas réellement fournir n’est pas seulement une mauvaise pratique marketing.

Elle peut également augmenter l’exposition juridique de l’entreprise.

Les équipes produit, marketing et juridique doivent donc travailler sur une présentation cohérente de l’application.

La description présente sur l’App Store, le site Internet, les publicités et les fonctionnalités réelles du logiciel devraient raconter la même histoire.

12. Sécurité de l’application : la responsabilité de l’éditeur peut être engagée

Les questions de cybersécurité ne concernent pas uniquement les équipes techniques.

Lorsqu’une faille de sécurité entraîne un dommage ou compromet des données, la responsabilité de l’entreprise peut également être examinée.

Une application traitant des informations sensibles doit naturellement bénéficier d’un niveau de protection cohérent avec les risques encourus.

Cela passe notamment par la sécurisation de l’authentification, les mises à jour, la gestion des vulnérabilités et les tests avant la mise en production.

Le niveau de vigilance attendu n’est évidemment pas identique pour toutes les applications.

Une application bancaire ne présente pas le même niveau de risque qu’un petit service permettant de consulter les horaires d’une entreprise.

Mais le principe demeure : la sécurité ne doit pas être ajoutée après le lancement comme une fonctionnalité secondaire.

Elle fait partie des obligations normales d’un éditeur qui exploite un service numérique.

13. À qui appartient le code source d’une application développée par un prestataire ?

C’est l’un des pièges les plus fréquents dans les projets d’applications mobiles.

Une entreprise demande à une agence ou à un développeur indépendant de créer son application. Elle règle intégralement la prestation et considère naturellement qu’elle possède désormais tout ce qui a été développé.

Ce raisonnement peut être juridiquement dangereux.

Le paiement de la prestation ne signifie pas automatiquement que l’ensemble des droits de propriété intellectuelle sur le code source a été transféré au client.

La question doit être organisée contractuellement.

Si l’entreprise souhaite disposer des droits nécessaires sur le logiciel, la rédaction du contrat doit définir précisément ce qui est transféré et dans quelles conditions.

Cette question devient critique lorsque la relation avec le prestataire se dégrade.

Une startup peut se retrouver avec une application fonctionnelle, plusieurs milliers d’utilisateurs et des investisseurs, tout en découvrant qu’elle ne dispose pas des droits qu’elle pensait posséder sur une partie du code.

La propriété intellectuelle doit donc être réglée avant le développement ou au moment de la signature du contrat, et non le jour où l’entreprise décide de changer d’agence.

14. La réversibilité doit être prévue avant d’avoir besoin de quitter un prestataire

La propriété du code n’est pas la seule question à anticiper.

Une entreprise doit également réfléchir à la manière dont elle pourra récupérer son environnement si elle décide de changer de prestataire.

C’est le rôle de la clause de réversibilité.

Cette clause peut notamment organiser la restitution du code source, des bases de données, de la documentation technique et des différentes informations nécessaires pour permettre à une nouvelle équipe de reprendre le projet.

Sans mécanisme prévu à l’avance, la sortie peut devenir particulièrement complexe.

L’entreprise peut découvrir que le prestataire conserve certaines informations essentielles, que la documentation est inexistante ou que la migration nécessite des coûts imprévus.

Dans un service SaaS, la situation peut être encore plus sensible si l’application représente un outil critique pour l’activité du client.

Il ne faut donc pas attendre la rupture pour se demander comment elle va fonctionner.

Un bon contrat organise autant le début de la relation que sa fin.

15. Le Digital Markets Act modifie progressivement l’environnement des applications mobiles

Le marché des applications mobiles a longtemps été dominé par un modèle très fermé : pour atteindre les utilisateurs d’iPhone ou d’Android, les développeurs devaient essentiellement passer par les stores officiels et leurs systèmes de distribution.

Le cadre européen évolue.

Le Digital Markets Act a notamment pour objectif d’encadrer certaines pratiques des plus grandes plateformes numériques et entraîne des transformations de l’écosystème de distribution des applications dans l’Union européenne.

Pour les développeurs et éditeurs, ces changements peuvent créer de nouvelles possibilités de distribution ou de paiement.

Ils ajoutent néanmoins aussi de nouvelles questions.

Distribuer une application en dehors des circuits historiques peut permettre de disposer d’une plus grande liberté commerciale, mais cela peut également conduire l’éditeur à assumer directement davantage d’obligations relatives au paiement, à la sécurité, à l’information du consommateur ou au support utilisateur.

Il ne faut donc pas simplement raisonner en matière de commissions économisées.

Le choix d’un canal de distribution doit être analysé comme une décision commerciale, technique et juridique.

Comment vérifier la conformité d’une application mobile avant sa publication ?

La meilleure méthode consiste à tester l’application exactement comme le ferait un nouvel utilisateur.

Il faut commencer avant même le téléchargement. Une personne qui consulte la fiche de l’application est-elle capable d’identifier l’éditeur et de trouver les informations essentielles concernant le service et le traitement de ses données ?

Après l’installation, il faut examiner les premières secondes d’utilisation.

L’application demande-t-elle immédiatement une série de permissions sans expliquer leur utilité ? Certaines données sont-elles transmises avant que l’utilisateur ait pu effectuer un véritable choix ? Les différents SDK activés au lancement sont-ils connus et maîtrisés ?

Vient ensuite la création du compte.

Les informations demandées sont-elles réellement nécessaires ? Les conditions applicables sont-elles accessibles ? L’utilisateur comprend-il comment ses données seront utilisées ?

