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Un logiciel d'IA en santé cumule trois réglementations : le MDR pour la qualification de dispositif médical, l'AI Act pour le régime haut risque, le RGPD pour les données, plus la garantie humaine française. Le guide de qualification et les checklists fabricant et établissement.
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Aide au diagnostic, priorisation des urgences, analyse d'imagerie, prédiction de décompensation, assistants de prescription : l'IA en santé est passée du laboratoire à la routine clinique. Juridiquement, c'est le cas d'usage le plus dense qui soit : un même logiciel peut relever simultanément du règlement sur les dispositifs médicaux, de l'AI Act, du RGPD et de règles françaises propres au secteur. Voici comment démêler ce triple cadre, que vous soyez fabricant, éditeur ou établissement utilisateur.
Tout part de là. Un logiciel est un dispositif médical dès lors que son fabricant lui assigne une destination médicale : diagnostic, prévention, contrôle, prédiction, pronostic, traitement ou atténuation d'une maladie. Peu importe qu'il n'agisse pas physiquement sur le corps : le logiciel autonome (Software as a Medical Device) est pleinement couvert par le règlement européen 2017/745 sur les dispositifs médicaux (MDR).
Les critères de qualification tiennent en trois questions :
Côté classification, la règle 11 du MDR est sévère pour les logiciels : un logiciel destiné à fournir des informations utilisées pour des décisions à des fins diagnostiques ou thérapeutiques relève au minimum de la classe IIa, et monte en classe IIb ou III si ces décisions peuvent entraîner des conséquences graves ou irréversibles. Concrètement, la quasi-totalité des logiciels d'IA clinique sont au moins en classe IIa, ce qui impose l'intervention d'un organisme notifié pour le marquage CE : évaluation clinique, gestion des risques, surveillance après commercialisation.
Le piège classique des startups : se positionner en "simple outil d'aide" ou en "bien-être" dans la notice tout en promettant une performance diagnostique dans le discours commercial. Les autorités qualifient d'après la destination réelle, et une requalification après mise sur le marché est un scénario noir : retrait, responsabilité, parfois infraction pénale.
Le règlement 2024/1689 sur l'IA ajoute sa propre grille. Pour la santé, le mécanisme central est l'article 6, paragraphe 1 : un système d'IA est classé à haut risque lorsqu'il constitue un dispositif médical (ou un composant de sécurité d'un tel produit) soumis à une évaluation de conformité par un organisme notifié. Autrement dit : IA + dispositif médical de classe IIa ou plus = haut risque au sens de l'AI Act, presque mécaniquement.
Les obligations qui en découlent pour le fabricant s'ajoutent à celles du MDR : système de gestion des risques propre à l'IA, gouvernance des données d'entraînement (représentativité, biais), documentation technique, journalisation, transparence vers l'utilisateur, contrôle humain, robustesse et cybersécurité. La bonne nouvelle : le législateur a prévu l'articulation. L'évaluation de conformité AI Act s'intègre dans celle du MDR, avec un dossier technique unique possible et les organismes notifiés en pivot. L'échéance pour ces produits embarqués est fixée à août 2027, après la vague générale d'août 2026, ce qui donne un peu d'air aux fabricants, pas aux retardataires : un cycle de certification DM se compte en années.
Pour les établissements utilisateurs, l'AI Act crée le rôle de déployeur : utilisation conforme à la notice, surveillance humaine confiée à des professionnels formés, contrôle des données d'entrée, conservation des journaux, information des professionnels concernés. Un hôpital qui déploie une IA de triage ne peut plus se contenter d'acheter : il doit organiser l'usage.
L'IA en santé se nourrit de données de santé, catégorie particulière de l'article 9 du RGPD dont le traitement est interdit sauf exceptions. Trois moments du cycle de vie concentrent les enjeux :
Le droit français ajoute une exigence propre. L'article L4001-3 du Code de la santé publique, issu de la loi de bioéthique de 2021, impose au professionnel de santé qui utilise un dispositif médical embarquant un traitement de données algorithmique d'en informer le patient, et prévoit que le professionnel est informé du recours à ce traitement, que les données du patient utilisées sont accessibles et que les résultats qui en sont issus lui sont expliqués. Les concepteurs doivent veiller à l'explicabilité du fonctionnement pour les utilisateurs.
C'est la traduction juridique du principe de garantie humaine : l'algorithme éclaire, le professionnel décide. En pratique, cela impose aux éditeurs de concevoir des interfaces qui rendent le raisonnement du système intelligible (facteurs pris en compte, niveau de confiance, limites), et aux établissements d'intégrer l'information du patient dans les parcours. Un logiciel opaque, même marqué CE, expose son utilisateur français à un manquement.
La question arrive dans toutes les négociations. L'état du droit tient en quelques repères : la décision médicale reste celle du professionnel, qui répond de ses fautes dans les conditions habituelles ; le fabricant répond des défauts de son produit, et le régime européen de responsabilité du fait des produits défectueux a été modernisé pour couvrir explicitement les logiciels et l'IA, avec des règles facilitant la preuve pour les victimes ; entre les acteurs, le contrat répartit la charge finale : garanties de performance, plafonds, assurances. Trois réflexes contractuels : définir précisément la performance promise (sensibilité, spécificité, population de référence), documenter les limites d'utilisation pour cadrer la faute d'usage, et calibrer plafonds et assurances sur le risque corporel, pas sur le prix de la licence.
