RGPD
L'espace européen des données de santé crée des droits renforcés pour les patients, un régime de conformité pour les éditeurs de systèmes DME et un cadre organisé de réutilisation des données. Ce que l'EHDS change, pour qui, et à quelle échéance.
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Après le RGPD et l'AI Act, voici le troisième pilier du droit européen des données appliqué à la santé : l'espace européen des données de santé, ou EHDS pour European Health Data Space. Adopté début 2025, ce règlement va transformer la manière dont les données de santé circulent, s'échangent et se réutilisent dans l'Union. Établissements, éditeurs de logiciels, laboratoires, assureurs, startups e-santé : personne dans l'écosystème n'y échappe. Voici ce que le texte change concrètement, pour qui, et à quelle échéance.
Le règlement poursuit deux objectifs distincts, qui structurent tout le texte :
Derrière ces deux volets, une conviction du législateur européen : les données de santé sont un actif stratégique, aujourd'hui fragmenté et sous-exploité, et leur circulation doit être organisée par le droit plutôt qu'empêchée par lui. Pour les acteurs privés, c'est à la fois une contrainte de conformité et un accès inédit à des gisements de données jusqu'ici inaccessibles.
Le règlement est entré en vigueur au printemps 2025, mais son application est très progressive. Le dispositif général devient applicable deux ans après l'entrée en vigueur, puis les obligations opérationnelles s'échelonnent : les premières catégories prioritaires de données pour l'usage primaire et l'essentiel de l'usage secondaire autour de 2029, les catégories restantes vers 2031. Des actes d'exécution viendront préciser les spécifications techniques d'ici là.
Ce calendrier long est trompeur. Pour un éditeur de logiciel de santé, les choix d'architecture se font maintenant : un produit conçu en 2026 sera en pleine exploitation au moment où les obligations d'interopérabilité deviendront exigibles. Attendre les actes d'exécution pour y penser, c'est programmer une refonte coûteuse. Le bon réflexe est celui que le secteur a appris avec le RGPD : intégrer la trajectoire réglementaire dans la roadmap produit dès aujourd'hui.
Le règlement crée un socle de droits qui s'ajoutent à ceux du RGPD :
Six catégories prioritaires de données sont visées en premier : la synthèse patient, les prescriptions et dispensations électroniques, les images médicales et leurs comptes rendus, les résultats de laboratoire et les lettres de sortie d'hospitalisation. En France, le dossier médical partagé et Mon espace santé donnent une longueur d'avance sur l'usage primaire, mais l'exigence d'interopérabilité européenne va au-delà de l'existant national : formats européens d'échange, connexion à l'infrastructure transfrontière, journalisation harmonisée.
C'est le volet le plus structurant pour l'industrie du logiciel de santé. Les systèmes de dossiers médicaux électroniques (systèmes DME, ou EHR systems) mis sur le marché dans l'Union devront respecter des exigences harmonisées portant sur deux composants :
Le régime ressemble à celui des produits réglementés : documentation technique, déclaration de conformité, marquage, enregistrement dans une base de données européenne, surveillance du marché. La conformité repose sur une auto-évaluation du fabricant, ce qui ne la rend pas plus légère : elle engage sa responsabilité, et les autorités de surveillance pourront contrôler et sanctionner.
Trois conséquences pratiques pour un éditeur :
Le second volet crée un cadre complet de réutilisation des données de santé. Ses briques principales :
Pour un acteur privé détenteur de données, l'impact est double. En contrainte : il faudra cataloguer ses jeux de données, décrire leur qualité, répondre aux demandes dans les délais, et le refus ne sera plus discrétionnaire. En opportunité : les industriels et startups pourront demander l'accès à des données de santé à l'échelle européenne pour la recherche et l'innovation, y compris l'entraînement d'algorithmes, dans un cadre juridiquement sûr. Ceux qui sauront constituer les dossiers de demande et structurer leurs environnements de traitement prendront une avance réelle.
L'EHDS ne remplace rien, il s'empile. Quelques points d'articulation à avoir en tête :
C'est la marque du droit européen du numérique de cette décennie : les textes se superposent et se répondent. La conformité ne se pense plus texte par texte, mais par produit et par flux de données.
Établissement ou professionnel de santé : cartographiez vos systèmes au regard des catégories prioritaires de données, interrogez vos éditeurs sur leur trajectoire de conformité DME, préparez la gouvernance des demandes d'usage secondaire (qui instruit, qui documente, quel circuit de validation), et intégrez l'information des patients sur leurs nouveaux droits.
Éditeur de logiciel de santé : qualifiez vos produits au regard de la définition des systèmes DME, budgétez le chantier interopérabilité et journalisation, mettez à jour vos trames contractuelles, et suivez les actes d'exécution qui fixeront les spécifications techniques.
Industriel, startup, organisme de recherche : identifiez les jeux de données dont vous êtes détenteur et ceux auxquels vous voudrez accéder, structurez dès maintenant votre capacité à travailler en environnement sécurisé, et intégrez l'EHDS dans vos dossiers d'investissement : la question arrivera en due diligence comme le RGPD y est arrivé après 2018.
Prenons une medtech française qui développe un algorithme de détection précoce d'une pathologie chronique. Aujourd'hui, accéder à des données réelles suppose de négocier établissement par établissement, avec des mois de conventionnement, des comités hétérogènes et une insécurité juridique persistante sur la réutilisation. Dans le cadre EHDS, le parcours devient : dépôt d'une demande auprès de l'organisme d'accès national décrivant la finalité (recherche et développement en santé), les catégories de données, la durée et les garanties ; délivrance d'un permis de données si les conditions sont réunies ; accès aux données pseudonymisées dans un environnement de traitement sécurisé, sans extraction brute ; publication des résultats avec les obligations de transparence associées.