Pour une application payante, il faut poursuivre le test jusqu’au paiement.

Le prix est-il compréhensible ? L’utilisateur sait-il exactement ce qu’il achète ? Dans le cas d’un abonnement, comprend-il sa durée et son fonctionnement ? Le traitement du droit de rétractation correspond-il au type de contenu ou de service vendu ?

Il faut ensuite répéter l’exercice du côté de la sortie.

Comment supprimer son compte ? Comment récupérer ses données lorsque cela est applicable ? Comment résilier son abonnement ? Comment contacter l’entreprise lorsqu’un problème apparaît ?

Dans un environnement B2B, le test doit également être effectué sur la documentation contractuelle.

Que se passe-t-il si le service tombe en panne ? Que prévoit le SLA ? Qui est responsable des données ? Quels sous-traitants interviennent ? Comment le client récupère-t-il ses informations s’il décide de partir ? Qui détient les droits sur les développements spécifiques réalisés pour son compte ?

Cette méthode permet généralement de détecter des difficultés que la simple lecture des CGU ne ferait pas apparaître.

Pourquoi intégrer le juridique dès la conception d’une application ?

Le meilleur moment pour résoudre un problème juridique est souvent celui où il n’existe pas encore.

Modifier une phrase dans des CGU est relativement simple.

Repenser entièrement une architecture de tracking parce que plusieurs SDK collectent des données de manière incompatible avec le consentement obtenu est beaucoup plus complexe.

Il en va de même pour la propriété du code.

Prévoir correctement la cession des droits avant que le développement ne commence est plus simple que de négocier cette question lorsque le prestataire et le client sont déjà en conflit.

L’intégration du juridique dès la conception permet également d’éviter un phénomène courant dans les startups : repousser toutes les questions de conformité jusqu’à la veille de la publication.

À ce stade, certaines décisions produit sont déjà difficiles à modifier.

La conformité doit donc être envisagée comme une contrainte de conception au même titre que la sécurité, la performance ou l’expérience utilisateur.

Elle peut même devenir un avantage commercial.

Une application qui explique clairement ses permissions, respecte réellement les choix de l’utilisateur, possède une documentation contractuelle solide et offre des garanties de sécurité crédibles sera généralement plus simple à déployer auprès d’entreprises exigeantes.

Sécuriser juridiquement son application avant sa publication

Une application mobile peut fonctionner parfaitement sur le plan technique et rester juridiquement fragile.

Des CGU génériques, une politique de confidentialité qui ne correspond pas aux SDK réellement utilisés, des permissions excessives, un abonnement mal présenté, une mauvaise organisation de la rétractation ou un contrat de développement qui ne transfère pas correctement les droits sur le code peuvent créer des risques importants.

Les enjeux augmentent encore lorsque l’application commence à grandir.

Une décision technique presque anodine lors du lancement peut devenir beaucoup plus difficile à modifier lorsque le service compte plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs ou lorsque plusieurs grands comptes utilisent la solution.

Il est donc préférable d’examiner simultanément le produit, les données personnelles, les contrats, la propriété intellectuelle et le mode de distribution.

C’est précisément l’objectif d’une démarche de conformité adaptée aux applications mobiles : ne pas traiter le juridique comme un ensemble de pages obligatoires, mais comme une composante du fonctionnement même du produit numérique.

Téléchargez le guide des obligations juridiques d’une application mobile

Vous développez une application destinée au grand public, lancez un SaaS mobile B2B ou faites développer une application par un prestataire externe ?

Téléchargez le guide “Les obligations juridiques de votre application mobile” de Mirabile Avocat pour identifier les principaux points à examiner avant la publication : responsabilité de l’éditeur, CGU, RGPD, contrats B2B, règles des stores, achats intégrés, droit de rétractation, sécurité, responsabilité et propriété du code source.

Le cabinet Mirabile Avocat accompagne les entreprises dans le lancement et la mise en conformité juridique de leurs applications mobiles, notamment pour la rédaction des documents juridiques, l’analyse des problématiques RGPD et l’accompagnement devant les autorités de contrôle.

Pour aller plus loin

Qui est responsable juridiquement d'une application mobile, l'éditeur ou le store ?

L'éditeur. Apple et Google ne sont que des hébergeurs techniques : c'est l'éditeur qui répond du contenu, du fonctionnement et de la conformité de l'application, en B2C comme en B2B.

Que risque-t-on à publier une application sans mentions légales ?

Jusqu'à un an d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour la personne physique responsable, 375 000 euros pour une personne morale, avec une interdiction d'exercer pouvant aller jusqu'à cinq ans.

Un client peut-il se rétracter après avoir acheté un abonnement dans une application ?

Oui, dans un délai de 14 jours. L'éditeur peut faire perdre ce droit pour un contenu numérique sans support matériel, à condition de recueillir l'accord exprès du consommateur et sa reconnaissance expresse de la perte du droit de rétractation.

Le client d'un prestataire devient-il propriétaire du code de son application ?

Non, pas automatiquement. L'auteur du logiciel reste titulaire des droits patrimoniaux tant qu'une cession expresse et écrite n'a pas été formalisée, même si le développement a été intégralement payé.

Quelle amende RGPD une application mobile risque-t-elle en France ?a

Jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial. La CNIL a déjà sanctionné un éditeur d'applications mobiles à hauteur de 3 millions d'euros pour un manquement au consentement des utilisateurs.

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