Vous développez une IA en santé :
Vous déployez une IA en santé :
La théorie prend son sens sur des cas réels, anonymisés de notre pratique :
Moralité : la qualification se fait fonctionnalité par fonctionnalité, sur la base de ce que le produit fait et de ce que vous en dites. Un même logiciel peut contenir un module dispositif médical et des modules qui ne le sont pas, à condition de les délimiter proprement dans l'architecture et la documentation.
Le marquage CE d'une IA clinique passe par la démonstration de la performance et du bénéfice clinique. Concrètement, l'organisme notifié attend : une définition précise de la destination (population, indication, contexte d'utilisation, utilisateur cible), des données de validation distinctes des données d'entraînement, représentatives de la population française ou européenne visée, des métriques justifiées (sensibilité, spécificité, valeurs prédictives) avec leurs intervalles de confiance, une analyse des cas d'échec et des populations où la performance se dégrade, et un plan de suivi clinique après commercialisation. Le point d'achoppement récurrent des dossiers d'IA : des performances démontrées sur des données étrangères ou anciennes, non transposables à la population d'usage. Anticipez la constitution de vos jeux de validation comme un chantier réglementaire à part entière, avec sa propre conformité RGPD.
Une spécificité de l'IA percute de plein fouet la logique de certification : le modèle évolue. Or une modification substantielle d'un dispositif médical certifié impose en principe de repasser par l'évaluation de conformité, et l'AI Act raisonne de même pour les systèmes à haut risque. Trois conséquences opérationnelles :
Les éditeurs qui industrialisent cette gestion des versions transforment une contrainte en argument : la maîtrise documentée du cycle de vie du modèle est exactement ce que les acheteurs hospitaliers ont appris à exiger.
Parlons chiffres, car c'est là que les projets déraillent. Le coût réglementaire d'une IA clinique combine plusieurs postes : la constitution et la qualification des jeux de données d'entraînement et de validation (souvent le poste le plus lourd, entre l'accès aux données, l'annotation et la conformité RGPD), le système de management de la qualité et la documentation technique, l'évaluation clinique, les frais d'organisme notifié avec des délais d'instruction qui se comptent en trimestres, puis la surveillance après commercialisation et la gestion des versions. Pour une startup, l'ordre de grandeur global se chiffre en centaines de milliers d'euros et en 18 à 36 mois entre la conception et le marquage CE d'une classe IIa. Deux implications stratégiques : le sujet réglementaire doit figurer dans le plan de financement présenté aux investisseurs, qui le demandent désormais systématiquement en due diligence ; et l'arbitrage entre développer une fonction dispositif médical ou intégrer une brique déjà certifiée d'un tiers est autant une décision juridique et financière que technique.
Une IA en santé se conforme en trois couches : MDR pour la qualification de dispositif médical et le marquage CE, AI Act pour le régime haut risque avec échéance en août 2027 pour les produits certifiés, RGPD pour chaque étape de la vie des données, le tout complété en France par l'information du patient et la garantie humaine de l'article L4001-3. La conformité se construit produit par produit, en un seul dossier cohérent, et elle commence par une qualification honnête de la destination médicale.
Le cabinet Mirabile Avocat accompagne fabricants, éditeurs et établissements : qualification MDR et AI Act, stratégie de données d'entraînement, contrats de déploiement, dossiers de responsabilité. Testez la qualification de votre logiciel avec le simulateur ci-dessous, puis venez en discuter.
Pour aller plus loin
Presque toujours. Dès que le logiciel interprète des données pour un patient individuel avec une finalité médicale revendiquée, il relève du règlement 2017/745. La règle 11 le classe au minimum en classe IIa lorsque ses informations servent à des décisions diagnostiques ou thérapeutiques, ce qui impose un organisme notifié pour le marquage CE.
En pratique oui pour l'IA clinique : l'article 6, paragraphe 1, de l'AI Act classe à haut risque les systèmes d'IA qui constituent des dispositifs médicaux soumis à évaluation par un organisme notifié, soit la classe IIa et au-delà. Les obligations AI Act s'intègrent alors dans le dossier technique MDR, avec une échéance en août 2027 pour ces produits.
L'article L4001-3 du Code de la santé publique impose d'informer le patient du recours à un dispositif médical embarquant un traitement algorithmique, garantit au professionnel l'accès aux données utilisées et l'explication des résultats, et exige des concepteurs une explicabilité du fonctionnement. C'est la traduction du principe de garantie humaine : l'algorithme éclaire, le professionnel décide.
Oui, sous conditions strictes : les données de santé relèvent de l'article 9 du RGPD, ce qui impose une base juridique adaptée (recherche encadrée, consentement ou réutilisation autorisée), une information des personnes, une minimisation et le plus souvent une analyse d'impact. La pseudonymisation ne fait pas sortir du RGPD. L'espace européen des données de santé ouvrira un canal d'accès organisé pour l'entraînement, en environnement sécurisé.
La décision médicale reste celle du professionnel, qui répond de ses fautes. Le fabricant répond des défauts de son produit, le régime européen de responsabilité du fait des produits couvrant désormais explicitement les logiciels et l'IA. Entre les acteurs, le contrat répartit la charge finale : performance promise, limites d'utilisation, plafonds et assurances calibrés sur le risque corporel.
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