Ce que l'entreprise y gagne : un cadre unique, opposable, et l'accès potentiel à des données d'autres États membres via l'infrastructure européenne. Ce qu'elle doit préparer : un dossier de demande solide (les finalités sont contrôlées, l'effet de mode "IA" ne suffit pas), une organisation capable de travailler en environnement sécurisé, et une stratégie de propriété intellectuelle sur les résultats. Les équipes qui maîtriseront cette procédure auront un avantage structurel sur celles qui continueront à bricoler des accès bilatéraux.
L'écosystème français n'arrive pas les mains vides : Mon espace santé et le dossier médical partagé pour l'usage primaire, le Health Data Hub et un tissu d'entrepôts de données hospitaliers pour l'usage secondaire, la certification HDS pour l'hébergement, et des référentiels d'interopérabilité établis. Mais l'alignement européen créera des écarts à combler : formats d'échange européens qui ne recouvrent pas exactement les profils français, journalisation harmonisée, procédures d'accès à standardiser entre l'échelon national et les entrepôts locaux, et articulation des mécanismes d'opposition. Pour les acteurs privés, la conséquence est simple : la conformité française d'aujourd'hui est un socle, pas un acquis. Les produits et les contrats devront évoluer, et les budgets 2027-2028 doivent l'intégrer dès maintenant.
L'EHDS n'est pas un texte d'orientation. Il organise une surveillance du marché pour les systèmes DME, avec des autorités habilitées à contrôler, exiger des mesures correctives et retirer des produits non conformes. Pour l'usage secondaire, les organismes d'accès peuvent exclure des demandeurs qui violent les conditions de leur permis, et des amendes administratives sont prévues, en complément des sanctions RGPD qui restent applicables aux traitements de données personnelles. S'ajoute le risque commercial habituel : un éditeur incapable de démontrer sa trajectoire de conformité se fermera progressivement les marchés publics et les grands comptes, comme le secteur l'a vécu avec le HDS.
Sans attendre les actes d'exécution, quatre chantiers ne dépendent d'aucune spécification technique à venir :
Pour s'y retrouver dans les interlocuteurs : au niveau européen, la Commission adopte les actes d'exécution et opère les infrastructures transfrontières, appuyée par un comité réunissant les États membres pour coordonner l'application. Au niveau national, chaque État désigne une autorité de santé numérique chargée de l'usage primaire et de la surveillance des systèmes DME, ainsi qu'un ou plusieurs organismes d'accès aux données de santé pour instruire les demandes d'usage secondaire. S'y ajoutent les autorités de protection des données, CNIL en tête, qui restent compétentes sur tout ce qui touche aux données personnelles. Pour une entreprise, cela signifie des guichets distincts selon le sujet : conformité produit d'un système DME d'un côté, permis de données de l'autre, RGPD en toile de fond. Cartographier ses interlocuteurs et leurs attentes fait partie de la préparation, en particulier pour les groupes présents dans plusieurs États membres qui devront composer avec des mises en œuvre nationales hétérogènes.
Dernier conseil de méthode : ne traitez pas l'EHDS comme un sujet juridique isolé. Les entreprises qui ont le mieux absorbé le RGPD sont celles qui en ont fait un projet transverse, porté conjointement par le juridique, la technique et le produit. L'EHDS appelle exactement la même organisation, avec un horizon plus long et un enjeu supplémentaire : ici, la conformité ouvre aussi des droits d'accès à des données que vos concurrents convoitent.
L'EHDS installe un droit complet de la circulation des données de santé : droits renforcés des patients et interopérabilité pour l'usage primaire, régime de conformité pour les éditeurs de systèmes DME, et cadre organisé de réutilisation pour l'usage secondaire avec organismes d'accès, permis de données et environnements sécurisés. Le calendrier court jusqu'au tournant de la décennie, mais les choix d'architecture, de contrats et de gouvernance se prennent maintenant.
Le cabinet Mirabile Avocat accompagne les acteurs de la santé sur l'EHDS : qualification de vos produits et de votre statut de détenteur, mise en conformité contractuelle, stratégie d'accès aux données pour vos projets de recherche et d'IA. Anticipez le texte pendant qu'il est encore un avantage compétitif.
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L'espace européen des données de santé (European Health Data Space) est un règlement européen adopté début 2025 qui organise la circulation des données de santé dans l'Union : droits renforcés des patients et interopérabilité pour les soins (usage primaire), et cadre encadré de réutilisation des données pour la recherche, l'innovation et la santé publique (usage secondaire).
L'application est progressive : le dispositif général devient applicable deux ans après l'entrée en vigueur intervenue au printemps 2025, puis les obligations opérationnelles s'échelonnent, pour l'essentiel autour de 2029 et jusqu'à 2031 pour les dernières catégories de données. Les spécifications techniques seront précisées par actes d'exécution, mais les choix d'architecture se prennent dès maintenant.
Les acteurs qui détiennent des données de santé électroniques dans le cadre de leur activité : établissements, laboratoires, organismes de recherche, et selon les cas éditeurs et industriels. Ils devront cataloguer leurs jeux de données et les mettre à disposition pour l'usage secondaire sur demande autorisée par l'organisme d'accès national.
Oui, le règlement prévoit un mécanisme d'opposition (opt-out) pour l'usage secondaire, organisé au niveau national. Certaines finalités sont par ailleurs interdites dans tous les cas : décisions défavorables en assurance ou en crédit, publicité, exclusion de garanties.
Non, il s'y ajoute. Les droits et obligations de l'EHDS complètent le RGPD, et l'hébergement des données de santé en France reste soumis à la certification HDS. Pour les systèmes d'IA entraînés sur ces données, l'AI Act s'applique également : la conformité se pense désormais par produit et par flux de données.
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