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Tri de CV, scoring, évaluation des salariés : les outils d'IA RH sont classés à haut risque par l'AI Act et déjà encadrés par le RGPD et le Code du travail. Obligations, risque discrimination et checklist de déploiement en 8 points.
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Tri automatique des CV, matching de candidats, scoring, analyse vidéo d'entretiens, détection des risques de départ : l'IA s'installe dans les directions des ressources humaines. Le droit aussi. Le règlement européen sur l'IA classe le recrutement et la gestion des travailleurs parmi les systèmes à haut risque, avec des obligations pleinement applicables au 2 août 2026. Et en France, le RGPD et le Code du travail encadrent déjà ces pratiques. Voici ce que toute entreprise qui utilise ou envisage un outil d'IA RH doit savoir.
L'annexe III du règlement 2024/1689 vise expressément les systèmes d'IA destinés au recrutement et à la sélection des personnes : publication ciblée d'offres, tri et filtrage des candidatures, évaluation des candidats. Elle vise aussi les systèmes utilisés pour les décisions affectant la relation de travail : promotion, licenciement, répartition des tâches fondée sur le comportement ou les caractéristiques personnelles, suivi et évaluation des performances.
Le raisonnement du législateur européen est simple : ces systèmes conditionnent l'accès à l'emploi et les perspectives de carrière. Une erreur ou un biais peut écarter durablement une personne du marché du travail, ou reproduire des discriminations historiques présentes dans les données d'entraînement.
Conséquence pratique : un ATS doté d'un module de tri intelligent, un outil de matching, une solution de scoring des candidatures ou un logiciel d'évaluation continue des salariés relèvent en principe du haut risque. L'exemption de l'article 6, paragraphe 3, reste envisageable pour des fonctions purement procédurales (détection de doublons, extraction de champs d'un CV sans notation), mais elle ne joue jamais en cas de profilage des personnes. Or la plupart des outils RH à valeur ajoutée font précisément du profilage.
Avant même de parler de haut risque, l'article 5 du règlement interdit depuis le 2 février 2025 certaines pratiques directement pertinentes en RH :
Le plafond de sanction associé est le plus élevé du texte : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial. Si un outil de votre stack RH flirte avec l'analyse émotionnelle ou comportementale, faites-le qualifier juridiquement avant toute chose.
Dans la quasi-totalité des cas, l'employeur qui achète un outil d'IA RH est un déployeur au sens du règlement. L'article 26 lui impose notamment :
Un point mérite d'être souligné : la surveillance humaine ne peut pas être cosmétique. Un recruteur qui valide systématiquement les classements de l'outil sans capacité réelle d'analyse n'exerce pas un contrôle humain effectif. Les process internes doivent le démontrer : temps alloué, formation, traçabilité des décisions divergentes.
Pas besoin d'attendre août 2026 : chaque outil d'IA RH traite des données personnelles et relève donc du RGPD depuis toujours. Quatre points de contrôle prioritaires :
La CNIL a publié des recommandations dédiées au recrutement qui constituent le référentiel opérationnel : questions admissibles, encadrement des outils d'aide à la sélection, droits des candidats. Les intégrer à vos process, c'est neutraliser l'essentiel du risque de contrôle.
Le droit français encadre les méthodes de recrutement et d'évaluation depuis bien avant l'IA, et ces textes s'appliquent pleinement aux outils algorithmiques :
Ces obligations françaises convergent avec l'AI Act : information des personnes, transparence des méthodes, dialogue social. Une mise en conformité bien menée traite les deux corpus en un seul chantier.
Le biais algorithmique n'est pas un sujet théorique. Un modèle entraîné sur l'historique de recrutement d'une entreprise reproduit les préférences passées, y compris les moins avouables. Or l'article L1132-1 du Code du travail prohibe toute discrimination fondée sur une liste de critères (origine, sexe, âge, état de santé, apparence, lieu de résidence, etc.), et le régime probatoire est favorable au demandeur : il lui suffit de présenter des éléments laissant supposer une discrimination, à charge pour l'employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs.
Face à un algorithme, cette charge de la preuve devient redoutable. Comment démontrer l'objectivité d'une décision si vous ne comprenez pas les critères réellement utilisés par l'outil ? D'où trois réflexes :
La sanction pénale de la discrimination peut atteindre trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour les personnes physiques, sans compter les dommages et intérêts et le risque réputationnel. L'argument "c'est l'algorithme" ne constitue pas une défense : la décision reste celle de l'employeur.
