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Interdictions déjà en vigueur, régime des systèmes à haut risque applicable au 2 août 2026, sanctions jusqu'à 35 M€ : le point pratique sur l'AI Act et le plan d'action en 7 étapes pour mettre votre entreprise en conformité.
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Le règlement européen sur l'intelligence artificielle, dit AI Act (règlement UE 2024/1689), est entré en vigueur le 1er août 2024. Son application se déploie par vagues successives. 2026 est l'année charnière : le 2 août 2026, l'essentiel des obligations devient applicable, notamment celles qui pèsent sur les systèmes d'IA à haut risque. Si votre entreprise développe, intègre ou utilise de l'IA, c'est maintenant qu'il faut agir. Voici le mode d'emploi.
Le règlement ne vise pas que les éditeurs de solutions d'IA. Il distingue plusieurs rôles, chacun avec ses obligations propres :
Point important : la portée du texte est extraterritoriale. Un fournisseur américain dont le système est utilisé dans l'Union, ou dont les résultats produits par l'IA sont utilisés dans l'Union, entre dans le champ du règlement. Les entreprises françaises qui achètent des solutions étrangères doivent donc vérifier la conformité de leurs prestataires, car en pratique la responsabilité du déployeur reste engagée sur son propre périmètre.
Attention également au changement de casquette : un déployeur qui modifie substantiellement un système à haut risque, ou qui le commercialise sous sa propre marque, devient fournisseur avec toutes les obligations associées. C'est un piège classique pour les intégrateurs et les éditeurs SaaS qui personnalisent des modèles tiers.
Quatre échéances structurent la mise en application :
Autrement dit : au moment où vous lisez ces lignes, les interdictions et les règles GPAI s'appliquent déjà, et le gros du dispositif haut risque bascule dans quelques semaines. Le temps de la veille est terminé, celui de la mise en conformité opérationnelle a commencé.
L'AI Act repose sur une approche par les risques. Quatre catégories, quatre régimes :
L'article 5 prohibe purement et simplement certaines pratiques, quel que soit le secteur. Parmi elles :
Ces interdictions concernent des cas d'usage plus répandus qu'on ne le croit. Un outil RH qui prétend analyser l'engagement émotionnel des salariés en visioconférence tombe potentiellement sous le coup de l'interdiction. Le risque n'est pas théorique : c'est le plafond de sanction le plus élevé du règlement qui s'applique.
C'est le cœur du règlement. Deux voies de qualification : les systèmes intégrés à des produits réglementés (annexe I) et les systèmes relevant des domaines sensibles listés à l'annexe III. Cette seconde liste concerne directement les entreprises de services :
Une nuance à connaître : l'article 6, paragraphe 3, permet d'échapper à la qualification de haut risque si le système n'exerce qu'une tâche procédurale étroite ou améliore le résultat d'une activité humaine préalable, sans influence significative sur la décision. Cette exemption doit être documentée et le système enregistré. Elle ne joue jamais si le système réalise un profilage de personnes physiques.
L'article 50 impose des obligations de transparence : informer les personnes qu'elles interagissent avec une IA (chatbots), marquer les contenus générés ou manipulés par IA (dont les deepfakes), signaler l'utilisation de systèmes de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique lorsqu'ils sont licites. Ces obligations s'appliquent à partir du 2 août 2026.
Tout le reste : filtres anti-spam, IA dans les jeux vidéo, la plupart des outils de productivité. Pas d'obligation spécifique, mais les codes de conduite volontaires sont encouragés, et le RGPD continue de s'appliquer dès que des données personnelles sont traitées.
Le fournisseur d'un système à haut risque doit, avant toute mise sur le marché :
Les obligations du déployeur (article 26) sont plus légères mais bien réelles :
Depuis le 2 août 2025, les fournisseurs de modèles d'IA à usage général doivent tenir une documentation technique, fournir des informations aux intégrateurs, mettre en place une politique de respect du droit d'auteur et publier un résumé des contenus d'entraînement. Les modèles présentant un risque systémique supportent des obligations renforcées : évaluations, tests contradictoires, notification des incidents, cybersécurité. Un code de bonnes pratiques accompagne la mise en œuvre.
Pour une entreprise française, l'enjeu pratique est contractuel : si vous construisez un produit sur un LLM tiers, exigez la documentation prévue par le règlement et vérifiez les engagements de votre fournisseur de modèle. C'est votre dossier de conformité qui en dépend.