Le recrutement concentre l'attention, mais l'évaluation des salariés en poste est au moins aussi exposée. Trois familles d'outils méritent un examen juridique systématique :
Dans tous ces cas, le réflexe est le même : documentation de la finalité, information individuelle préalable, consultation du CSE, AIPD, et capacité à reconstituer le raisonnement de l'outil pour chaque décision individuelle. Si l'éditeur ne peut pas fournir cette explicabilité, l'outil n'est pas déployable en l'état pour des décisions individuelles.
L'article 27 de l'AI Act impose une analyse d'impact sur les droits fondamentaux avant le premier déploiement de certains systèmes à haut risque. Elle concerne les organismes de droit public, les entités privées fournissant des services publics, et certains déployeurs des secteurs bancaire et assurantiel. Une entreprise privée classique n'y est pas tenue pour son outil de recrutement, mais l'exercice reste une bonne pratique : la FRIA recoupe largement l'AIPD du RGPD, et un document unique bien construit peut couvrir les deux exigences. Pour les employeurs publics et parapublics en revanche, c'est une obligation ferme à intégrer au calendrier de déploiement, avec notification à l'autorité de surveillance.
Sur la base des dossiers que nous traitons, comptez :
La consultation du CSE est souvent le chemin critique : elle suppose un dossier d'information complet et des délais de procédure incompressibles. Une entreprise qui vise un déploiement à la rentrée doit lancer le chantier maintenant. Et pour les outils déjà en production sans cadre, la priorité absolue est de régulariser l'information des personnes et la consultation des représentants du personnel : ce sont les manquements les plus faciles à établir pour un candidat évincé ou un syndicat.
Le contrat avec votre fournisseur d'outil RH est votre première ligne de défense. Points de négociation prioritaires : garantie de conformité AI Act et RGPD avec obligation de maintien dans le temps, remise de la documentation technique et de la notice d'utilisation, information préalable en cas de modification substantielle du modèle, assistance en cas de contrôle CNIL ou d'action d'un candidat, clause d'audit, engagements chiffrés sur les tests de biais, et répartition claire des responsabilités et des plafonds en cas de sanction. Un éditeur sérieux accepte ces clauses. Un éditeur qui les refuse en bloc vous dit quelque chose sur sa propre conformité.
L'IA en RH cumule trois corpus : l'AI Act qui classe ces systèmes à haut risque avec échéance au 2 août 2026, le RGPD qui s'applique déjà intégralement, et le Code du travail qui impose information préalable, pertinence des méthodes et consultation du CSE. Le risque le plus lourd reste la discrimination algorithmique, où la charge de la preuve joue contre l'employeur mal préparé.
Le cabinet Mirabile Avocat accompagne DRH et directions juridiques sur toute la chaîne : qualification des outils, AIPD, dossiers CSE, contrats éditeurs, procédures de contrôle humain. Un projet d'outil IA RH en cours ? Parlons-en avant le déploiement, pas après le premier contentieux.
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En principe oui. L'annexe III de l'AI Act vise expressément les systèmes destinés au recrutement et à la sélection des candidats, dont le tri et le filtrage des candidatures. Une exemption existe pour les tâches purement procédurales sans influence sur la décision, mais elle ne joue jamais en cas de profilage des personnes.
C'est très risqué. L'article 22 du RGPD interdit par principe les décisions produisant des effets significatifs fondées exclusivement sur un traitement automatisé. Il faut soit une intervention humaine réelle et documentée, soit entrer dans les exceptions strictes du texte avec les garanties associées : intervention humaine sur demande, droit d'exprimer son point de vue et de contester la décision.
Oui. Le CSE est informé et consulté avant l'introduction de nouvelles technologies et avant la mise en œuvre de moyens permettant un contrôle de l'activité des salariés (articles L2312-8 et L2312-38 du Code du travail). Déployer sans consultation expose à un délit d'entrave et à l'inopposabilité du dispositif.
La décision reste celle de l'employeur : l'argument de l'algorithme n'est pas une défense. La discrimination est sanctionnée civilement (dommages et intérêts, nullité des décisions) et pénalement jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour les personnes physiques. Le régime probatoire est favorable au candidat ou au salarié.
Oui, le recrutement assisté par algorithme et l'évaluation des salariés relèvent des traitements pour lesquels une analyse d'impact relative à la protection des données est requise. C'est l'un des premiers documents demandés par la CNIL en cas de contrôle.
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