L'AI Act ne remplace pas le RGPD, il s'y ajoute. Dès qu'un système d'IA traite des données personnelles, les deux corpus s'appliquent en parallèle :
Sur la gouvernance nationale, le paysage se met en place : la CNIL est appelée à jouer un rôle central de surveillance pour les systèmes touchant aux données personnelles, aux côtés d'autres autorités sectorielles. La désignation précise des autorités compétentes françaises étant en cours de finalisation, faites vérifier le point au moment de vos arbitrages.
Le régime de sanctions de l'AI Act dépasse celui du RGPD :
Les PME bénéficient d'un plafonnement adapté (le montant le plus faible des deux s'applique). Mais le risque le plus immédiat n'est pas seulement la sanction administrative : c'est le risque commercial. Les grands donneurs d'ordre intègrent déjà des clauses de conformité AI Act dans leurs appels d'offres et leurs contrats. Ne pas pouvoir documenter sa conformité, c'est perdre des marchés.
Voici la feuille de route que nous recommandons à nos clients :
Se conformer ne suffit pas, il faut pouvoir le démontrer. Trois outils structurent la preuve :
Un point souvent négligé : les mises à jour. Un système conforme au jour de son déploiement peut cesser de l'être après une évolution substantielle du modèle. Prévoyez contractuellement l'information préalable en cas de modification significative et intégrez la revue de conformité dans votre cycle produit.
Certains secteurs cumulent les réglementations. Dans la santé, un logiciel d'IA peut relever à la fois de l'AI Act, du règlement sur les dispositifs médicaux et des règles propres aux données de santé : la qualification croisée est un exercice à part entière, que nous détaillerons dans un prochain article. Dans les ressources humaines, l'annexe III place le recrutement et l'évaluation des salariés dans le haut risque, avec en France l'articulation supplémentaire du Code du travail et de la consultation du CSE. Dans la finance et l'assurance, le scoring de solvabilité et la tarification santé ou vie sont expressément visés. Si votre activité touche l'un de ces domaines, la conformité générique ne suffira pas : c'est le croisement des textes qui fait la difficulté, et c'est là que l'accompagnement juridique prend tout son sens.
L'AI Act n'est plus une perspective lointaine. Les interdictions s'appliquent depuis février 2025, les règles GPAI depuis août 2025, et le régime des systèmes à haut risque devient pleinement applicable le 2 août 2026. La conformité se construit en mois, pas en semaines : cartographie, qualification, contrats, documentation, formation.
Le cabinet Mirabile Avocat accompagne les entreprises, éditeurs et startups dans leur mise en conformité AI Act et RGPD : audit de qualification, rédaction contractuelle, documentation de conformité, relations avec les autorités. Vous voulez savoir où vous en êtes ? Faites le test ci-dessous, puis parlons-en.
Pour aller plus loin
Oui, a minima par l'obligation de maîtrise de l'IA applicable depuis février 2025 et par le RGPD si des données personnelles sont saisies dans l'outil. Une charte d'usage interne et une sensibilisation des équipes constituent le socle minimal. Si l'outil sert à des décisions RH ou clients sensibles, la qualification de haut risque doit être examinée.
Le prestataire est en principe fournisseur, vous êtes déployeur, et chacun porte ses propres obligations. Mais si la solution est commercialisée sous votre marque ou substantiellement modifiée par vos soins, vous basculez dans le rôle de fournisseur avec toutes les obligations associées. Le contrat doit organiser précisément cette répartition.
Jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour le recours à une pratique interdite, 15 millions d'euros ou 3 % pour la violation des autres obligations, et 7,5 millions d'euros ou 1 % pour la fourniture d'informations inexactes aux autorités. Les PME bénéficient d'un plafonnement adapté.
Oui. Le règlement prévoit des bacs à sable réglementaires permettant de tester des systèmes innovants sous supervision, un accès prioritaire pour les PME et des frais d'évaluation de conformité réduits. C'est un levier à intégrer dans votre stratégie produit.
Le règlement est entré en vigueur le 1er août 2024. Les interdictions et l'obligation de maîtrise de l'IA s'appliquent depuis le 2 février 2025, les règles sur les modèles à usage général depuis le 2 août 2025, l'essentiel du régime des systèmes à haut risque à compter du 2 août 2026, et les systèmes intégrés à des produits réglementés au 2 août 2027.
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